
Thierry DAVID / SO
Dès 13 heures, la Victoire se couvre d’une foule bariol…

Thierry DAVID / SO
Dès 13 heures, la Victoire se couvre d’une foule bariolée de drapeaux et d’étoffes où le mauve, couleur du combat féministe, domine. Appels à la « révolution féministe », dénonciation des violences faites aux femmes, de la LGBT+-phobie, de la domination du sacro-saint patriarcat : les mots d’ordre sont connus, même si en cette année de municipales, quelques thématiques plus politiques sont mises en avant. « Nous avons décliné 100 revendications pour des municipalités féministes afin d’interpeller les élus locaux, expose Camille, pour l’AG Féministe 33. Ça passe par l’augmentation du nombre de logements d’urgence, le développement de la prévention, la gratuité des crèches et des cantines… » Autre axe fort, la dénonciation de l’extrême droite, récurrente dans les pancartes et slogans du jour. « Dans les régimes fascistes, les femmes et les minorités de genre sont les premières cibles. »
« Surtout un dimanche »
Et aussi les revendications pour l’égalité, qui passent par la « grève féministe ». Même un dimanche ? « Surtout un dimanche. D’abord parce que beaucoup de femmes précaires travaillent ce jour-là. Et c’est surtout l’occasion de revendiquer une grève du travail domestique, invisible : s’occuper des enfants, du ménage, etc. Il reste beaucoup à faire », résume Claire, venue de Mios avec le collectif du bassin d’Arcachon.
« Ce qui m’inquiète le plus c’est le retour du masculinisme. On sent que ça ne s’améliore pas, surtout chez les jeunes de notre âge »
En tête, une banderole intersyndicale (CGT, CFDT, FSU, Unsa) pour l’égalité « au travail, à la maison, dans la rue ». Les politiques sont plus loin dans le cortège, militants et élus écologistes, de gauche et d’extrême gauche. On note la présence de quelques candidats têtes de liste aux municipales de Bordeaux : Pierre Hurmic, Fanny Quandalle (LO), Pétra Bernus (Révolution permanente).
Sur le pavé, des militantes de tous les âges qui se trouvent 1 000 raisons de manifester. Comme Ninon, 18 ans, qui a retrouvé sa mère Géraldine dans le cortège. « Ce qui m’inquiète le plus c’est le retour du masculinisme. On sent que ça ne s’améliore pas, surtout chez les jeunes de notre âge. »

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« Jamais acquis »
« Je suis venue parce que la lutte continue, dit Josianne Rode, 86 ans, « vétérane » vivant à Cenon, où elle a cofondé l’Apafed, « premier centre d’accueil pour femmes victimes de violences du Sud-Ouest ». « Je milite depuis les années 1960. Mais aujourd’hui hélas, il y a encore du travail. » « 167 féminicides en 2025 », rappelle plus loin une mariée à la longue traîne, sur laquelle est inscrit le nom des victimes.
« Ni patrie ni patriarcat » : les slogans sont internationalistes, les manifestantes de tous horizons. « Je suis venue avec une amie mexicaine comme moi, dit Patricia Martinez, chercheuse en biomédecine. Ma grand-mère n’a pas pu faire des études. Elle a dû rester à la maison, prendre soin des enfants. Être ici pour moi, c’est une façon de l’honorer. »
« C’est mon premier 8 mars. J’accompagne ma mère, syndicaliste, raconte Julie, restauratrice. Mais c’était aussi important pour moi d’être là, pour clamer haut et fort que les droits des femmes sont menacés. Ils reculent partout dans le monde. Et en France, les lois censées nous protéger sont mal appliquées. »

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« C’est un élan magnifique, dit Poerani, étudiante en sociologie. C’est bienveillant, joyeux, familial, plutôt jeune, toutes les couches de la société sont représentées. » Pour toutes, « les droits des femmes ne sont jamais acquis. Il faut continuer de se montrer, de manifester. »
Femmage
La batucada de l’AG féministe donne le rythme, les Rosies, collectif spécialiste de chorégraphies loufoques et de tubes détournés, ambiancent la foule. Le cortège prend son temps, dans une ambiance joyeuse ponctuée de moments plus graves, comme ce femmage aux victimes de violences sexuelles organisé par le collectif Nous toutes, sur les marches du musée d’Aquitaine : des dizaines d’écriteaux pour raconter autant de destins brisés, sans réparation. « 86 % des plaintes pour violences sont classées sans suite. »






