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On était à l’opéra déjanté et grandiose de Rosalía à Paris
La superstar espagnole de la pop Rosalía a inauguré sa tournée, le Lux Tour, en France – à Lyon puis à Paris – cette semaine. Numéro était le 18 mars 2026 au concert qu’elle a donné à l’Accor Arena parisien et le choc esthétique était total.
par Violaine Schütz.

L’an dernier, Rosalía nous bluffait en sortant l’un des beaux disques de l’année : Lux. D’une ambition folle, l’opus mêlait musique classique, accents flamenco et sonorités électroniques (entre autres choses), faisait intervenir treize langues différentes et nous transcendait par son esthétique mystique (des paroles évoquant des figures de Saintes et des looks sacrés). Mais une question demeurait : comment la chanteuse qui nous avait éblouis avec sa dernière tournée (le Motomami World Tour) allait pouvoir retranscrire les exigences artistiques dévoilées sur ce disque dément en live ?
Le concert spectaculaire et hybride de Rosalía à Paris
Un début de réponse se dessine depuis le coup d’envoi de sa nouvelle salve de concerts, nommée le Lux Tour 2026, donné à Lyon le 16 mars. Sa première date parisienne s’est tenue ce mercredi 18 mars, et nous y étions. Le ton est donné avant même que l’on entre dans la salle de concert, l’Accor Arena (ex-Bercy). Autour de nous, une foule compacte de fidèles vêtus de blanc se presse. Les longues jupes virginales, les ailes ornées de plume, les croix et les coiffes de bonne sœur sont au rendez-vous.
Concernant le show à Paris qui démarre un peu avant 21h, il ressemblait à une réponse cinglante aux critiques récentes de Timothée Chalamet contre l’opéra et le ballet. L’acteur a déclaré au cours d’une interview pour Variety et CNN, diffusée le 21 février dernier : “Je ne veux pas travailler dans le ballet ou l’opéra, ou dans des trucs où c’est genre : ’Hé, continuez à faire tourner ça, même si plus personne n’en a rien à faire’. Avec tout le respect que je dois aux gens du ballet et de l’opéra.”
Une scénographie digne d’un ballet
Rosalía n’en a pas rien à faire et débute en effet son concert par un tableau digne d’un ballet. Après un plan sur la toile et le châssis d’un tableau vierge (qui annonce un concert sous forme d’œuvre d’art), la chanteuse espagnole sort d’une boîte comme une ballerine d’un coffret, avec un tutu et des pointes en satin. Le show fait alors référence à un tableau de Degas autant qu’à Black Swan.
La star catalane commence par chanter des titres issus de Lux, Sexo, violencia y plantas, Reliquia, Porcelana, Divinize, Mio Cristo piange diamanti, en faisant preuve d’une puissance vocale inouïe. Entourée d’une dizaine de danseurs, elle se meut sur la pointe de ses pieds telle une danseuse de ballet professionnelle.
Puis arrive la claque Berghain. Avec une scénographie évoquant un tableau de Goya (Le Sabbat des sorcières) et son passage techno (il s’agit d’une version remixée), Rosalía nous projette dans un club berlinois à 5h du matin. Mais il pourrait aussi s’agir d’un extrait d’un spectacle de danse contemporaine particulièrement avant-gardiste.
La folie Berghain
Si le show met surtout l’esthétique religieuse de Lux en lumière, la chanteuse n’oublie pas les fans du rutilant Motomami (2022), son précédent album. Elle dévoile, vêtue de noir après avoir arboré des tenues blanches (la star est vêtue de trois silhouettes sur mesure signées Ann Demeulemeester) des versions remuantes de ses hits Saoko, La Fama et La Combi Versace. Le concert, très riche, va ensuite se diviser entre moments d’émotion pure où les larmes affluent (La Perla, Sauvignon Blanc, Magnolias) et instants de danse cathartiques (CUUUUuuuuuute, BIZCOCHITO, DESPECHÁ).
Le show, très riche, à la fois millimétré et surprenant, est truffé de références culturelles, historiques et artistiques (The Dreamers, Munch, Gaudi, Charles–Paul Landon, Icare, Marie-Antoinette), de trouvailles scénographiques (art cam, espace de confession, tableau vivant façon La Joconde, jeu de gants, paroles traduites sur écran géant, encensoir se balançant dans les airs telle une Piñata, saut de l’ange dans le vide) et de chorégraphies inventives signées en partie par (La)Horde. On pleure beaucoup, on transpire, mais on rit aussi comme lorsque les danseurs se livrent à une bataille de polochons.
Un choc esthétique
Encore une fois, Rosalía parvient à réinventer le concert pop, et innove, en proposant un spectacle hybride entre théâtre, opéra, performance, messe, installation et danse contemporaine. Avec des matériaux bruts – drap blanc, bois, carton –, elle parvient à infuser de la poésie, de l’humanité et de l’artisanat dans un show de grande envergure. L’orchestre, placé au milieu de la fosse, ajoute une dimension lyrique au tout.
On sort de ces presque deux heures de show heureux et exsangue, presque en extase comme après une expérience liturgique. Le choix esthétique est total et il sera très difficile, pour tous les autres artistes que l’on verra cette année en live, de se hisser au niveau de ce ballet déjanté et grandiose.
Rosalía sera en concert le 20 mars 2026 à l’Accor Arena, à Paris.
