
Philippe Ménard / SO
L’étincelle vient du syndicat Eau 17, dans le cadre du programme Re-Sources, qui vise à lutter contre les pollutions diffuses d’origine agricole. « L’objectif principal, c’est d’accompagner l’agriculture vers des pratiques plus durables, qui protègent la ressource en eau, tout en assurant une juste rémunération », résume Raymond Desille, vice-président du syndicat qui alimente 431 communes. Eau 17 a ciblé le bassin de l’Arnoult-Lucérat, qui abrite trois captages prioritaires. À proximité, l’idée est de privilégier des cultures qui n’ont pas besoin d’azote.
Le tarif sécurisé
« L’aspect intéressant du soja, c’est une symbiose avec un champignon qui permet de s’autofertiliser. Comme le pois ou les lentilles, cette légumineuse a la capacité de minéraliser l’azote de l’air par elle-même. Si elle en a capté plus, elle peut même en laisser dans le sol. On le voit sur les rendements du blé qui est planté après. On peut gagner dix quintaux », observe Zoé Félix, animatrice Re-Sources chez Eau 17. Le soja entre dans une rotation de cultures, avec une durée de retour de sept ans.

Archives Jean-Christophe Sounalet / SO
En 2021, le projet a démarré avec quatre agriculteurs volontaires, sur huit hectares. Dans le cadre de la première convention, entre 2022 et 2025, la production a oscillé entre 70 et 101 hectares, impliquant 9 à 15 exploitants. « La variation s’explique par le climat. Si l’hiver est pluvieux, il y a plus de possibilités de planter du soja au printemps. Sinon, le blé prend le dessus. C’est une culture plus sécurisée, on sait faire, comme pour le maïs », note Zoé Félix. Pour inciter à changer les habitudes, la deuxième convention intègre un prix plancher et un prix plafond, ce qui sécurise les revenus.
« Ce n’est pas facile de lutter face au maïs qui assure une rentabilité aux agriculteurs sur le secteur », admet Stéphanie Bureau, directrice de l’activité céréales du groupe de négoce Isidore. Basé à Gémozac, il fait partie des acteurs qui croient au projet, avec la Coopérative agricole du littoral (née de la fusion entre les coopératives de Beurlay, Saint-Pierre-d’Oléron et Saint-Agnant), NegoA Centre-Atlantique, la coopérative Océalia, Pasquier Vgt’Al, Système U, la Coop Atlantique et la coopérative des Fermiers de Loué.

Philippe Ménard / SO
Recours à l’irrigation
« C’est pas du soja brésilien ! », sourit Christophe Pasquier. Sa société a investi dans le « toastage » des céréales, nécessaire pour enlever les « facteurs antinutritionnels » présents dans de soja. « Ce soja est riche en protéines, avec aussi beaucoup de matière grasse. On peut maintenant travailler sur les rendements, avec des nouvelles variétés, des nouvelles techniques. » Précision importante, une partie des agriculteurs doit recourir à l’irrigation pour faire pousser la légumineuse.

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« C’est un partage de la valeur du champ à l’assiette »
« C’est un partage de la valeur du champ à l’assiette », salue Christophe Pasquier. L’intégralité des 230 à 270 tonnes produites par an en Charente-Maritime est picorée par des poules qui remplissent les barquettes de la marque distributeur. Il y a de la marge pour produire plus. Les ventes ont été multipliées par 2,5 en 2025, grâce à un doublement du nombre de points de vente. Ce modèle intégrant tous les maillons du pré jusqu’au consommateur est regardé avec intérêt dans d’autres régions.


