L’essentiel
- Sur son compte X, un candidat à la mairie de Nantes accuse la maire sortante de diffuser son programme dans le magazine de la Ville.
- A moins de trois semaines du premier tour, il affirme que cela peut créer une confusion chez les Nantais.
- Depuis le 1er septembre 2025, les candidats doivent respecter plusieurs règles de communication.
Les 15 et 22 mars prochains, les Françaises et Français éliront leurs maires. Un scrutin majeur de la vie politique pour lequel les hostilités sont déjà lancées aux quatre coins du pays, en attendant le début de la campagne officielle fixé au 2 mars.
Au cours des prochaines semaines, la rédaction de « 20 Minutes » se mobilise pour faire la chasse aux fake news dans le cadre de ces municipales, afin de vous éclairer au mieux à l’heure de votre choix dans l’isoloir.
Simple confusion ou volonté de discréditation ? Il aura fallu quelques heures à peine pour que l’information circule sur les réseaux et se retrouve au cœur des conversations des Nantais. Sur son compte X, le candidat à la mairie Foulques Chombart de Lauwe (LR et centre) accuse sa principale adversaire, la maire sortante Johanna Rolland, de profiter de la distribution du magazine d’informations municipales Nantes Passion pour diffuser son programme. Une pratique strictement interdite.
« Le programme de la candidate Johanna Rolland est distribué inséré dans le journal financé par la Ville dont la Maire n’est autre que… Johanna Rolland. Cette confusion des genres est inacceptable », écrit le candidat, qui accompagne son propos de deux photos montrant le programme de la maire socialiste disposé dans le numéro de février.
Accusations mensongères ?
Pour vérifier cette information, nous avons récupéré une pile de Nantes Passion disposé à l’entrée de notre rédaction nantaise (ça tombe bien, personne n’en avait besoin). On feuillette, on secoue, on humidifie un peu nos doigts pour être certains de ne pas avoir loupé un document caché entre deux pages… Mais non, rien, pas l’ombre d’un programme de la candidate qui brigue un troisième mandat.
De ce constat, on peut tirer plusieurs hypothèses. Soit notre dizaine de magazines n’est pas concernée par la communication sous les radars de Johanna Rolland. Soit la profession de foi de la candidate n’a jamais été glissée dans la revue.
Sur X, les internautes prennent part au débat. « Le gros menteur mdrrr personne n’a eu ça », écrit Amael dans les commentaires. « Fake news ! J’ai bien reçu le Nantes Passion sans le programme de Johanna Rolland », affirme Maxime. Bassem Asseh, premier adjoint de l’actuelle maire de Nantes, s’est lui aussi exprimé en ce sens : « Fake News de Foulques Chombart de Lauwe et il le sait bien : la distribution dans toutes les boîtes aux lettres nantaises de notre programme est – évidemment – financée par le compte de campagne sur la base d’un contrat que je tiens à sa disposition ! »
« Une confusion pour les Nantais »
Contactée, l’équipe de campagne de Johanna Rolland a fourni à 20 Minutes les documents qui permettent d’affirmer que l’ensemble des imprimés de la campagne ont été financés par un mandataire, comme le stipule le code électoral. Les programmes ont été envoyés par voie postale indépendamment des exemplaires de la revue Nantes Passion financés par la ville.
Confrontée à ces éléments, l’équipe de campagne de Foulques Chombart de Lauwe a répondu à nos sollicitations : « Nous ne doutons pas de la légalité, le problème soulevé est le timing de livraison. Le fait de recevoir en même temps un programme électoral et de l’information municipale, supposée neutre, crée une confusion pour les Nantais. »
A nos confrères de Franceinfo, La Poste affirme que le numéro de février de Nantes Passion « a été distribué du 30 janvier au 13 février » alors que le programme de la candidate socialiste s’est retrouvé dans les boîtes aux lettres entre le 6 et le 20 février. Pendant une semaine, les deux courriers ont pu être distribués au même moment.
Que dit le code électoral ?
Les propos du candidat donnent l’occasion de faire le point sur ce qui est légal, ou non, en matière de communication en période préélectorale. Pour les maires candidats à leur réélection, la frontière est parfois très fine. Le tout est réglementé dans le code électoral. Ce dernier stipule, via l’article L52-1, que six mois avant le premier tour, « aucune campagne de promotion publicitaire des réalisations ou de la gestion d’une collectivité ne peut être organisée sur le territoire des collectivités intéressées par le scrutin. » Et d’ajouter : « cette interdiction ne s’applique pas à la présentation, par un candidat ou pour son compte, dans le cadre de l’organisation de sa campagne, du bilan de la gestion des mandats qu’il détient ou qu’il a détenus. »
Dans une note publiée en avril, l’Association des maires de France (AMF) rappelle qu’en période préélectorale, la communication institutionnelle est « prohibée, car elle dépasse le cadre de la stricte information. Il importe ici de veiller à ce que la communication de la collectivité s’abstienne de mettre en valeur les candidats, leurs réalisations en tant qu’élus sortants ou encore leurs projets, sauf à s’apparenter alors à un moyen de propagande. » Non respectée, ces règles peuvent entraîner une inéligibilité, une amende, une condamnation judiciaire voire l’annulation de l’élection.
En revanche, la maire sortante peut, comme l’ensemble des candidats à l’approche des élections, envoyer sa profession de foi « au domicile de chaque électeur », comme le rappelle le site du ministère de l’Intérieur.
