Vingt-huit ans après la rétrospective du Grand Palais, Georges de La Tour fait son retour à Paris, au musée Jacquemart-André qui réunit une trentaine d’œuvres venues d’institutions françaises et internationales. Une occasion rare de redécouvrir un peintre au corpus restreint – une quarantaine de tableaux seulement – mais dont la force silencieuse n’a rien perdu de son intensité.
Né à Vic-sur-Seille en 1593, La Tour construit en Lorraine une carrière discrète mais brillante avant de sombrer dans l’oubli à sa mort, en 1652. Il faut attendre la redécouverte du début du XXᵉ siècle pour que son nom retrouve l’éclat qu’il mérite. L’exposition s’attache justement à mettre en lumière cette singularité : un art du dépouillement, un réalisme sans emphase et une spiritualité qui s’exprime à travers un clair-obscur d’une maîtrise unique.

Dès les premières salles, le visiteur retrouve cette grammaire visuelle qui fait la force du peintre. Parmi les œuvres prêtées par le Grand Est, La Femme à la puce, joyau du Musée lorrain – exposée au Musée des Beaux-Arts de Nancy durant la fermeture du palais des ducs de Lorraine – condense à elle seule le style du jeune La Tour. Une femme penchée, un geste trivial, une veilleuse presque invisible : dans cette scène humble, la lumière transfigure l’ordinaire en image de méditation.

Un peu plus loin, Job raillé par sa femme, prêté par le musée d’Épinal, prolonge cette veine nocturne. Au fil du parcours, apparaissent les musiciens aveugles, vieillards et figures populaires qui composent l’univers du peintre. Ils témoignent de son attachement à une Lorraine traversée par les tensions de la guerre de Trente Ans, mais aussi de sa volonté de représenter les humbles avec une dignité presque monumentale. Un réalisme, sans pathos, qui distingue La Tour de ses contemporains caravagesques.
L’exposition culmine avec les grands nocturnes, dont Le Nouveau-Né et La Madeleine pénitente. Ici, la chandelle devient le véritable sujet du tableau : elle ne se contente pas d’éclairer, elle révèle, sculpte, spiritualise. Les mains translucides, les visages suspendus, l’immobilité habitée créent une atmosphère de recueillement presque intemporelle. Le parcours se referme sur Le Reniement de saint Pierre, chef-d’œuvre tardif où le sacré côtoie une scène profane de soldats jouant aux dés. En rassemblant ces œuvres dispersées, le musée Jacquemart-André offre une plongée rare dans l’univers d’un peintre qui fit de la lumière une expérience spirituelle. Et rappelle au passage que ce maître du clair-obscur, célébré aujourd’hui dans le monde entier, fut avant tout un enfant de Lorraine.
