En début de soirée, ce samedi 14 février, le fleuve flirtait avec 5,50 mètres, douze centimètres au-dessus des prévisions. Or il commence à y avoir de l’eau dans les maisons à partir de 5,45 mètres. Avec le flux à venir de l’amont, le maire Bruno Drapron envisageait une hauteur de 5,80 mètres, voire 5,90 mètres entre mardi et jeudi prochain. Et cela pourrait être pire si la pluie en remet une couche dans les prochains jours.

Philippe Ménard / SO
Oui, les crues sont récurrentes à Saintes, mais cela fait beaucoup. Depuis cinq ans, la ville a déjà épongé un pic à 6,18 mètres en février 2021 et un autre à 6,08 mètres en décembre 2023. L’avantage, c’est qu’elle est rodée. Ce samedi, un ballet très efficace s’est mis en musique pour prendre l’onde de vitesse. « On anticipe pour mettre le plus de dispositifs en place au sec. Sinon, cela nécessite beaucoup de manutention, c’est usant pour les équipes », observe Bruno Drapron.

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Réserve volontaire
Depuis l’espace Mendès-France, des équipes de bénévoles partent dans les rues sinistrées pour aider les habitants à déplacer les meubles et pour poser des passerelles de fortune. Les services techniques les alimentent en madriers et en parpaings. « On peut le faire, on le fait », commente Régis Vignaud, président de la Société saintaise de tir, venu avec un groupe d’adhérents. Un autre membre, Benjamin Rhim, a revêtu la chasuble de la « réserve volontaire ». « Je suis sapeur-pompier professionnel. Je donne de mon temps, c’est le charme du bénévolat. »

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Alexandre Mignot, pompier professionnel à La Rochelle, fait lui aussi du rabe. Le chef de la section des jeunes sapeurs-pompiers volontaires pilote une équipe d’adolescents très investis. Les cheminements se dessinent rue Fromentin et boulevard Guillet-Maillet, où l’eau commence à sérieusement s’étendre. José, de la société Saintonge Dépannage, vient récupérer un véhicule qui a les pneus dans l’eau. Le propriétaire pourra le récupérer à la fourrière, mais sans amende…
« On anticipe pour mettre le plus de dispositifs en place au sec. Sinon, cela nécessite beaucoup de manutention, c’est usant pour les équipes »

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De son côté, Angélique Favorel-Danger a activé les réseaux de son association, Entraide Saintaise. « On essaye de trouver des solutions pour les gens qui ont besoin de laver du linge, prendre une douche, trouver un logement. On lance aussi un appel pour récolter des bottes en plastique, adultes ou enfants. Pas des vêtements, sinon on se retrouve avec n’importe quoi », confie-t-elle (1).
« On ne part plus… »
Rue Pelletan, Idriss Duclous s’active pour protéger la porte de son garage avec des batardeaux. Si tout va bien, la pompe en place à l’intérieur empêchera le niveau de trop grimper. « On est là depuis 2015, c’est notre troisième inondation. La première fois, on s’est fait avoir. Il y avait eu de gros dégâts partout », relate-t-il en montrant les murs en placo mal en point et le ciment du sol sapé par en dessous. « On devait partir en week-end, j’avais pris deux jours de vacances. On ne part plus », peste-t-il. Si l’eau ne monte pas trop, il espère éviter le pire. « Notre grande peur, à chaque fois, c’est qu’on ne sait pas jusqu’où ça va aller… »

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Au-dessus de 2023 à Angoulême
À Angoulême, la Charente a dépassé le niveau de la crue du 15 décembre 2023 (4,77 mètres) samedi à 15 heures. La cote devrait se stabiliser autour de 4,98 mètres ce dimanche. Les tronçons amont, moyenne et aval de la Charente restent tous classés en vigilance orange par Vigicrues. Les autres cours d’eau sont en jaune. Anticipant la dégradation des conditions météorologiques dans l’après-midi de dimanche, il a d’ores et déjà été annoncé la suppression de plusieurs liaisons par bateau entre Fouras et l’île d’Aix. Par ailleurs, les équipes d’Enedis, mobilisées depuis le passage de la tempête Nils pour rétablir le courant, prévoyaient le retour à la normale dans la journée de samedi.



