Elle suit alors les traces de ses parents et consacre sa vie au militantisme : « Mon engagement est venu de leur volonté de s’engager pour la paix. Ils étaient très traumatisés par le nazisme et l’antisémitisme. » Ayant suivi des études de journalisme à Bordeaux, elle écrit ensuite pour des revues d’associations de solidarité en Amérique latine, puis pour le magazine féministe « Clara Magazine ». « Je suis aussi une enfant de 1968 », confie-t-elle un sourire en coin comme pour justifier son engagement.
En 1993, Monique Étienne se lance dans des études de cinéma à Paris pour pouvoir réaliser des reportages et documentaires et servir les causes qu’elle défend. C’est chose faite en 2006, lorsqu’avec son mari Kristian Delacroix ils réalisent le film documentaire « Des Olives et des murs » dans lequel ils suivent les cueilleurs d’une mission civile internationale qui enfreignent l’interdiction imposée par Israël de récolter les olives appartenant à un oléiculteur palestinien.
Accompagnement des communautés
« Il faut avoir l’énergie de lutter parce que perdre espoir serait la victoire d’Israël. » Ces propos recueillis par Monique Étienne auprès de Palestiniens sont ceux de la famille Nassar, propriétaire de la ferme « la Tente des Nations » qui mène une résistance pacifique au sud-ouest de Bethlehem. C’est un discours qui résonne chez la militante rochelaise de 75 ans, de retour de sa 26e mission en Palestine. Membre du conseil national de l’association France Palestine Solidarité, elle s’est rendue pour la première fois sur place en 1993, au moment de la première intifada, juste avant les accords d’Oslo. Depuis, elle témoigne des difficultés persistantes rencontrées par les populations sur place.
« Ils empêchent les Bédouins, dont l’activité économique principale était l’élevage, de faire pâturer leurs bêtes… »
Cette mission de trois mois à Jérusalem Est avec le Programme œcuménique d’accompagnement en Israël et Palestine (EAPPI) a marqué un tournant pour Monique Étienne. Cette dernière s’est rendue sur place avec 15 autres accompagnateurs européens pour « documenter et apporter un accompagnement auprès des communautés menacées par la colonisation, les expulsions et les démolitions ». Mais le constat est rude : « J’ai une connaissance du terrain, et je peux dire que j’ai été absolument horrifiée du poids de la colonisation ». Le village bédouin de Khan al-Ahmar est cerné sur les collines par des « avant-postes » de colons israéliens qui se montrent violents envers les populations locales. « Ils descendent dans les communautés, ils détruisent les troupeaux ou ils les volent, ils empêchent les Bédouins, dont l’activité économique principale était l’élevage, de faire pâturer leurs bêtes… », observe la septuagénaire.
« Résilience extraordinaire »
Malgré cette « insécurité totale » et « l’incapacité de se projeter dans un avenir », les Palestiniens font preuve d’une « résilience extraordinaire ». Monique Étienne préfère d’ailleurs le terme palestinien « soumoud », qui veut dire « s’accrocher à sa terre » : « Je trouve qu’ils ont cette espèce de force de toujours être certains que cette terre leur appartient, qu’ils resteront sur leur terre. Mais ce qui manque, selon la militante rochelaise, c’est la perspective politique : « Il n’y aura pas de solution s’il n’y a pas l’application du droit international. » Malgré tout, elle garde espoir et continue son combat pour la cause palestinienne.
Installée pour sa retraite dans la maison rochelaise de ses grands-parents, elle milite chaque samedi avec son association et espère bien retourner en Palestine afin d’apporter son aide et pouvoir faire entendre les voix des populations locales.
