Bernard Goursaud, 79 ans d’âge, brigue un neuvième mandat de maire, avec la même motivation des débuts. 170 habitants, une seule liste, la sienne. Elle compte trois viticulteurs, une ressortissante belge et une ressortissante…
Bernard Goursaud, 79 ans d’âge, brigue un neuvième mandat de maire, avec la même motivation des débuts. 170 habitants, une seule liste, la sienne. Elle compte trois viticulteurs, une ressortissante belge et une ressortissante roumaine. Au bout de ce scrutin sans suspens, Bernard Goursaud ajoutera six années à ses quarante-neuf ans de mairie. L’aventure a débuté en 1977. Le jeune maire de 30 ans avait préalablement fait ses gammes en tant que conseiller municipal dans l’équipe de son beau-père.
« Tant que j’ai les neurones qui fonctionnent, je veux continuer à servir »
Claquages de porte
Ce neuvième mandat ne serait-il pas de trop ? Il sourit, bravache. « Ça se passe dans la tête, tant que j’ai les neurones qui fonctionnent, je veux continuer à servir », réplique ce poil à gratter assumé, adepte des coups d’éclat. Son premier adjoint abonde. « Beaucoup critiquent mais qui veut prendre la place ? » Pas Stéphane Billaud.
Bernard Goursaud a surmonté le gros pépin de santé qui a failli lui faire passer l’arme à gauche, il y a quelques mois. Le viticulteur, père de deux enfants qui vivent au village, s’est remis en selle, décidé à mener à bien un projet de parc photovoltaïque. Il veut également donner tout le poids nécessaire à l’association des Maires ruraux de Charente-Maritime qu’il préside. Il a même réussi à faire de Bruno Drapron, maire Horizons de Saintes, deuxième ville de la Charente-Maritime, le président d’honneur de l’association.
Bernard Goursaud est un personnage turbulent, séducteur et crispant. Il active son carnet d’adresses quand nécessaire et s’affranchit volontiers des lignes. La Cour régionale des comptes et le préfet ne manquent jamais de le rappeler régulièrement à l’ordre quant à ses obligations en matière de comptes publics et de contrôle de légalité.
Cycliste de niveau régional dans sa jeunesse, le fils de viticulteurs a arrêté de pédaler quand il a repris l’exploitation familiale, à 26 ans. Ses premiers éclats publics remontent à son syndicalisme au sein du Modef, le Mouvement de défense des exploitants familiaux. Le jeune adulte embrasse la cause, entraîné par son beau-père Yves Olivré, maire de Brie et conseiller départemental.
Élu à la chambre d’agriculture dans les années 1980, il se fait d’emblée remarquer. « J’ai dit ce que j’avais à dire le jour de l’installation et je suis parti. On avait demandé un poste d’observateur, on nous le refusait. On avait en face des intérêts privés et des affairistes. Ce n’était pas dans mes valeurs. » Ce ne sera pas son dernier claquage de porte.
« Les communes rurales sont laissées-pour-compte. »
Deux gardes à vue
Dans les années 1990, les Charentes traversent une grave crise du cognac. Le Modef adopte des méthodes musclées pour se faire entendre. En tant que responsable syndical, cela vaut à Bernard Goursaud d’être placé en garde à vue à deux reprises, au commissariat et à la gendarmerie de Saintes. Il garde un souvenir amusé de son passage devant le juge. « Ça s’est bien passé. » Le Modef aujourd’hui ? « Je m’en suis éloigné, il y a eu un tournant beaucoup trop écologiste. Je me sens plus proche de la Coordination rurale. »
Le maire de Brie revient au passage sur son passé trotskiste. « J’ai milité à la Quatrième Internationale mais je n’ai jamais pris de carte. Je suis même allé avec eux en Californie du temps de Pierre Lambert ». Aujourd’hui, il se retrouve dans la pensée « souverainiste » du philosophe et essayiste Michel Onfray.
« Je suis très proche de Nicolas Dupont-Aignant. » À plusieurs reprises, le président de Debout La France a été accueilli à bras ouverts dans la petite mairie de Brie. « Je n’ai jamais pris de carte à un parti », précise Bernard Goursaud, persuadé qu’il faut tenir à bonne distance l’affichage politique au sein d’un conseil municipal. Membre du Grand Orient de France « depuis trente-cinq ans », le franc-maçon annonce toujours la couleur à qui veut travailler avec lui. « Ce qui m’intéresse, c’est le comportement des personnes. »

