Le Bourgeois gentilhomme, La Maison vide…. Le best-of culture 2025 de Paris Match

Déc 29, 2025 | Paris

Sur scène

«Un Bourgeois gentilhomme» de haute volée

«Ah! La belle chose que de savoir quelque chose!» s’écrie Jean-Paul Rouve dans la peau de M. Jourdain, face à un public qui semble se réjouir de (re)découvrir du classique sans s’ennuyer!» Et c’est bien parce que le talent du metteur en scène Jérémie Lippmann, conjugué à l’abattage de Jean-Paul Rouve (et de treize autres artistes), sort Molière du carcan scolaire que l’enthousiasme des spectateurs est palpable et communicatif. Ces rires et ces ovations ponctuant la pièce participent aussi à cet énorme coup de cœur, indiscutable démonstration que la culture, quand elle prend des atours divertissants, fédère et suscite la bonne humeur autant qu’elle stimule les neurones. Christophe Carrière

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«Le bourgeois gentilhomme», de Molière, mise en scène Jérémie Lippmann, au théâtre Antoine, Paris Xe , jusqu’au 1er février.

« Une mouette » prend son envol

On aurait pu croire à une simple fantaisie grammaticale. Mais si «La mouette » a perdu son article défini – remplacé par «une » –, c’est bien parce que la metteuse en scène Elsa Granat en propose sa propre vision, sans pour autant trahir l’esprit de ce chef-d’œuvre. En ajoutant au texte original un prologue et un épilogue, elle a ainsi tenté d’imaginer ce que Tchekhov avait oublié de raconter. À commencer par l’enfance du personnage principal. La distribution de cette nouvelle production – dont il reste encore quelques représentations en janvier 2026, alors courez-y– est remarquable, d’Adeline d’Hermy en Nina à Charlie Fabert en Konstantin. Marina Hands, frénétique, inépuisable dans le rôle d’Arkadina, nous prouve encore une fois qu’elle est l’une des plus grandes comédiennes de son temps. La scénographie est d’une poésie rare, et la bande-son, réjouissante, va de Haendel à Janis Joplin, en passant par le tube «Beautiful Things », de Benson Boone. Pierrick Geais 

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«Une mouette», d’après Tchekhov, adaptation et mise en scène d’Elsa Granat, à la Comédie-Française, Paris Ier, jusqu’au 11 janvier.

À la télévision

«Bref 2», c’était parfait

La deuxième saison de la série, quatorze ans après la première, a autant régalé ceux qui étaient dans le secret de sa préparation que ceux qui en ont eu la surprise. Le casting réjouissant a permis de retrouver avec une certaine nostalgie la bande originelle et de découvrir de nombreux guests, parmi lesquels Laura Felpin, irrésistible colocataire aux humeurs en montagne russe, Jean-Paul Rouve, touchant voisin qui écoute aux murs, et Alexandre Kominek, tordant en tonton beauf. Sans oublier le talent du tandem de scénaristes Kyan KhojandiBruno Muschio, qui, doté d’un sens aiguisé de l’observation et d’une sensibilité hors pair, décortique les relations humaines comme personne. On peut aisément regarder plusieurs fois cette saison 2, avec la promesse de rire aussi fort que l’on pleure. Emilie Cabot

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«Bref.2», sur Disney+.

« House of Guiness », cul sec

2025, année mirifique pour Steven Knight. Le showrunner, à bout de souffle sur les dernières saisons de «Peaky Blinders», signait un retour fracassant en janvier avec «A Thousand Blows» (Disney+), feuilleton tout en muscle consacré à la boxe dans les bas-fonds du Londres victorien… Morceau de bravoure bientôt suivi par «House of Guinness», pour Netflix – un «Dallas» avant l’heure, dédié à la richissime dynastie de la bière irlandaise, au lendemain de la mort de son patriarche fondateur. Amours contrariés, héritage à couteaux tirés, bastons et trahisons: galvanisé par les remous de l’empire britannique à la fin du XIXe siècle, Knight en fait une chronique historique et sociale, avec pour toile de fond la lutte sans pitié entre catholiques et orangistes. Du grand spectacle, flamboyant et enlevé, porté par une distribution impeccable. Immanquable. Claire Stevens

«House of Guinness», sur Netflix.

