Ce 12 février 2026, elle vient de fêter ses 78 ans, puis quelques semaines plus tard, en mai, elle célèbrera les 50 ans de la création de son entreprise, sobrement nommée Le Floch C, initiale…
Ce 12 février 2026, elle vient de fêter ses 78 ans, puis quelques semaines plus tard, en mai, elle célèbrera les 50 ans de la création de son entreprise, sobrement nommée Le Floch C, initiale faisant écho à son prénom, Colette. La société occupe un hangar de 500 mètres carrés dans une zone industrielle à Périgny, à côté de La Rochelle. Et encore aujourd’hui, tous les jours de l’année sauf les dimanches et trois semaines de vacances en été, Colette Le Floch est là. Au milieu des piles de métaux divers ou dans son petit bureau, décoré de vieilles plaques publicitaires et de photos de voitures de rallye. Il y a aussi une balance et son jeu de poids d’un autre âge.

Photo Jean-Christophe Sounalet / SO
« J’aime mon métier. Voilà, c’est vraiment une passion »
Mais qu’est-ce qui pousse Colette Le Floch à revenir, inlassablement, trier du cuivre et de l’aluminium à un âge où beaucoup ont depuis bien longtemps fait valoir leurs droits à la retraite ? « J’aime mon métier. Voilà, c’est vraiment une passion. » Pour comprendre, il faut remonter aux années 1950, dans le quartier rochelais de Tasdon, où ses parents exerçaient, bien sûr, l’activité de récupérateurs de métaux. « À 10 ans, j’allais aider ma mère à trier des bouteilles et à empiler les cartons. Aussi, comme mon père était malade, quand j’étais à l’école, entre midi et deux, j’allais soulager Papa. »
L’activité prend fin lorsque son père décède puis sa mère tombe malade, mais Colette n’oublie pas. Après avoir élevé quatre enfants, elle se décide, à 28 ans, à reprendre le flambeau. « Quand le petit dernier a été en âge scolaire, je suis allée au tribunal de commerce et je me suis déclarée, le 2 mai 1976. »
Avec son mari en conjoint collaborateur – « la patronne, c’est moi » –, ils s’installent d’abord à Marans, au nord de La Rochelle, pendant quelques mois, avant de trouver un local à Tasdon. Direction ensuite la zone industrielle de Périgny, aussi foisonnante et urbanisée aujourd’hui qu’elle était vierge à l’époque. « J’ai acheté le terrain en 1986 et nous avons construit en 1987. C’étaient des champs, j’étais la troisième du coin. »
« Je vois la troisième génération maintenant. J’ai connu les grands-pères, les papas et maintenant les enfants »
Aujourd’hui, les bons jours, elle peut avoir jusqu’à une quarantaine de clients. Dont des tonnes d’habitués. « Je vois la troisième génération maintenant. J’ai connu les grands-pères, les papas et maintenant les enfants. » On le comprend, les femmes n’ont pas souvent franchi le grand portail du hangar. Si elle reconnaît que deux inélégants ont « essayé de déraper un peu » – « ils ont vu que madame Le Floch n’était pas commode, je ne me laisse pas faire » –, elle a su faire sa place dans ce monde quasi exclusivement masculin.

Photo Jean-Christophe Sounalet / SO
Pour preuve, avec en moyenne 100 à 150 tonnes de fer et métaux qui rentrent mensuellement, Colette Le Floch est à la tête d’une petite entreprise « qui fonctionne bien » et où le bouche-à-oreille joue pleinement son rôle. « J’offre le petit café, la petite bière, je dialogue avec mes clients. L’échange, c’est très important. » Et les gens reviennent, même s’il faut parfois s’armer de patience tant le papotage peut durer avec le client précédent.
Sur son bureau, point d’ordinateur : « Je fais tout manuellement »
Interdiction, pendant ce temps-là, de commencer à trifouiller les tas de ferraille sans son autorisation. « Je suis très stricte là-dessus. C’est hyper dangereux, il y a des risques d’accident. C’est vrai, je suis carrée. Je sais que j’ai des critiques derrière, certains se disent : « Pas facile la mère Le Floch » », dit-elle en souriant. La patronne assure aussi veiller à tout faire dans les règles. « Quand j’ai de la matière douteuse, je ne l’accepte pas. Je ne veux pas avoir d’ennuis. »

Photo Jean-Christophe Sounalet / SO
Depuis vingt-neuf ans et la mort de son mari, c’est son fils Christophe qui l’aide au quotidien, ainsi qu’un ouvrier. Et un bon stylo, la septuagénaire ayant laissé la révolution informatique passer sans la regarder. Sur son bureau, point d’ordinateur. « Je fais tout manuellement, et j’irai jusqu’au bout comme ça ! » Le bout, justement, il se rapproche. Son âge « et la fatigue générale » l’ont poussée à programmer sa retraite d’ici à la fin de l’année. Elle a commencé à en parler en août dernier. « Certains clients me disent : « Mais, Colette, qu’est-ce qu’on va faire ? Il n’y a qu’une Colette ! » »

