« Quelques minutes à peine. » C’est la vitesse à laquelle sont parties les 90 000 places pour les six concerts en France du « Mayhem Ball » de Lady Gaga (deux à Lyon, quatre à Paris) lors de leur mise en vente en avril. Largement de quoi remplir un Stade de France. Mais, pour cette nouvelle tournée, exit les stades, la superstar a souhaité une configuration plus « intime, proche et connectée » au public. Bon, pour le côté « intime », tout est relatif : elle ne joue que dans des salles de plus de 15 000 personnes.
Lundi 17 novembre, Gaga est donc de retour à Paris, un an après sa performance mémorable pour l’ouverture des Jeux olympiques de Paris, à deux pas de l’île Saint-Louis, où elle avait surpris le monde entier en reprenant « Mon truc en plumes » de Zizi Jeanmaire. Finie la thématique années folles, les cheveux peroxydés relevés en chignon et les plumes roses. Une Lady Gaga à la perruque noir de jais, tout de rouge vêtue, apparaît devant son public français pour interpréter « Bloody Mary », hissée à plusieurs mètres au-dessus de la scène, dans une robe-cage dans laquelle sont enfermés ses danseurs. Gaga nous entraîne dans ses ténèbres pour deux heures trente de show gothique flamboyant, qui va mettre en scène une thématique chère à la star : la dualité et la façon dont elle combat ses démons intérieurs.
Dès le deuxième morceau du concert, le tube « Abracadabra », l’Accor Arena se transforme en boîte de nuit géante et des milliers de bras s’élèvent face à la scène. Sans surprise, les chansons de « Mayhem » fonctionnent très bien en live. Ce dernier album a été conçu comme un retour aux sources pour l’artiste : une succession d’hymnes camp aux refrains efficaces sur des productions tantôt axées dance, tantôt grosses guitares – soit peu ou prou la recette qui lui avait fait rencontrer le succès avec ses deux premiers albums, « The Fame », en 2008, puis « The Fame Monster », l’année suivante.
L’artiste s’empare d’une guitare électrique noire pour jouer « Garden of Eden » et s’avance vers le centre de la salle entourée d’une dizaine de danseurs. Mais c’est lorsque les premières notes de « Poker Face » retentissent que le public s’enflamme véritablement, prouvant que malgré les dix-sept années qui nous séparent de sa sortie, le tube n’a pas pris une ride.
Alliée de la communauté LGBTQIA +
C’est la mode, ces dernières années, chez les grandes stars américaines, de Beyoncé à Kendrick Lamar : le concert est divisé en différents « actes », à la façon d’une pièce de théâtre. Chez Gaga, les actes sont entrecoupés de performances des danseurs ou des musiciens – chose rare, ces derniers font partie intégrante de la scénographie –, ce qui permet à l’artiste de changer de tenue, parfois même de maquillage, avant de revenir au centre de la scène.
C’est parti pour le deuxième du show, qui en comportera quatre. Stefani Germanotta, de son vrai nom, allongée à côté d’un squelette, enchaîne « Perfect Celebrity » et « Disease » en versions raccourcies – le sort réservé à une bonne partie des morceaux lors de cette tournée, la star ayant choisi de présenter la quasi-intégralité de son dernier album, sans pour autant faire l’impasse sur ses succès passés. Puis elle défile lentement sur l’avancée de scène à l’aide de deux béquilles et d’une interminable cape pour entonner une version complètement réarrangée, et magnifique, de son tube « Paparazzi ». L’un des moments forts du concert, c’est lorsque la cape, qui s’allonge de plusieurs mètres à mesure que la star avance vers le centre de la salle, se pare des couleurs du drapeau arc-en-ciel.
@marion.lize Don’t know how long was that cape but it was huuuuuge 🌈 @ladygaga remains the best ally for all her Little Monsters 🏳️🌈💛 #ladygaga #lgbt #queer #live #mayhemball
Depuis le début de sa carrière, Lady Gaga a su construire une relation particulière avec ses fans, une communauté solide et fidèle, qu’elle appelle affectueusement ses « petits monstres ». La star est devenue une icône queer grâce à des titres comme « Born This Way », un hymne d’acceptation de soi, de son identité, de sa sexualité.
Avant qu’elle ne monte sur scène, lundi soir, pour faire patienter le public, l’écran géant faisait défiler, en temps réel, des messages envoyés par les fans. Les mots « Gaga, tu m’as sauvé la vie » revenaient sans cesse. Le lien qu’elle a su tisser avec la communauté LGBTQIA +est précieux. Elle lui a créé des hymnes, repris dans les Pride du monde entier. Elle défend ses droits sans relâche. Au beau milieu du concert, elle dédiera d’ailleurs son spectacle à ses Little Monsters et à « leur fierté, leur amour, leur liberté, leur beauté, leur force ».
Gaga seule au piano, plus beau moment du concert
Le show défile sans temps mort, mais la magie opère véritablement lorsque Gaga s’installe seule derrière le piano pour « Die With a Smile » et « Always Remember Us This Way ». Rares sont les artistes de cette trempe qui peuvent passer sans sourciller d’une chorégraphie ultra-millimétrée au milieu de 22 danseurs à une chanson quasiment a cappella, seuls face à 15 000 personnes. Lady Gaga en fait partie. Son incroyable énergie et sa puissance vocale rappellent Freddie Mercury. Son imagination débordante et sa capacité à créer des univers excentriques sont un héritage de Björk. Près de vingt ans après le début de sa carrière, en 2005, sa voix a gagné en texture et en amplitude. Elle est probablement au meilleur de ses capacités, et elle le sait. Il faut la voir interpréter « The Edge of Glory » au piano dans une version totalement mise à nu, qui n’a plus rien à voir avec le titre tapageur à la production EDM cheap sorti sur l’album « Born This Way », en 2011. Gaga seule avec son piano, le plus beau moment du concert.
@marion.lize Beautiful moment tonight at @ladygaga ‘s first concert in Paris for the Mayhem Ball ✨ She was so emotional at the end of « The Edge of Glory » 🥹 #ladygaga #mayhemball #mayhemtour #live #music
Un petit regret tout de même : sur la palanquée de morceaux issus de « Mayhem » interprétés, la star a fait l’impasse sur « Blade of Grass », pourtant l’une des plus belles chansons de son dernier disque. Il aurait tout à fait trouvé sa place lors de ce moment suspendu au piano. Les spectateurs des trois prochains concerts parisiens auront peut-être plus de chance. Une chose est sûre avec Gaga : les (bonnes) surprises sont toujours au rendez-vous.