Sur l’étagère 

Chris Whitaker, l’enquête extraordinaire

Poétique, effrayante et passionnante, cette odyssée criminelle hors norme de plus de 800 pages épouse le destin de Patch, gamin du Missouri, enlevé par un pervers et détenu dans la noirceur d’une cave. Seule la voix d’une fille nommée Grace lui permet de garder espoir. Mais après l’assaut de la police, plus de trace du criminel ni de Grace. Dès lors, Patch n’aura de cesse de la retrouver. Devenu adulte, il va même devenir peintre pour tenter de redonner un visage à tous les enfants qui se sont volatilisés dans la région. De l’art, des amours impossibles, des fantômes qui ne cessent de vous hanter… Chris Whitaker fait vibrer toute sa palette sensible pour nous offrir une fresque d’une noirceur magistrale. François Lestavel

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«Toutes les nuances de la nuit», de Chris Whitaker, éd. Sonatine, 820 pages, 25,90 euros.

Laurent Mauvignier, l’exception française

Depuis quand n’avions-nous pas eu une aussi belle rentrée littéraire? De «Kolkhoze» (P.O.L), d’Emmanuel Carrère, à «La nuit au cœur» (Gallimard), de Nathacha Appanah, on a pu se plonger dans des œuvres incandescentes aux prises avec la réalité du monde. Après plusieurs choix déceptifs, à qui allait être attribué le Goncourt 2025? «La maison vide», de Laurent Mauvignier, a remporté la plus prestigieuse des récompenses. L’écrivain a composé une saga familiale époustouflante, à la fois littéraire et populaire. Dans ce roman vrai, il affronte, sur plusieurs générations, les silences et les légendes de son clan. Terres rurales, argent, condition de la femme, secrets, guerres mondiales. On vient tous de cette France-là, de cette enfance-là. Marie-Laure Delorme

«La maison vide», de Laurent Mauvignier, éd. de Minuit, 752 pages, 25 euros.

Photo

Lavazza, objet culte 
C’est l’histoire d’une petite tasse à expresso qui se fait tirer le portrait tous les ans, depuis 1993, par les plus prestigieux photographes, pour le calendrier Lavazza. Des premières interprétations d’Helmut Newton, en noir et blanc, jusqu’aux mises en scène d’Omar Victor Diop, pour célébrer les 130 ans du groupe en 2025, cet objet iconique est le modèle parfait pour incarner les valeurs d’une saga familiale. Cette année, c’est le photographe Alex Webb, membre de l’agence Magnum, qui se l’est appropriée. Ses instantanés construits et toujours improvisés célèbrent la dolce vita italienne. Une véritable bulle de plaisir bourrée de caféine, qui donne la pêche dans des temps plutôt moroses. Corinne Thorillon

«Pleasure Makes Us Human», calendrier Lavazza 2026

«Pleasure Makes Us Human», calendrier Lavazza 2026.

Expo

La symphonie en tongs de Meriem Bennani 
Un claquement, deux battements, une cavalcade… «Sole Crushing» est l’un des chefs-d’œuvre de l’année. Meriem Bennani, née à Rabat en 1988, a déployé, à Lafayette Anticipations, une installation sur tout l’espace dessiné par Rem Koolhaas. Installées autour de l’atrium, près de 200 tongs sont actionnées par un programme informatique. Chacune a sa personnalité : la pin-up avec sa fausse fourrure rouge, le rockeur aux cheveux longs, le trublion et ses grelots… Ces trente-cinq minutes de percussions endiablées nous font passer par tous les émois de la comédie humaine, du trait d’humour à la charge politique. Anaël Pigeat

«Sole Crushing», à Lafayette Anticipations, Paris IVe , jusqu’au 8 février.

«Sole Crushing», à Lafayette Anticipations, Paris IVe , jusqu’au 8 février.