Municipales : quelle est la place de la culture ?

Mar 13, 2026 | Paris

De Paris à Toulon, et de Clermont-Ferrand à Villers-Cotterêts en passant par Nantes, la culture est-elle un sujet porteur pour les candidates et candidats aux élections municipales ? Tour d’horizon, à deux jours du premier tour, le 15 mars prochain.

Enquête 

À Paris, la culture comme levier politique et idéologique 

Sur le compte Instagram du candidat de l’union des gauches, Emmanuel Grégoire, les portraits de personnalités françaises soutenant l’ancien adjoint d’Anne Hidalgo défilent : « Raymond Depardon, photographe et cinéaste, soutient Emmanuel Grégoire », découvre-t-on, avant de scroller sur le même visuel, mais avec le portrait cette fois de l’artiste Eva Jospin. L’eau a coulé sous les ponts depuis cinq ans et jamais auparavant, le secteur culturel n’avait été à ce point mis en avant dans les programmes des candidates et candidats en lice pour la mairie de Paris. Le 19 février, Emmanuel Grégoire lui dédiait d’ailleurs une réunion à la Cantine de la Cigale, dans le 18e, où l’on pouvait croiser l’adjointe à la mairie de Paris en charge de la culture, Carine Rolland, venue soutenir le candidat. « À Paris, la culture est partout, c’est un thème transversal qui nécessitait une telle réunion », nous dit-on en préambule. Et Emmanuel Grégoire d’ajouter : « Nous vivons un moment d’une gravité historique et de très sombres nuages commencent à planer sur nos têtes. La question est de savoir quelle vision nous avons de la culture et de la création, quelles menaces pèsent philosophiquement et structurellement sur ce qui constitue sans doute l’un des plus grands acquis de l’histoire de cette ville ? » Rapidement, le candidat embraye sur la crise rencontrée par le secteur culturel. En plus de l’attrition des finances publiques, il mentionne la menace du « contrôle politique sur la création culturelle ». Le candidat est formel : il faut penser la politique culturelle dans un contexte de radicalisation idéologique qui fait peser une menace évidente sur le secteur. Pour lui, tout peut basculer, à tout moment. « La bataille politique de 2026 va d’abord être une bataille culturelle, poursuit-il. Une bataille de vision. » Une position qui fait écho aux récentes sorties de Sarah Knafo, figure de proue du parti d’extrême droite Reconquête, donnée à 11 % des suffrages. La candidate s’est récemment découvert une vocation de commissaire au « beau » et pourfend ce qu’elle appelle les « structures militantes » dans la culture. Dans une vidéo postée sur ses réseaux sociaux, elle explique que la grenouille Kermit de l’artiste Alex Da Corte, exposée place Vendôme pendant Art Basel Paris à l’automne dernier, est le symbole de la « dérive esthétique » qui serait en cours. « Comment en est-on arrivés là ? À vouloir remplacer la beauté, l’ordre et l’harmonie par la vulgarité, la provocation et la laideur ? » se demande la candidate. Puis de marteler : « Notre ville n’est pas un terrain de jeu pour artistes sponsorisés, la récréation est terminée. » À cette croisade pour le bon goût s’ajoute une thérapie budgétaire de choc : Sarah Knafo – qui, décidément, ne maîtrise que très peu les enjeux du secteur – souhaite diviser la masse salariale des fonctionnaires de la culture par deux et indexer les subventions sur un critère simple : « la fréquentation réelle » des établissements. S’appuyant sur le récent cambriolage au musée du Louvre, Sarah Knafo entend renforcer les patrouilles et évacuer « ceux qui squattent les abords » des musées, « en causant un trouble à l’ordre public ». Du côté des Républicains, l’ancienne ministre de la Culture, Rachida Dati, prend le parti, quant à elle, de fustiger la majorité sortante, qui a « transformé la culture en instrument militant, au détriment d’une politique d’ouverture sur toutes les formes d’expression artistique, y compris la culture classique qui recule à Paris ». Si son maigre programme culturel propose des mesures déjà existantes (comme la mise en place de nocturnes hebdomadaires dans les grands musées municipaux), Libération pointait il y a quelques semaines l’ingérence de deux de ses propositions dans la programmation culturelle d’établissements parisiens : ainsi, un « espace culturel immersif viendra compléter le musée Carnavalet pour raconter autrement l’histoire de Paris, en mobilisant les archives et collections encore inexploitées de la Ville », tandis qu’au Centquatre, dans le 19e, la « Ville mettra à l’honneur les Parisiens des Outre-mer avec une programmation culturelle qui leur sera dédiée ». Selon Libération, aucun des deux établissements n’a été informé de ces projets. Comme Emmanuel Grégoire, Pierre-Yves Bournazel fait partie des candidats à avoir le programme culturel le plus détaillé. Le 3 mars, il présentait celui-ci au sein de l’appartement d’un collectionneur, avec des personnalités du secteur triées sur le volet. Candidate Horizon à…