« Montpellier va devenir une sorte de Bayreuth-sur-Lez ! »: le Nouveau Festival Radio France dévoile un programm

Mar 4, 2026 | Montpellier

« Tristan et Isolde », Vanessa Wagner, l’Orchestre du festival de Budapest, Marie-Nicole Lemieux, Camille, Charles Lloyd, Bill Frisell… Placée sous le signe de l’amour, la 41e édition de l’événement musical majeur promet un feu d’artifice sur le territoire de la métropole de Montpellier du 5 au 18 juillet.

Faire aussi bien, c’est quelque part déjà faire mieux, car quand on s’y emploie, on ne doit pas tant se mesurer au fait en question qu’au souvenir que celui-ci a laissé. Ainsi, le Festival Radio France Occitanie Montpellier aurait-il présenté pour sa 41e édition, du 5 au 18 juillet, un programme aussi renversant, et coruscant, que celui de son quarantième anniversaire qu’on en aurait été déjà sur le derrière, et ébloui… Mais il se pourrait qu’il ait fait encore mieux, à tous égards !

Pour le service public

« On pourrait dire que les années se suivent et se ressemblent, c’est vrai et c’est tant mieux, mais il faut prendre toujours la mesure de la fragilité des choses », a insisté le maire et président de la Métropole de Montpellier, Michael Delafosse, mardi, en préambule de la présentation à la presse du détail du 41e festival. « En ce moment, à l’Assemblée nationale, il y a une commission d’enquête parlementaire qui questionne l’audiovisuel public ; ce qui est son droit légitime. Mais un de ses rapporteurs se transforme en inquisiteur à l’endroit de tous les acteurs de ce service public. S’il est normal que chacun rende des comptes et évolue sur ses pratiques, on voit bien que, derrière, s’organise une offensive réactionnaire contre ce service public. » Et l’élu de marteler son soutien : « La France a de la chance d’avoir France Télévisions et Radio France, comme nos amis britanniques d’avoir la BBC. Partout où on a privatisé ces services publics, c’est la création artistique qui a reflué, c’est l’ambition culturelle qui a disparu… Alors, à Montpellier, oui, c’est une très grande fierté que d’avoir ce festival qui a du sens. »

Une défense pro-active (en dépit de la crise des finances publiques, les collectivités locales et régionales ont maintenu intactes, leurs subventions) qui a évidemment été mieux que bien reçue par Michel Orier qui dirige le Festival Radio France depuis 2023, avec un incontestable succès public et critique. « Ce qui nous mine aujourd’hui n’est pas seulement l’éventualité de l’abandon du service public mais de voir basculer l’ensemble de la culture dans la consommation de masse, a-t-il ajouté, pour sa part. Or, c’est précisément au contraire que l’on essaie de travailler au festival, depuis quarante et un ans ! »

« Bayreuth-sur-Lez »

Mais trêve de discours, place à la musique ! Une musique qui parle très bien d’elle-même, et beaucoup d’amour : celles de Tristan et Iseut », tels qu’immortalisées par Richard Wagner, constituent le cœur de cette édition, dans une version concert événement (le 11 juillet) qui enflamme Michel Orier : « L’opéra Tristan & Isolde est une chose incroyable, immense, par sa dimension, sa beauté absolue… Avec la distribution vocale exceptionnelle que nous avons réussi à réunir (Anja Kampe, Stuart Skelton, Kwangchul Youn…) et le Philharmonique de Radio France dirigé par Jaap van Zweden, Montpellier va devenir une sorte de Bayreuth-sur-Lez ! » De l’amour encore avec Didon et Enée de Purcell, par l’ensemble Les Surprises (avec Blandine de Sansal en Didon) dans une mise en scène de Pierre Lebon (le 8 juillet). De l’amour toujours avec Roméo et Juliette, version Tchaïkovski par le Philharmonique dirigé par Jakub Hruša avec Alexandre Kantorow au piano (le 16 juillet). Mais on pourrait également citer L’amour et la vie d’une femme, de Schumann, par la mezzo-soprano Marianne Crébassa (le 9 juillet).

Des voix et des doigts

Plus largement, les voix sont en majesté dans cette 41e édition. La mezzo-soprano Jamie Barton chantera les Rückert-Lieder de Mahler (le 10 juillet) et la contralto Marie-Nicole Lemieux, les Wesendonck-Lieder de Wagner (le 18 juillet), tandis que le baryton Matthias Goerne interprétera, lui, le monumental Voyage d’hiver de Schubert (le 13 juillet). Citons aussi le haute-contre Reinoud Van Mechelen avec l’ensemble A Nocte Temporis dans un programme Bach (le 7 juillet), la chanteuse soul caribéenne Ala. Ni (le 16 juillet) ainsi que Camille, la chanteuse oscarisée pour Emilia Perez qui revient (enfin) sur scène mode symphonique (le 17 juillet).

Mais le festival fait montre d’une égale exigence pour les pianistes qu’il met en valeur : la très jeune Arielle Beck (le 6 juillet), la star Bertrand Chamayou (le 9 juillet), le virtuose en pleine ascension glorieuse Jonathan Fournel (le 10 juillet), Sergeï Babayan (le 16 juillet) ou encore Vanessa Wagner (le 18 juillet).

Du Jazz et électro

Hors concours, l’Orchestre du festival de Budapest, « un des dix plus grands orchestres au monde » selon Michel Orier, sera la vedette d’une soirée d’exception avec Iván Fischer à la baguette, mais aussi Renaud Capuçon au violon (le 6 juillet).

Mais le Festival Radio France accueille à égale dignité, comme il se plaît à dire, les autres musiques, à commencer par les improvisées et les électrocutées !

Ainsi, le jazz s’offre-t-il un festival majeur dans le festival majeur. Avec en ouverture Bill Frisell, sans doute un des cinq plus grands guitaristes américains tous genres confondus (le 7 juillet). Charles Lloyd, lui, est un monstre sacré du saxophone (le 8 juillet). Maria Schneider nous fera découvrir son Classijazz Big Band (le 9 juillet), tandis que le Red Star Orchestra de Johane Myran rendra hommage à Satie (le 10 juillet). Le trio Yom X Ceccaldi nous ouvrira au Rythme du silence (le 11 juillet) et le saxophoniste Kenny Garrett, aux Sounds of the ancestors (le 12 juillet). Enfin, le collectif Snarky Puppy offrira une démonstration de sa jubilatoire dinguerie instrumentale (le 13 juillet).

Côté Tohu-Bohu, autrement dit musiques électroniques, les trois soirées rallongées (les 9, 10et 11 juillet, au Domaine d’O) vont profiter du dispositif Fip 360, un système son spatialisé offrant une expérience immersive unique.

Enfin, si le festival conserve ses deux grands concerts gratuits en plein air (place de l’Europe le 5 juillet et devant l’hôtel de ville pour le 14-Juillet), il s’ouvrira les 3 et 4 juillet, avec Montpellier Danse, qui lui se clôturera, avec Sept larmes pour Elisabeth, une création associant le chorégraphe Aurélien Bory, la danseuse Aure Watchter et le guitariste classique Thibaut Garcia. Ainsi, à Montpellier, les liaisons entre les festivals se mettent-elles en scène. Encore une histoire d’amour ? Il n’y en a jamais trop !