L’histoire de l’orchestre recyclé de Cateura remonte à 2006, quand Favio Chavez, un technicien de la décharge de Cateura (à Asunción, capitale du Paraguay), propose à des enfants du bidonville de leur enseigner la musique. Une façon d’améliorer leur quotidien et de leur montrer qu’on peut s’extraire de la misère par la culture.
Trop pauvres pour s’acheter des instruments, ils décident de les fabriquer à partir de matériaux recyclés issus de la décharge. L’idée grandit, l’orchestre naît et se fait peu à peu fait connaître, d’abord en Amérique du Sud, puis en Europe et dans le monde où il donne bientôt des concerts. Si bien qu’en 2014, il tape dans l’œil du groupe de heavy metal Metallica qui l’invite à faire sa première partie. En 2016, c’est au tour du groupe Megadeth de l’accueillir pour un morceau commun sur la scène de Broomfield (États-Unis).
Une idée née à Urrugne
En 2020, cette incroyable « success-story » parvient aux oreilles de la présidente de l’association La Source Garouste-Iturria (basée à Urrugne), Tina Irisarri-Bernachon. « Je les ai découverts lors d’un concert à Paris. J’ai trouvé ça formidable et je me suis tout de suite promis de faire un jour quelque chose avec ces musiciens », se souvient-elle aujourd’hui. « Je suis partie voir le chef d’orchestre Favio Chavez, en coulisses après le concert. Je lui ai proposé de l’inviter au Pays basque et j’ai pris son contact. Depuis, les échanges étaient fréquents et on essayait d’organiser leur venue. »
Je les ai découverts lors d’un concert à Paris […]. Je me suis tout de suite promis de faire un jour quelque chose avec ces musiciens
Elle se concrétisera finalement cet hiver puisque l’association accueillera l’orchestre pendant une semaine (du 1er au 8 février), à Bayonne. L’occasion pour la structure urrugnarde qui combat l’exclusion des jeunes en difficulté (scolaire, familiale ou identitaire) par la création artistique de mener un rare projet commun. « Au-delà de la performance musicale, c’est une célébration de la créativité, de la résilience et de la rencontre entre les cultures. […] La musique, qu’elle soit jouée sur un violon ou fabriquée à partir d’une boîte de conserve, a le pouvoir de rassembler, d’inspirer et de transformer. »
Des ateliers à l’école
Les musiciens paraguayens (une quinzaine, parmi les plus âgés, les plus jeunes ne voyageant pas si loin) se rendront à l’école Maurice-Ohana de Bayonne où ils donneront une série d’animations, du lundi au vendredi. Accompagnés d’un luthier, ils mèneront avec les élèves de CM1 et CM2 des ateliers de fabrication d’instruments à partir de matériaux recyclés, comme eux-mêmes l’ont fait il y a 20 ans.
« Nous avons déjà acheté les matériaux, on attend leur venue. C’est un projet très exigeant, que nous avons commencé à mettre en place il y a presque un an, en mai 2025, mais qui est passionnant », confie la maîtresse en charge du projet, Sandrine Duviau. « C’est un gros challenge à tous les niveaux, qui permettra aux élèves de pratiquer l’espagnol et de découvrir une histoire assez incroyable », se réjouit-elle.
C’est un projet très exigeant, que nous avons commencé à mettre en place il y a presque un an
Le mercredi, élèves et musiciens marqueront une pause dans ces ateliers pour se rendre au cinéma L’Atalante où ils assisteront à la projection du film documentaire « Landfill Harmonic », qui retrace l’histoire de l’orchestre. La séance sera suivie d’un mini-concert en salle et d’un échange avec les musiciens.
Trois concerts au choix
Pour conclure en beauté leur venue à l’école, les Paraguayens donneront, vendredi soir (18h30), un concert au Conservatoire. Ils seront rejoints par les élèves de l’école formés aux instruments classiques, proposant un dialogue entre musiques traditionnelles basques et andines. « Pour se préparer, on travaille depuis plusieurs semaines sur les légendes paraguayennes, c’est passionnant ! », confie encore Sandrine Duviau.




