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Derrière ce succès, la petite société bordelaise « Ma dégustation privée », spécialisée dans l’animation d’événements autour des spiritueux, qui a réussi à réunir une trentaine de maisons, des plus grosses, Hennessy, Martell, Courvoisier, aux plus petites. Une initiative bienvenue : populariser le cognac sur un marché français résiduel (3 % des ventes seulement) apparaît une nécessité pour un secteur en crise qui paye très cher sa dépendance aux marchés chinois et américains. La baisse des ventes de cognac de ces derniers mois a « effacé quinze années de croissance », selon Florent Morillon, le président du Bureau national interprofessionnel du cognac.
« Non ce n’est pas un alcool de papy. »
« Au départ on venait plus pour accompagner le mouvement, mais dès les premières minutes, quand on a vu entrer plus de 200 personnes, qui portaient un vrai intérêt pour le produit, on a su que ça allait compter », sourit Antoine Quéron, propriétaire de la maison A. de Vacqueur, à Macqueville (17). Dans les allées, 40 % de professionnels, notamment des cavistes et restaurateurs bordelais, comme une dizaine de gérants de V and B, venus déguster, se renseigner… Et 60 % de particuliers de tous horizons.

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Beaucoup de jeunes
Parmi eux, beaucoup de jeunes curieux de découvrir ou redécouvrir le cognac, comme Baptiste Gues, Roxane Geslain et Nathan Moussiron, tous entre 22 et 23 ans. « Je m’étais intéressé à un salon du rhum, parce que j’adore ça, et Google m’a suggéré ce Cognac Festival… Alors je me suis dit pourquoi pas, on connaît moins, c’est l’occasion ». « Ça se déguste comme du vin ? », interroge Baptiste, sur le stand Martell. « On conseille d’éloigner un peu le verre du nez pour sentir, pour ne pas être trop agressé par l’éthanol, mais ça se déguste surtout comme on veut, pur, sur glace… ». Face à eux, Marie Mazenq, serveuse chez Martell, tente surtout de démystifier, de parler simple et accessible.

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« Les 25 – 35 ans, c’est notre cible », se réjouit quelques stands plus loin Justine Anes-Araujo, viticultrice de la maison Raynaud, en voyant des jeunes franchir les portes. « Quel privilège d’être là et de pouvoir faire redécouvrir le cognac aux Français. On est surpris de voir le monde que ça a attiré. On a vu des gens de Lyon, de Dijon, du Gers, venus sur le week-end, exprès pour l’événement. Mais aussi beaucoup d’étrangers, des Anglais, des Norvégiens, des Finlandais, des Allemands, des Américains, qui se sont organisés pour voyager dans le coin au moment du festival, c’est incroyable. »

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« C’est étonnant qu’on ne l’ait pas fait plus tôt »
Kaarel Kluge est Estonien et passionné de cognac. Avec cinq amis, Norvégiens et Belges, mordus comme lui, il a profité du festival pour venir visiter « six maisons en trois jours » et finir en apothéose à Bordeaux. « J’ai découvert de nouvelles pépites », assure le fin connaisseur, qui est déjà venu 15 fois à Cognac, et a plus de 900 cognacs dégustés à son actif. « Mon favori c’est le Grande Champagne 1946 de François Voyer ».
« On sait que Bordeaux a plus une tendance Armagnac, c’était important de venir mettre une dose de cognac », appuie Romain Bureau, commercial pour la maison François Voyer. « On doit changer l’image du cognac. Non, ce n’est pas qu’un alcool fort qui se boit en digestif. Non ce n’est pas un alcool de papy. On peut le mixer, le boire en cocktails… »
Melissa Perrier, chef de produit pour les cognacs Meukow approuve. « Ça fait du bien de venir parler de nos marques ici, à 100 km de chez nous. Il faut qu’on réconcilie les Français avec le cognac. Ce festival c’est une belle initiative. C’est même étonnant que ça n’ait pas été fait plus tôt ».
« Je ne sais pas pourquoi on a attendu novembre 2025 pour se réveiller », partage Antoine Quéron. « Voir qu’on arrive à rassembler autant de négociants, de toutes les tailles, et ici à Bordeaux, l’image est forte et ça redonne le sourire à tout le monde. Dans ce contexte économique compliqué, on le sent, la motivation est forte. On a beaucoup à faire : il y a zéro cognac Schweppes dans les bars bordelais, pas de bouteilles de cognac dans les boîtes de nuit si près de chez nous… »

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Une prochaine édition en plus grand
Avant même samedi, Romain Bodenan en était convaincu : « il y aura une prochaine édition dès l’année prochaine ». Et il faudra « voir plus grand ». « Quand je me suis lancé je ne savais pas du tout ce que ça allait donner. J’ai dû prendre sur mes deniers pour louer la salle », rembobine-t-il. « Finalement, une soixantaine de maisons auraient souhaité être présentes. On a dû en refuser près de la moitié faute de place. La jauge de 600 places visiteurs a été atteinte grâce aux réservations en ligne, la veille de l’événement. Je me suis démené pour trouver des verres en catastrophe – un verre de dégustation était offert à chaque participant – afin qu’on puisse accepter les visiteurs qui se présenteraient sans réservation. »
Pour la prochaine édition, le jeune entrepreneur abandonnera la Grande Poste pour le Hangar 14 bien plus spacieux, sur les quais. « L’idée c’est de pouvoir accueillir une soixantaine d’exposants, d’avoir plus d’espace pour chacun ». « Il faut pérenniser ce festival et pourquoi pas en faire d’autres, sur ce modèle, ailleurs en France », assure Antoine Quérin, propriétaire de la maison A. de Vacqueur.

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Huit masterclass intimistes
Rendre le cognac plus accessible a été le maître mot des huit masterclass. Thierry Sales, responsable éducation et formation d’Hennessy, a parlé mixologie. « Il y a des saveurs qui ne se mélangent pas du tout ? », s’inquiète une participante. « En cuisine, si vous mettez trois pommes de terre dans une poêle, ce n’est pas formidable, si vous ajoutez du beurre, ça colle déjà moins, du sel, du poivre, ça commence à être intéressant, quelques poivrons et on arrive à quelque chose de sympa… », illustre l’animateur. Des images qui parlent à tous, pour donner envie. « Pour mettre le cognac en cocktail, il faut juste un bon équilibre. On peut jouer à volonté ».
Lucie Barbarin, 42 ans, est enchantée. « On a préparé un cocktail jus d’ananas, Hennessy VS et bitter angostura… Je découvre les différents usages, les cocktails possibles, ça me donne envie de tester plein de choses ». Pour cette quadragénaire nouvellement embauchée au marketing chez un distributeur de spiritueux à Bordeaux, ce festival tombait à pic, « pour développer ma culture cognac ».


