« Un roman en gros caractères » : de Saint-Pée-sur-Nivelle au XV de France, Ollivon et Lucu de retour au premier plan

Nov 14, 2025 | Saint-Pée/Biarritz

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  • Le destin de Maxime Lucu et Charles Ollivon, titulaires en équipe de France ce samedi contre les Fidji, épate. Il remonte à un petit club amateur, Saint-Pée-sur-Nivelle. Et est sans doute lié à leurs caractères respectifs...
    Le destin de Maxime Lucu et Charles Ollivon, titulaires en équipe de France ce samedi contre les Fidji, épate. Il remonte à un petit club amateur, Saint-Pée-sur-Nivelle. Et est sans doute lié à leurs caractères respectifs…
    Icon Sport – Sandra Ruhaut

Plus de vingt-cinq ans après avoir débuté le rugby ensemble à Saint-Pée-sur-Nivelle, les deux basques vont retrouver une place de titulaire avec les Bleus samedi soir. Loin de la beauté de leur histoire commune, et au-delà de leurs qualités de joueurs, leur leadership naturel est très attendu.

L’histoire est belle et dure depuis plus de vingt-cinq ans. Celle de deux compères, Charles Ollivon et Maxime Lucu (tous nés en 1993), qui ont commencé le rugby ensemble dans ce petit village basque de Saint-Pée-sur-Nivelle. Roman qui a pris une tournure merveilleuse quand Maxime Lucu a rejoint voilà quelques années en sélection son pote de toujours, lequel était alors capitaine des Bleus. Ce qui fit dire à Philippe Narzabal, un des éducateurs du duo à l’école de rugby de « Saint-Pée » : « Pour un club comme le nôtre, avoir deux joueurs en équipe de France, ça paraît inaccessible. Ce qu’ont fait Maxime et Charles donne beaucoup d’espérance pour les gamins. C’est une consécration. » Des exemples, tant pour leurs parcours que pour leurs personnalités. Parce que, si Fabien Galthié a décidé de les réintégrer dans le XV de départ français après la déconvenue face aux Springboks, ce n’est évidemment pas juste pour ajouter un chapitre supplémentaire au récit de leur fabuleux destin. Non, sur ce coup, le sélectionneur verse davantage dans le pragmatisme que dans le sentimentalisme. Il a observé son équipe s’écrouler dans le dernier quart d’heure au Stade de France et surtout perdre la bataille mentale et d’usure imposée par les doubles champions du monde. De là à dire que ces Tricolores ont peut-être besoin de plus de tempérament, il n’y a qu’un pas… Lequel mène naturellement à Ollivon et Lucu.

« C’étaient des fous de la gagne »

Le premier est un cadre de l’équipe nationale et du RCT depuis de longues années, le deuxième est le patron de l’UBB, où son absence a terriblement pesé en début de saison. « Dès le plus jeune âge, ils avaient de gros caractères, racontait, dans ces colonnes, Alexandre Ollivon, le frère de Charles. C’étaient des fous de la gagne ! Quand ils perdaient, on avait le droit à des pleurs. C’était un psychodrame, ils détestaient ça. Sur le terrain, ils avaient la hargne. » Même son de cloche chez Xavi Quijano, qui a partagé une saison de Cadets avec Lucu à l’Entente de la Nivelle : « Je n’ai pas joué avec Charles mais tout le monde me parlait de sa haine de la défaite. C’était connu ici (rire). Je me demande si ce n’était pas pire pour Maxime. C’était un compétiteur hors pair, un gagneur inimaginable. Il s’imposait une telle exigence. À l’entraînement, il était toujours le premier. Au moindre toucher, il fallait gagner. Même quand on faisait un jeu dans le bus et que la défaite était proche, c’était interdiction de perdre : il ne voulait rien lâcher et aller jusqu’au bout. Pareil sur le terrain. J’ai encore en mémoire un derby très mal engagé contre Cambo. L’entraîneur lui a dit : « Allez Maxime, accélère ! » Dans les dernières minutes, il a joué une pénalité à la main dans les cinq mètres et fait un cadrage-débordement sur l’arrière pour marquer en coin. Puis, il fallait réussir la transformation pour gagner. Et il l’a mise. »

« Max, c’était le patron »

Comme son pote Ollivon, Lucu n’est pas du style à fuir ses responsabilités. Et il possède cette faculté à rassembler autour de lui. « Max est un leader né, reprend son ancien partenaire. Il était notre capitaine, personne d’autre ne pouvait l’être. Je me souviens d’un tournoi à Larressore. Je ne le connaissais pas trop encore et lui jouait à la pelote le matin. On me répétait : « Tu vas voir avec Maxime Lucu cet après-midi. » On avait été bons, mais sans être transcendants. Il est arrivé pour les phases finales et il a mis tout le monde d’accord. C’était le patron, le mec vraiment au-dessus, mais avec une telle humilité. Il ne voulait pas mettre la lumière sur lui. Il n’était pas du genre à dire : « Je suis le meilleur de l’équipe. » Au contraire, s’il pouvait faire briller les autres, il le faisait. Il venait toujours te glisser un mot sympa ou te mettre la main sur l’épaule pour t’aider à relever la tête. Tout le groupe le suivait, il nous dirigeait sur le terrain. Le paradoxe, c’est que, malgré ce côté très porté sur les autres, c’est lui qui sortait toujours du lot. à l’arrivée, il faisait tout : il était capitaine, il marquait les essais, il gérait le jeu au pied et il tapait les pénalités (rire). » Lucu a grandi mais conserve cette vertu, celle d’assumer en toutes circonstances. Ce que le staff tricolore attend de lui samedi soir. Et c’est à ce titre qu’il écrira une nouvelle page du feuilleton commun avec Charles Ollivon. Deux garçons, entre blessures ou remises en cause, aux trajectoires peu communes que Philippe Narzabal, l’ancien éducateur de Saint-Pée-sur-Nivelle, avait parfaitement résumées : « Charles, lorsqu’il entrait sur le terrain, il était clair qu’il emmenait son équipe. Maxime, c’était le même, en plus d’être un acharné du travail. Ces deux gars-là en voulaient… » Galthié ne doute pas que ce soit toujours le cas.

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