Trois très bonnes raisons d’aller voir l’exposition « Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d’un hôtel particulier » au Musée des arts décoratifs à Paris

Fév 21, 2026 | Paris

Dans un environnement favorable à l’éclosion des arts, Paris s’affirme au XVIIIe siècle comme la capitale d’un luxe, toujours en quête d’innovation et de commodité.

Avec 550 pièces issues des collections du musée, et rarement montrées, l’exposition Une journée au XVIIIe siècle, chronique d’un hôtel particulier, au Musée des arts décoratifs (MAD) jusqu’en juillet 2026, convoque tous les domaines d’expression des arts décoratifs – boiseries et papiers peints, mobilier, céramique, orfèvrerie, vêtements et accessoires de mode, bijoux – pour redonner vie à un hôtel particulier parisien dans les années 1780.

Franceinfo Culture vous donne trois raisons de visiter cette exposition immersive dont la fidèle reconstitution dévoile des innovations de l’époque comme le souligne la co-commissaire Sophie Motsch, attachée de conservation au MAD, collections XVIIe-XVIIIe siècles, qui donne des clefs pour comprendre cet art de vivre à la française exprimant modes, goûts, valeurs et usages d’une élite.

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Pour découvrir une journée type de l’aristocratie

Première raison : l’exposition scrute les activités quotidiennes des habitants d’un hôtel particulier, du lever au coucher. Chaque pièce reconstituée avec une très grande richesse d’objets est associée à un moment précis de l’emploi du temps de ses habitants. L’exposition se concentre sur une journée type d’une famille de l’aristocratie française du Siècle des Lumières – Monsieur et Madame, leurs enfants et leur domesticité.

La journée commence au lever dans la chambre à coucher où trône un lit à la duchesse, dont le baldaquin et les pentes en tissu apportent intimité et chaleur au dormeur. Vers sept heures du matin, les maîtres qui ont chacun son appartement, sont réveillés par leurs domestiques pour prendre leur premier repas et s’habiller.Le lever demeure au XVIIIe siècle un moment de convivialité. L’habillement et la coiffure qui se déroulent souvent sous le regard d’un cercle restreint sont l’occasion de montrer des objets liés au soin du corps : aiguière et son bassin, boîtes à savon et à éponge. Chaise percée et pot de chambre complètent ces indispensables de l’hygiène intime. Avant ou après le dîner (notre déjeuner), un détour par la bibliothèque – espace de travail et d’intimité pouvant être garni d’un bureau – s’impose pour Monsieur. La visite se poursuit dans le boudoir de Madame où elle s’adonne à la lecture, à l’écriture en prenant appui sur son bureau qualifié de bonheur‑du‑jour, ou aux travaux d’aiguille.

Exposition "Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d'un hôtel particulier" au Mad à Paris : dans la salle à manger. (CHRISTOPHE DELLIERE)
Exposition "Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d'un hôtel particulier" au Mad à Paris : dans la salle à manger. (CHRISTOPHE DELLIERE)
Exposition « Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d’un hôtel particulier » au Mad à Paris : dans la salle à manger. (CHRISTOPHE DELLIERE)

Pour le dîner (entre quatorze et seize heures) pris dans la salle à manger on découvre une fontaine murale pour se laver les mains, des chaises cannées, des consoles-dessertes, des rafraîchissoirs où attendent verres et bouteilles et une grande table dressée. Dans l’après-dîner, on pratique aussi la collation : on consomme du chocolat, du thé ou du café, avec du sucre, produits de luxe réservés à l’élite. Le souper (dîner) entre vingt heures trente et vingt‑trois heures se déroule dans l’intimité, en petit comité, avec un nombre restreint de domestiques qui assurent le service. Cette nouvelle pratique entraîne la création de meubles légers, à roulettes, aisément déplaçables. Puis c’est le temps des loisirs et jeux : les menuisiers inventent les sièges voyeuses, sur lesquelles on s’assoit à genoux ou à califourchon, les coudes appuyés au dossier haut pour regarder les joueurs. L’exposition se clôt sur le dernier moment de la journée : le coucher.

Pour plonger, par les cinq sens, dans une époque 

Deuxième raison : ce parcours est immersif. C’est dans une ambiance sonore et olfactive que le visiteur déambule de pièce en pièce dans la reconstitution de cet hôtel, comme s’il était un proche, un ami ou un invité privilégié de la famille. Mais il faut se remettre dans le contexte de l’époque : avant de pénétrer dans la demeure, il est conduit sous le porche majestueux, qui manifeste aux passants la puissance des propriétaires, tout en maintenant à distance la promiscuité urbaine. Alors la première impression, quand on pénètre dans l’exposition, c’est cette odeur indescriptible, celle de la cour, à laquelle s’ajoute un son, celui du bruit des sabots des chevaux. On est transporté ailleurs et l’on oublie vite le métro qu’il a fallu prendre pour venir au MAD.

