Derrière l’éclat des dorures et le sourire de Mona Lisa, un mal-être profond s’est emparé du Louvre. « La coupe est pleine, on n’en peut plus », grommelle Gary Guillaud, agent de surveillance et secrétaire de la section CGT du musée, au milieu des banderoles “Au Secours !!!”, “Le Louvre en lutte” et de la centaine de manifestants plantés, drapeaux au vent, devant l’emblématique pyramide. Ce lundi , le musée le plus visité du monde est resté porte close : près de 400 de ses agents ont voté « à l’unanimité » une grève reconductible, à l’appel de la CFDT, la CGT et Sud, afin de protester contre les dégradations des conditions de travail, le manque de personnel et la gestion de la direction.
Face aux manifestants, les touristes oscillaient entre déception et compréhension. Car tous ou presque ont entendu parler des déboires en cascade de l’institution parisienne : l’historique casse des joyaux de la Couronne et le rapport au vitriol sur les failles de sécurité qui en a découlé, puis la fermeture d’une galerie à cause de la vétusté du bâtiment et l’inondation qui a endommagé des centaines d’ouvrages dans le département des antiquités égyptiennes. « Le vol a fait la Une partout dans le monde », note Emre, un touriste turc déçu, pour qui le Louvre devait être « l’attraction principale » de son séjour de trois jours à Paris. « On se contentera de photos de la pyramide », regrette-t-il, perche à selfies en main.
Également décontenancée par cette fermeture soudaine, Michelle, retraitée originaire du nord de Paris, n’en veut pas aux grévistes. Cette abonnée du musée avait remarqué depuis quelques années les « nombreuses salles fermées » – entre 30 et 50 % selon la CGT –, tout comme « les rats qui prenaient leurs quartiers dans les zones en cours de restauration ». « On fait face à des visiteurs mécontents, épuisés. Le casse a été un révélateur de tous les dysfonctionnements. On se demandait presque quand il allait arriver », abonde Vanessa Michaut Valora du bureau Sud Culture, qui indique que des doléances avaient été remontées à la direction en juin dernier, sans suite selon elle.
« Les collègues doivent faire plus avec moins… Depuis le braquage, les missions ont considérablement augmenté. Et quand quelqu’un travaille avec la boule au ventre, il ne peut pas assurer ses missions correctement », pointe Roger Tangham, agent de l’entreprise privée Securitas, en charge de la sécurité au niveau des accès extérieurs du musée depuis 2019.
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Les syndicats déplorent la suppression de près de 200 postes ces 20 dernières années, ainsi que le projet “Renaissance du Louvre” lancé début 2025 par le président Emmanuel Macron et Laurence des Cars, à la tête du musée depuis fin 2021 et sous le feu des critiques. Un chantier évalué à plus d’un milliard d’euros qui vise à aménager une entrée supplémentaire afin d’accroître le flux touristique et déplacer La Joconde. « C’est comme vouloir faire une véranda alors que la maison est en train de s’écrouler », tempête Gary Guillaud. « On attend un recentrage du ministère et du musée sur les missions de base : présenter et conserver les collections. »
La ministre de la Culture Rachida Dati s’était engagée la semaine dernière à revenir sur la baisse de 5,7 millions d’euros de dotation publique au Louvre prévue dans le projet de loi de finances pour 2026. Elle a également reçu les syndicats ce lundi dans la journée pour tenter de désamorcer une crise larvée. Une prochaine assemblée générale du personnel est prévue mercredi matin, le mardi étant la journée de fermeture hebdomadaire. D’ici là, le musée aux plus de 500 000 œuvres restera fermé.
