Par
Nicolas Dendri
Publié le

Après son cours de cross-training du mercredi matin, Daniel Larrechea fait le tour des 3500m² de son complexe multisports. Restaurant, salles de musculation ou de wattbikes, piscine, deux terrains de padel ou encore mur de frontball… de nombreuses activités sont proposées dans ce défi entrepreneurial de l’ancien joueur de l’Aviron Bayonnais qui s’est lancé en 2020. Installé au cœur du Pays Basque, à Saint-Pée-sur-Nivelle, l’ex-rugbyman professionnel de 49 ans dirige avec quatre associés cette société composée de 13 salariés. Actu Rugby l’a retrouvé. Et forcément, on a ouvert la boîte à souvenirs.
Daniel Larrechea à la tête d’un complexe multisports
« D’abord, c’est un engagement pour le territoire chez nous à Saint-Pée même si je suis originaire de Souraïde, à quelques kilomètres d’ici. On est venu me solliciter. C’était une occasion unique qui n’allait pas repasser deux fois. En 48 heures, j’ai accepté », se souvient Daniel Larrechea qui considère son quotidien comme « un challenge énorme ».
En plus du coaching sportif, celui qui évoluait au poste de demi d’ouverture ou d’arrière s’occupe aussi du volet financier, des propositions commerciales et de la communication. « Je n’avais jamais dirigé d’entreprise. Je voulais savoir et me prouver que j’étais capable de manager et gérer des hommes. Aujourd’hui, on a un bilan plutôt positif », reconnaît-il.
Et ce malgré un lancement durant la crise sanitaire en septembre 2020 avec une ouverture sept semaines et une fermeture pendant sept mois. « On a aussi essuyé la crise énergétique qui a fait mal au monde de l’entreprenariat. On a travaillé dur, en se développant petit à petit. On est en pleine croissance, mais malgré tout il faut sortir les rames pour arriver à l’équilibre à la fin de chaque année », détaille le seul associé dans ce projet qui a connu le sport de haut niveau.
Une expérience qui lui sert dans cette nouvelle aventure :
« Au rugby, tous les week-ends il y avait un nouveau challenge qui nous attendait. On n’avait pas le temps de profiter, de s’endormir trop longtemps. Après une bonne ou une mauvaise performance, dès le lundi il fallait redémarrer. C’est la remise en question permanente et je crois que c’est le propre de tous les chefs d’entreprise. »
Il a été éducateur sportif
Cette activité professionnelle fait suite à plus de vingt ans d’engagement dans l’éducation sportive dont dix en parallèle de sa carrière de rugbyman. « C’est dans la continuité de ce que j’ai toujours fait. Depuis l’âge de 22 ou 23 ans, j’étais éducateur sportif à la ville de Bayonne. J’ai aussi entraîné et c’est viscéral », souligne le Basque qui est diplômé d’une licence de STAPS mention éducation et motricité.
Ce projet de complexe multi-activités à Saint-Pée-sur-Nivelle a permis aussi à Daniel Larrechea de tourner définitivement la page avec le rugby.
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Avec les jeunes de l’Aviron Bayonnais
Une page qui s’est tournée notamment par rapport à l’évolution du rugby. « Aujourd’hui, il y a l’aspect financier qui est ultra important et qui peut prendre parfois le pas sur le sportif. Il y a la gestion humaine qui est très difficile. Le côté très pro, très carré avec parfois un manque d’instinct selon moi où tout est calculé et maîtrisé », constate Daniel Larrechea. Les datas ne sont pas sa tasse thé. « Vous avez tout compris ! » sourit-il.
Avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, l’ancien ouvreur de Bayonne entraînait Anglet en Fédérale 1. De sa fin de carrière en 2009 jusqu’en 2017, il a aussi assuré le travail technique et tactique du jeu au pied à l’Aviron Bayonnais auprès des jeunes et futurs professionnels des Bleu et Blanc.
« J’ai monté le premier projet de jeu au pied, d’animation et de technique individuelle à Bayonne. En tant qu’ancien joueur, je voulais rendre au club ce qu’il m’avait donné en m’occupant des jeunes. C’est quelque chose qu’on a mis en place avec le président Salagoïty à l’époque », se souvient l’intéressé, qui a passé près de vingt ans dans ce club.

La boîte à souvenirs de Daniel Larrechea
Arrivé au bord de la Nive en 1998, le jeune ouvreur qui joue aussi arrière connaît son meilleur souvenir sous le maillot de l’Aviron en 2004. « C’est l’année de la montée en Top 16. On y est arrivé avec un groupe de copains qui s’est étoffé avec des joueurs expérimentés », sourit l’Euskaldun qui a connu une évolution « lente et inattendue ».
En 2005, sa carrière prend une nouvelle tournure grâce à Philippe Saint-André, alors manager de Sale. « Il m’a donné l’occasion de vivre quelque chose d’exceptionnel. Je lui dois beaucoup et je l’en remercie. J’ai pris la balle au bond. En moins de 24h c’était décidé avec un challenge complètement fou », se souvient précisément le Bayonnais qui avait reçu aussi des propositions de la part de Clermont et de Castres.
Larrechea avoue aussi avoir été marqué par la position de son club :
« Je venais de m’engager oralement avec l’Aviron bayonnais. Le président Salagoïty a bien compris l’occasion que j’avais de vivre quelque chose d’exceptionnelle. Il m’a aidé à partir. »
À Sale, Daniel Larrechea jouera aux côtés des Sébastien Bruno, Sébastien Chabal, Jason Robinson ou Mark Cueto. Un groupe qui a décroché le titre de champion d’Angleterre en 2006.
Une finale contre Leicester à laquelle le demi d’ouverture basque n’a pas participé. « Je me suis blessé avec une inflammation du tendon d’Achille. Philippe me propose une infiltration mais j’ai été obligé d’être honnête vis-à-vis de lui et de l’équipe. J’ai préféré dire non ».
Une fin de carrière contrainte
Après cette aventure anglaise, Daniel Larrechea est revenu à Bayonne. « J’ai tout simplement raté mon retour. Les gens s’attendaient à ce que je sois meilleur », admet-il avant d’expliquer : « Je n’ai pas réussi à passer outre l’énorme déception de manquer la finale du championnat d’Angleterre alors que j’avais joué toute la saison. Je manque l’événement et ça m’a fait mal à la tête et au corps. Je m’en suis jamais réellement relevé ».
En 2009, il ne fait plus partie des plans des managers de l’Aviron Bayonnais. « L’arrêt de la carrière pro, je ne l’ai pas choisi. Il me restait une année de contrat qui n’a pas été honorée puisque les managers entraîneurs de l’époque n’ont pas voulu me conserver. On m’a demandé de partir et je suis parti », raconte-t-il.
Attaché au développement du rugby basque, Daniel Larrechea décide de jouer une saison en amateur à Berra Berra, le club de San Sebastian dans le Pays Basque espagnol.
Avant de respecter une promesse en revenant à Saint-Pée-sur-Nivelle où tout a commencé. « J’ai entraîné avec mon meilleur pote et celui avec qui j’ai traversé le plus de choses : Bixente Fagoaga. On a terminé sur un titre de champion Côte Basque en étant entraîneur-joueur en 2011 », souligne-t-il.
Ensemble, ils ont commencé le rugby en mini-poussins jusqu’à vivre la montée de l’Aviron Bayonnais en 2004. Chacun dans leur projet aujourd’hui, ils trouvent du temps pour se retrouver et jouer à la pelote basque ensemble.
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