Paris Fashion Week 2026 : comment célébrer la mode ?

Mar 7, 2026 | Paris

Derrière le mot « mode », que faut-il lire ? Utilisé à tout-va, celui-ci désigne à la fois une tendance dont tout le monde s’empare, mais aussi un art. Un art du trait qui sculpte une silhouette, du tissu qui donne corps à une idée, ou encore, d’une couleur qui la fait vivre. Et plus prosaïquement, la mode nous habille. Entre objet d’art et marchandise, où se situe le geste créatif ? La mode : un vecteur d’émancipation ou de standardisation ? Nathan Devers en débat – Sans Préjuger – avec le créateur Christian Louboutin, l’historienne Émilie Hammen, et l’écrivaine Christine Orban.

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Ce qui fait le show

Comment se construisent ces spectacles au cœur de la Fashion Week, où chaque créateur tente de se renouveler ? Chaque année, Christian Louboutin monte un show. Mais il précise, il ne vise pas à montrer une nouvelle collection, « mais plutôt une ambiance ». L’ingrédient indispensable pour le créateur ? C’est la joie. « Cela doit être une chose festive, raconte-t-il. Et c’est toujours autour de la danse. » À propos de cette dernière édition, Christine Orban partage son admiration pour « la fidélité des créateurs », qui parviennent à innover tout en conservant ce qui fait le style de ces grandes maisons historiques, comme Chanel ou Dior.

Mais ce spectacle se vit-il toujours de la même façon, dans l’ère des réseaux sociaux ? Émilie Hammen explique que l’événement demeure assurément élitiste, au regard du nombre de personnes pouvant profiter des défilés. « On a inventé ce modèle des défilés au tout début du XXe siècle, rappelle-t-elle. Et force est de constater que la diffusion des images […] a largement contribué à partager ces idées, ces fêtes. » Elle souligne l’engouement de toute une jeune génération, qui peut désormais suivre en temps réel, les silhouettes proposées par les créatrices et créateurs.

Entre éternel et éphémère

« À coup sûr, cet homme, tel que je l’ai dépeint, ce solitaire doué d’une imagination active, […] a un but plus élevé que celui d’un pur flâneur, un but plus général, autre que le plaisir fugitif de la circonstance. Il cherche ce quelque chose qu’on nous permettra d’appeler la modernité […]. Il s’agit, pour lui, de dégager de la mode ce qu’elle peut contenir de poétique dans l’historique, de tirer l’éternel du transitoire. » Voici ce qu’écrivait Baudelaire dans Le Peintre de la vie moderne, en 1863. Il avait alors sous ses yeux cette mode de l’habit noir et de la redingote. Selon lui, s’incarnait là – non pas une tendance fugitive –, mais bien un fragment d’éternel, le rapport qu’entretenait la modernité naissante européenne avec l’angoisse de la mort.

La semelle rouge de cette fameuse paire d’escarpin signée Louboutin : capte-t-elle une part de l’éternel ? « Il y a une chose éternelle, c’est le rouge », explique le créateur. Il y voit une « couleur ni normale, ni anodine », qui incarne beaucoup de symboles, et qui – quelles que soient les cultures – « exprime toujours quelque chose d’assez important. » Notre goût pour le renouvellement permanent dit aussi quelque chose de notre rapport au démodé. L’historienne de la mode Émilie Hammen analyse : le démodé est aussi « le reflet d’un temps présent, et de ses aspirations culturelles, sociales et politiques. »

À écouter

La mode comme langage

Dans Le Système de la modeRoland Barthes décrivait la mode comme un langage ayant aussi sa grammaire. Le vêtement est-il une manière de signifier quelque chose dans l’espace public ? Assurément. La revenge dress en est un exemple, selon l’écrivaine Christine Orban. Dans son roman Mademoiselle Spencer, elle rappelle l’histoire de cette robe moulante noire portée par Diana en signe de contestation face à la famille royale.

La mode comme langage, est-elle intrinsèquement liée à la conquête féministe ? Pour Émilie Hammen, la mode « la rend visible. […] Elle rend visible des débats, des idéologies qui peuvent venir à l’encontre d’idées attendues et des convenances d’une époque ». Mais elle rappelle : « c’est rarement les couturiers qui ont libéré les femmes. Ce sont elles, à travers le choix des vêtements et des situations dans lesquelles elles les portent. »

À écouter

La minijupe

Ils ont changé le monde

58 min

Références

Sons diffusés

  • Extrait de l’ouvrage Le Peintre de la vie moderne de Charles Baudelaire, lu par Georges Claisse sur France Culture
  • Roland Barthes évoque son ouvrage Le Système de la mode dans l’émission « Recherche de notre temps » sur France Culture, le 7 février 1967

Ouvrages de nos invités

  • Émilie Hammen, L’Idée de mode, t1 « Une nouvelle histoire », t2 « Un devenir-art », Éditions B42, 2023 – mars 2026
  • Christine Orban, Mademoiselle Spencer, Éditions Albin Michel, 2025
  • Christine Orban, Fringues, Éditions Albin Michel, 2002