Cela a longtemps été une blague dans les « Grosses Têtes » lorsqu’une citation était proposée aux sociétaires et aux auditeurs : Isabelle Mergault, ou ses imitateurs, criaient « Sacha Guitry ». La comédienne en jouait énormément et était devenue au fil des années un personnage attachant, rigolo et doté d’un second degré à toute épreuve : les moqueries sur son « chouintement », la (sur)valorisation de son physique (« la pin-up et le plus beau décolleté de la radio », selon Philippe Bouvard) et une (fausse) jalousie. Isabelle Mergault est décédée à l’âge de 67 ans des suites d’un cancer des poumons métastasé au foie. Elle était hospitalisée depuis plusieurs semaines à l’hôpital Ambroise-Paré de Neuilly-sur-Seine. « Tout est allé très vite », nous confie un proche.
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Au-delà de son personnage radiophonique populaire, Mergault apparaît dans la vie des Français à la fin des années 1970 dans « La Dérobade », où elle joue une prostituée. « Au début, on me confiait surtout des rôles de ce type, très dénudée et avec peu de texte », lançait-elle, multipliant les seconds rôles comiques, notamment dans P.R.O.F.S. « Je n’aime pas tourner dans les films, je n’aime pas la caméra », disait cette femme véritablement modeste, percluse de doutes.
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Elle débarque dans « Les Grosses Têtes » en 1990, où elle fait chavirer des têtes aussi illustres qu’Olivier de Kersauson ou Léon Zitrone (« Le décolleté d’Isabelle Mergault, on a envie de voir si ça remplit la main d’un honnête homme, peut-être les deux »). Elle excelle dans le rôle de jeune comédienne un peu ingénue, mais à la répartie ciselée et percutante. Son défaut de prononciation sera une force qu’elle cultivera. « Du temps où je voulais être architecte, j’étais allé voir un orthophoniste qui m’a dit : « en deux séances, ça peut partir. Mais vous voulez être architecte réellement ? Continuez la comédie, cela peut vous aider pour faire rire ». J’ai été repérée et c’était parti », détaillait-elle dans « On n’est pas couché » en 2014.
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Ruquier la relance
Brouillée avec Philippe Bouvard, mais surtout séduite par Laurent Ruquier, elle bascule dans le camp du nouveau trublion, qui en fait sa mascotte en lui écrivant deux pièces sur mesure (« La Presse est unanime », « Si c’était à refaire »), en l’invitant régulièrement à la radio et à la télévision, et en la demandant même en mariage. « Il y a deux hommes qui m’ont fait leur demande : un verrier et Ruquier. Ils étaient tous les deux bourrés », rigolait-elle.
Dans l’ombre, Isabelle Mergault écrit les scénarios de plusieurs films (« Aujourd’hui peut-être… », « Voyage à Rome », « Meilleur Espoir féminin »). Au début des années 2000, elle rédige seule, dans son coin, le scénario d’un film mettant en scène un agriculteur veuf souhaitant trouver une compagne — moins pour l’amour que pour l’aider aux travaux des champs. Michel Blanc, qui incarne ce paysan un peu abrupt, l’encourage à passer à la réalisation. « Je vous trouve très beau » est l’un des grands succès de l’année 2005, avec plus de 3,5 millions d’entrées. Elle obtient le César du meilleur premier film. Suivront plusieurs autres films aux fortunes diverses : « Enfin veuve » (2008), « Donnant donnant » (2010) et le très réussi « Des mains en or ».
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Reine du boulevard
C’est au théâtre qu’Isabelle Mergault enchaînera les triomphes, grâce à une puissance comique communicative et un sens de la formule remarquable. « Je ne sais que faire rire, je me nourris des rires des autres », expliqua-t-elle en 2014. Sur le plan personnel, si elle aimait jouer les femmes fatales, elle avoua à plusieurs reprises ne pas avoir trouvé l’amour inconditionnel et s’ennuyait très vite en couple. Elle adopte en 2010 une petite fille d’origine nigérienne prénommée Maya, née en 2009. « Elle a un côté cyclothymique. Elle entre dans des périodes de misanthropie. Elle se réfugie dans sa petite maison de banlieue avec son chien. On ne la voit plus. C’est une marginale dotée d’une certaine inaptitude au bonheur », analysait Philippe Bouvard.
« Je n’ai pas d’ambition », avait-elle coutume de dire, elle qui ne portait pas de masque et ne faisait pas de fausse modestie, se mordant la lèvre de stress. Elle vivait pour la scène et pour faire rire. « Je suis hantée par la mort. J’y pense dix fois par jour. J’ai une terrible conscience d’être mortelle », lançait-elle un soir sur le plateau de son grand ami Laurent Ruquier. Dans l’une des émissions des « Grosses Têtes », fut citée cette phrase : « Mais, dans la vie, hélas ! on ne fait pas tomber le rideau quand on veut. » C’était du Guitry, évidemment.
