Musée du Louvre, château de Versailles, Opéra de Paris… Quels lieux augmenteront le prix de leur ticket d’entrée en 2026 ?

Déc 3, 2025 | Paris

En janvier prochain, cinq lieux culturels français vont augmenter le prix des billets d’entrée des visiteurs extra-européens (hors Union européenne, Islande, Liechtenstein et Norvège). Le musée du Louvre, l’Opéra de Paris, la Sainte-Chapelle ainsi que les châteaux de Versailles et de Chambord sont concernés. Une mesure discriminante qui permettra d’apporter de nouvelles ressources à ces sites très fréquentés par les touristes étrangers mais qui remet en question une certaine idée de l’accès universel à l’art et la culture.

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Hausse de 45 % au musée du Louvre : un billet à 32 euros pour les non-Européens

Au début de l’année 2025, la ministre de la Culture Rachida Dati avait présenté cette idée pour « dégager de nouvelles ressources ». Le mot d’ordre étant que les touristes venus des quatre coins du monde sont prêts à payer cher pour rendre visite à La Joconde de Léonard de Vinci, déambuler dans la galerie des Glaces ou encore grimper les marches du grand escalier du Palais Garnier.

Les visiteurs extra-européens devront payer 32 euros pour contempler notamment la Joconde de Léonard de Vinci au Louvre.

Les visiteurs extra-européens devront payer 32 euros pour contempler notamment la Joconde de Léonard de Vinci au Louvre. Photo : © Unsplash / Michael Pointner

Un an plus tard, cette idée a fait son chemin. Au Louvre, ces nouveaux tarifs seront appliqués dès le 14 janvier. Après une hausse globale de 30 % en 2024, le billet d’entrée d’un touriste extra-européen augmentera de 45 % pour passer de 22 à 32 euros. Un prix qui se rapproche de celui d’un ticket d’entrée pour accéder au sommet de la Tour Eiffel (36 euros) ou de la Sagrada Familia à Barcelone (Espagne) pour visiter librement la cathédrale et ses tours (36 euros) mais qui est beaucoup plus élevé que d’autres musées européens tels que le Rijksmuseum d’Amsterdam (25 euros), la Galerie des Offices à Florence (29 euros), le musée du Vatican (20 euros) ou encore le musée du Prado à Madrid (15 euros). Cette mesure radicale du Louvre vise principalement les touristes américains et chinois et devrait rapporter 20 millions d’euros par an pour notamment financer une partie du projet pharaonique de rénovation, évalué à 1,15 milliard d’euros par la Cour des comptes.

Château de Versailles et Chambord : les tarifs 2026 en détail

Au château de Versailles, l’entrée en haute saison (du 1er avril au 30 octobre) coûtera 35 euros aux visiteurs extra-européens, contre 32 euros pour les Européens, et 25 euros en basse saison.3 petits euros qui pourraient rapporter annuellement 9,2 millions d’euros. Du côté des châteaux de la Loire, Chambord augmentera de 10 euros le prix de son billet pour les 10 % de visiteurs annuels hors UE, le fixant à 31 euros. Cette hausse devrait rapporter 500 000 euros, une goutte d’eau qui servira à participer au financement de la rénovation de l’aile François Ier évaluée à 37 millions d’euros. Un appel aux dons a également été lancé par le monument. À Paris, la Sainte-Chapelle, gérée par le Centre des Monuments nationaux (CMN), proposera un billet à 22 euros pour les Extra-Européens (28 % de ses visiteurs), soit 6 euros plus cher que pour les Européens.

A travers le parcours, le château veut révéler une histoire oubliée ©️Pixabay JerOme82

Le billet d’entrée pour le château de Chambord augmentera de 10 euros pour les visiteurs extra-européens. ©️Pixabay/ JerOme82

Une mesure discriminante qui divise : la réaction des syndicats et du public

Contribuant au financement de l’entretien et des projets de développement des lieux culturels, ces mesures viennent ainsi compenser la baisse des subventions du ministère de la Culture, ce que regrettent les syndicats du musée du Louvre. Lors d’une intervention à la radio, France Culture vendredi dernier, Gary Guillaud, secrétaire de la section CGT-Louvre, considère cette opération comme une « discrimination aberrante ». Il dénonce le désengagement de l’État qui oblige les institutions à demander aux ressortissants étrangers d’investir à sa place. Un geste qui va à l’encontre du rôle du musée, censé « prôner l’universalité d’accès à la culture ». Sur les réseaux sociaux, cette différenciation des tarifs reçoit un accueil similaire. Hugo Spini, qui tient le compte Instagram @whereverhugo_ souligne également l’incohérence de la chose dans une publication : « Les Égyptiens qui doivent payer 10 euros de plus que les Européens pour voir LEUR patrimoine au Louvre ».

Le Scribe accroupi, IVe dynastie, calcaire, albâtre, cristal de roche, 53,7 x 44 x35 cm © 2015 musée du Louvre/Christian Décamps

Le Scribe accroupi, IVe dynastie, calcaire, albâtre, cristal de roche, 53,7 x 44 x35 cm © 2015 musée du Louvre/Christian Décamps

Tarifs différenciés dans les musées : une pratique qui existe déjà à l’international

Si cette opération discriminante est rare en France, où le public est davantage habitué à une politique de tarifs réduits et de gratuité (notamment pour les jeunes de moins de 26 ans de l’Union européenne), elle n’est pas inédite dans le reste du monde. À la Cité interdite de Pékin (Chine), au Metropolitan Museum of Art de New York (États-Unis) et même au Sigirîya (Sri Lanka), site archéologique classé au patrimoine mondial de l’Unesco, des tarifs différents sont appliqués en fonction de l’origine géographique des visiteurs. Les musées donnant gratuitement l’accès aux collections permanentes deviennent une denrée rare mais précieuse pour les touristes qui souhaitent accéder à la culture sans avoir un gros budget. On compte par exemple le British Museum à Londres, les musées du National Mall à Washington ou encore le musée national à Séoul en Corée du Sud.