Après avoir franchi la cour, le visiteur découvre les parterres de fleurs en porcelaine, les treillages et les plantations en pots du jardin dont les effluves de nature flottent dans l’air. Beaucoup de pièces sont ainsi sectorisées par une touche olfactive – dans le boudoir de Madame l’odeur est délicieuse et subtile – comme nous l’explique Sophie Motsch, l’une des deux commissaires d’exposition : « On a fait une sélection de différents parfums et de différents sons, parce qu’on souhaitait que l’exposition soit immersive. Que ce soit vraiment une plongée dans une autre époque, comme un voyage aussi dans le temps, et également comme une sorte de mirage ou de film qui serait en train de se tourner ou de s’achever puisque chacune des pièces est en fait une sorte de plateau de cinéma dans lequel serait rassemblé chacun des objets, chacun des éléments qui sont propres à évoquer une pièce en particulier ».

Exposition "Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d'un hôtel particulier" au Mad à Paris : dans le boudoir, une Madeleine entamée sur une coupelle. (CORINNE JEAMMET)
Exposition "Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d'un hôtel particulier" au Mad à Paris : dans le boudoir, une Madeleine entamée sur une coupelle. (CORINNE JEAMMET)
Exposition « Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d’un hôtel particulier » au Mad à Paris : dans le boudoir, une Madeleine entamée sur une coupelle. (CORINNE JEAMMET)

Ici la mise en scène est vivante : une Madeleine entamée dans une coupelle posée sur une petite table ronde donne l’impression que Madame vient de sortir de son boudoir et qu’elle va revenir dans une minute pour terminer sa bouchée tandis que sonne un peu plus loin une horloge. « C’est l’effet recherché : que la présence de la vie soit très tangible dans la façon aussi de disposer les accessoires, les objets qui accompagnent la réflexion et la compréhension de ce qui nous entoure ». De même, une chaise posée un petit peu de trois quarts, de biais, par rapport à la table, donne l’impression que la personne vient juste de se lever.

Pour être bluffé par les inventions du XVIIIe siècle

Enfin dernière raison : l’exposition nous fait toucher du doigt la modernité de ce siècle. Un exemple : la visite immersive est rendue également par le traitement gradué de la lumière au fil de cette journée découpée en trois parties : matin, après-dîner et soir. Les progrès scientifiques et techniques dans la mesure du temps sont ainsi illustrés par un choix d’horloges, de cartels et de montres mais aussi de semainiers et d’almanachs de poche aux luxueuses reliures, plus ravissants les uns que les autres. « On a veillé à ce que chacun des accessoires liés à l’éclairage, c’est-à-dire les bougeoirs, les chandeliers, les lustres soient tous équipés de bougies en cire qui ont été brûlées de façon que cela ait l’air le plus naturel possible mais qu’on ait vraiment conscience aussi de ce que représentait ce mode d’éclairage, qui évidemment nous semble complètement fou », souligne Sophie Motsch.

Outre cette exposition au MAD, deux autres expositions – La mode au 18ᵉ siècle. Un héritage fantasmé au Palais Galliera et Révéler le féminin. Mode et apparence au XVIIIᵉ siècle au musée Cognacq-Jay – se penchent, prochainement, sur ce siècle. Pourquoi un tel engouement ? « Il semblerait que le XVIIIe siècle soit un siècle dans lequel on peut trouver peut-être des réponses, ou tout du moins des questionnements, en rapport avec ceux de notre monde contemporain dans différents aspects… C’est un siècle dans lequel on aime s’immerger pour y retrouver une douceur de vivre et un art extrêmement raffiné dont nous trouvons encore des échos dans la société actuelle par un certain nombre d’inventions, d’objets… », indique Sophie Motsch. Et d’ajouter : « tout ce qui a un côté pratique, tout ce qui est escamotable, les meubles à double fonction sont vraiment des inventions du XVIIIᵉ siècle ».

Parmi les petites choses à ne pas rater, la chaise longue (photo ci-dessous) mais également l’incroyable baignoire d’œil, qui a une forme incurvée, extrêmement raffinée : « C’est un tout petit objet très souvent pris pour un coquetier alors que le dessus est ovale. C’est un moyen très simple de soigner les infections oculaires en y versant un liquide. On renverse la tête et le liquide est appliqué sur l’œil. C’est exactement ce qu’on trouve en version plastique et vendue en pharmacie actuellement », ajouteencoreSophie Motsch.

Exposition "Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d'un hôtel particulier" au Mad à Paris : la Bergère évolue en chaise longue avec un bout de pied pour que les jambes y reposent entièrement. (CORINNE JEAMMET)
Exposition "Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d'un hôtel particulier" au Mad à Paris : la Bergère évolue en chaise longue avec un bout de pied pour que les jambes y reposent entièrement. (CORINNE JEAMMET)
Exposition « Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d’un hôtel particulier » au Mad à Paris : la Bergère évolue en chaise longue avec un bout de pied pour que les jambes y reposent entièrement. (CORINNE JEAMMET)

Dans une approche anthropologique, l’exposition lève aussi le voile sur les usages du XVIIIe siècle avec, par exemple une attention portée aux améliorations que connaît la période mais aussi aux pratiques sociétales « comme la promenade hygiénique pour lutter contre la sédentarité née au XVIIIe siècle. Ce sont vraiment des préoccupations qui sont encore complètement actuelles surtout à l’heure des écrans de téléphone et de la consommation numérique », souligne la commissaire.

Affiche de l'exposition "Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d'un hôtel particulier" au Mad à Paris. (MAD)
Affiche de l'exposition "Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d'un hôtel particulier" au Mad à Paris. (MAD)
Affiche de l’exposition « Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d’un hôtel particulier » au Mad à Paris. (MAD)