Par
Steven Couzigou
Publié le
Réunis lors d’une conférence consacrée aux chiffres de l’immobilier, les notaires des Côtes-d’Armor ont dressé un état des lieux nuancé du marché départemental. Nicolas Robert, notaire à Yffiniac, et Carine Raoult, notaire à Quintin, ont livré une analyse entre résistance des prix, baisse des volumes et espoirs de reprise.
Les Côtes-d’Armor se distinguent toujours par un taux de propriétaires nettement supérieur à la moyenne nationale. Pas moins de 71,2 % des Costarmoricains sont propriétaires de leur résidence principale, contre 57,4 % en France.
Le département compte également 16,2 % de résidences secondaires, bien au-dessus de la moyenne nationale (9,8 %).
Un chiffre révélateur de l’attractivité du territoire, notamment sur le littoral.
Malgré cette pression, le département reste globalement accessible en termes de prix, même si le marché demeure relativement tendu.
Le profil des acquéreurs illustre une autre tendance de fond : le vieillissement de la population. L’âge moyen des acheteurs est de 47 ans pour les maisons et appartements anciens, et de 45 ans pour les terrains à bâtir.
Des volumes en baisse, mais pas d’effondrement
Sur un an glissant, les notaires ont enregistré 10 461 transactions en 2025, contre 10 761 en 2024. Une baisse modérée, surtout comparée à la chute de 17,7 % observée l’année précédente. La répartition des ventes reste stable : 69,9 % de maisons, 16 % d’appartements, 11,9 % de terrains à bâtir et 1,9 % de constructions neuves.
Tout ne va pas si mal.
Les notaires, rappelant que 2021 avait été une année exceptionnelle avec plus de 16 000 ventes, contre 7 595 en 2009. L’activité soutenue en fin d’année laisse même espérer une légère amélioration du bilan.
À lire aussi
Prix : une résistance marquée
À Saint-Brieuc, le prix médian* des appartements anciens atteint 1 740 euros le mètre carré, avec une hausse spectaculaire de 56 % sur cinq ans.
Les maisons anciennes affichent un prix médian de 177 100 euros, en hausse de 31,2 % sur la même période. Une résistance des prix qui freine toutefois la reprise des transactions.
Quand les prix baissent, il y a plus de ventes.
Or, selon Nicolas Robert, les prix ne baissent pas suffisamment pour relancer les volumes, d’autant que de nombreux vendeurs restent campés sur leurs positions.
Qu’es est-il de l’agglomération brochine ?
Dans l’agglomération briochine, le marché reste stable, sans véritable redémarrage. Sur 27 613 logements, 84,9 % sont des résidences principales, mais 10 % sont vacants.
Le parc est ancien et le marché avant tout résidentiel, davantage destiné à se loger qu’à investir à court terme. L’âge moyen des acquéreurs y est néanmoins un peu plus jeune, 44 ans pour une maison ancienne.
Des ajustements se font toutefois sentir selon les quartiers. « Les acquéreurs achètent aujourd’hui dans des secteurs qui étaient auparavant plus chers, notamment à l’ouest de la ville », relève le notaire.
Yffiniac fait figure d’exception, avec une baisse du prix médian des maisons anciennes à 185 000 euros sur un an.
À lire aussi
Des réalités contrastées selon les territoires
Dans les villes moyennes et secteurs ruraux, le marché reste plus fluide. À Loudéac, bassin d’emploi dynamique, l’accession à la maison familiale demeure possible sans tension excessive sur les prix.
Le bassin de Lamballe affiche un prix médian des maisons de 195 000 euros, en hausse modérée de 2,6 % sur un an, tandis que les appartements atteignent 2 540 euros le mètre carré, avec une progression de 5,9 %.
Sur le littoral, la situation est plus délicate. La résistance des prix pèse sur les volumes de ventes, tandis que l’offre de petits biens reste limitée et souvent inaccessible à la population locale.
Les notaires confient :
On essaie de raisonner les vendeurs.
Ils évoquent un marché parfois déraisonné, sans pour autant craindre un effondrement.
La Côte d’Émeraude reste plus chère que la Côte de Granit rose. L’Île-de-Bréhat domine le classement avec un prix médian des maisons anciennes à 695 000 euros, suivie de Lancieux (450 000 euros) et Pléneuf-Val-André (363 500 euros).
Une année « en dents de scie » pour ces marchés très prisés.
À lire aussi
Quelles perspectives pour 2026 ?
La prudence domine pour l’année à venir. « Nous ne recevons pas énormément de dossiers », indiquent les notaires.
Le printemps sera déterminant pour mesurer l’évolution du marché. Une chose est sûre : une correction des prix sera nécessaire pour retrouver des volumes plus importants, comme cela commence déjà à se produire dans certains secteurs.
Après avoir dressé ce constat, est-ce le bon moment pour acheter un bien ? Sans être un marché d’aubaine, le contexte actuel apparaît plus favorable aux acquéreurs qu’au cours des années précédentes.
Dans un marché plus calme, où les prix commencent à s’ajuster localement, les acheteurs disposent de davantage de temps et de marges de négociation, à condition de cibler les bons secteurs et d’inscrire leur projet dans la durée. Toutefois, les prix résistent encore trop sur le littoral.
Vendeurs : accepter la négociation
Et pour vendre ? Le contexte actuel impose un changement de posture. Si les prix résistent, les volumes, eux, ne suivent plus. Vendre reste possible, à condition d’afficher un prix en phase avec le marché et d’accepter la négociation.
Pour conclure, le marché immobilier costarmoricain est donc entré dans une phase de transition, entre ajustements nécessaires et solidité structurelle. Un équilibre fragile, mais loin d’un scénario catastrophe.
*Le prix médian est tel que 50 % des transactions a été conclu à un prix inférieur et autant à un prix supérieur. Il représente le » milieu » du marché, mieux que la moyenne, plus sensible aux valeurs extrêmes.
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.
