La Maison des étudiants canadiens (MEC) de la Cité internationale universitaire de Paris lance vendredi les célébrations de son centième anniversaire. Inaugurée en 1926, elle a été la première résidence étrangère du campus et la deuxième maison construite sur le site, après celle de la fondation française Deutsch de la Meurthe inaugurée l’année précédente.
Au fil du siècle, la MEC a accueilli des dizaines de milliers d’étudiants, dont certaines personnalités intellectuelles, culturelles et politiques majeures du pays. La liste de ses pensionnaires comprend Pierre Elliott Trudeau, Adrienne Clarkson, Jacques Parizeau, Bernard Landry, Louise Beaudoin, Alfred Pellan, André Mathieu, Gino Quilico et Gaston Miron.
« Quand on pense à une résidence au Canada, on imagine les tours d’appartements de l’Université McGill ou de l’UdeM [Université de Montréal], alors que la Cité internationale universitaire a beaucoup de singularités : elle accueille entre 9000 et 12 000 étudiants à la fois, des étudiants de partout dans le monde à la maîtrise ou au doctorat, en postdoc, des chercheurs, des artistes », explique France Mainville, directrice de la MEC jointe à Paris mercredi. Avocate de formation, elle est arrivée à la direction de la Maison après un détour à l’Université de Sherbrooke. Comme tous les directeurs de la quarantaine de maisons du site, elle habite la résidence qu’elle dirige.
La MEC compte 143 logements. « L’autre particularité de la Cité, c’est que les résidents sont brassés pour s’échanger des contingents », ajoute la directrice. Sa Maison envoie entre le quart et le tiers de ses inscrits vivre ailleurs dans la Cité et reçoit des étrangers en retour.
La soirée de lancement des activités du centenaire doit réunir des diplomates, des artistes et des résidents actuels et passés de la Maison. La direction veut profiter de l’année pour mousser la campagne de financement MEC Avenir, qui vise à moderniser les infrastructures, à améliorer les conditions d’accueil et à construire une petite salle de spectacle adjacente. Les travaux sont évalués à 15 millions.
La Cité internationale est le fruit de la vision du ministre André Honnorat (1868-1950), défenseur de principes hygiénistes et pacifistes après la Première Guerre mondiale. La Cité, installée dans un grand parc, comptait déjà la moitié de ses résidences actuelles deux ans après son inauguration, en 1925.
La MEC, ouverte en octobre 1926, est le résultat du mécénat du sénateur canadien Joseph-Marcellin Wilson. Les familles québécoises Panet-Raymond et Ostiguy, descendantes de M. Wilson, continuent son œuvre en étant les principales responsables du financement de l’établissement.
L’échange international universitaire entre le Canada et la France demeure inégal : les jeunes Français choisissent beaucoup plus de poursuivre leurs études ici que l’inverse, au moins dans une proportion de deux pour un, ceteris paribus, comme on dit dans les recherches savantes.
France Mainville note au contraire une hausse de l’attrait de la Cité pour les étudiants québécois. « Je suis arrivée en poste en 2020, en pleine pandémie. Les deux années suivantes, on remplissait la Maison en allant au bout de notre liste d’inscriptions. L’année dernière nous avons reçu 500 demandes de tout le Canada, dont 65 % du Québec. Les Québécois, comme les autres étudiants qui viennent étudier à Paris, en repartent transformés pour la vie. »
Le centenaire de la MEC sera l’occasion de lancer un recueil de cent histoires, intitulé Les présents d’hier, du commissaire Maxime Poignand. Ses récits rassembleront des anecdotes, des témoignages, des faits historiques de ce lieu de mémoire canadien et québécois. M. Poignand en est aux trois quarts environ de sa rédaction. La publication est prévue dans le courant de l’année.
L’histoire du film Smaragdin y figurera certainement. Le court métrage d’animation a été réalisé à la MEC en 1959 par quatre pensionnaires, le réalisateur Jean Letarte, le compositeur Bruce Mather et le comédien Marcel Sabourin, qui y récite un poème de Lucile Durand (qui deviendra Louky Bersianik).
Une petite exposition inaugurée le 13 janvier à la MEC rappelle cette création. Smaragdin a été sélectionné en 1960 au premier Festival international du film d’animation d’Annecy, en même temps qu’un autre film canadien signé Norman McLaren. Marcel Jean, directeur de la Cinémathèque québécoise, qui est aussi directeur artistique du festival d’Annecy, a pris connaissance de cette participation canadienne en préparant les célébrations du soixantième anniversaire de son festival, en 2019.
« Je n’avais jamais entendu parler du film, écrit-il au Devoir. J’en ai discuté avec Marco de Blois, conservateur du cinéma d’animation à la Cinémathèque québécoise, qui a fait quelques recherches. Marco a contacté Jean Letarte, qui avait alors 87 ans. »
Le cinéaste est décédé en avril 2021 et, quelques semaines plus tard, sa conjointe, Monique Trempe, retrouvait les bobines originales du film de jeunesse. Elles ont été restaurées et de nouveau projetées à Annecy en juin 2024 et, depuis, quelques fois à la Cinémathèque.
« C’est un film important à plusieurs titres, note M. Jean. C’est d’abord un grand moment du cinéma expérimental québécois au tournant de la décennie 1960. »
