Le saviez-vous ? Le gagnant du prix Goncourt gagne un chèque de 10€

Nov 4, 2025 | Paris

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Caroline de Sortiraparis · Mis à jour le 4 novembre 2025 à 14h53

Le Prix Goncourt 2025 vient tout juste d’être décerné à Laurent Mauvignier pour son roman La maison vide ce mardi 4 novembre à Paris. Saviez-vous que cette récompense littéraire prestigieuse offre au gagnant un chèque symbolique de 10€ depuis 1903 ? On vous raconte !

Le saviez-vous ? Le Prix Goncourt, la plus prestigieuse récompense littéraire française, ne rapporte que 10 euros au gagnant. Eh oui, depuis 1903, un chèque symbolique de 10 euros est remis au lauréat. Laurent Mauvignier vient tout juste de remporter l’édition 2025 avec La maison vide, au premier tour avec six voix. Mais alors, pourquoi tous les écrivains francophones rêvent-ils de cette distinction si la récompense financière est aussi dérisoire ? On vous raconte l’histoire fascinante de ce prix mythique et ses petits secrets.

Tout commence avec deux frères un brin prétentieux. Jules et Edmond de Goncourt sont deux écrivains célèbres du XIXe siècle, mais pas assez pour espérer passer à la postérité. Ils décident de créer une société littéraire, rivale de l’Académie française, qui porterait leur nom et récompenserait chaque année un grand roman français. C’est une autre façon de marquer l’histoire et la culture de leur empreinte. Présentés comme deux personnages peu fréquentables, misogynes, élitistes et imbus d’eux-mêmes, les deux frères s’obstinent à hisser la littérature sur un piédestal.

L’anecdote veut que ce soit au cours d’une réunion littéraire qu’ils animaient que les frères Goncourt imaginent une Académie qui porte leur nom. Alors que pour plaisanter, Pierre Loti émettait l’idée de s’inscrire à l’Académie Française, vint l’idée démesurée aux deux frères de créer leur propre académie. Ni plus ni moins. Edmond de Goncourt coucha dans son testament ses dernières volontés : créer une Académie d’Hommes de Lettres qui récompenserait chaque année le meilleur roman, le meilleur recueil de nouvelles, le meilleur volume d’imagination en prose, et exclusivement en prose, publié dans l’année.

Sauf que la famille n’était pas d’accord. Et c’est là que ça devient croustillant. Deux écrivains étrangers à sa famille héritent de ses biens et de ses fonds pour créer l’Académie : Alphonse Daudet et Léon Hennique. Les petits-cousins de Goncourt sont furieux et demandent à la justice de casser le testament. Une vraie bataille juridique s’engage. La famille dénonce l’idée qu’on puisse léguer un projet, une charge, une institution qui n’existe pas encore, alors que cela prive des héritiers de biens matériels et tangibles. Mais elle est déboutée. Il faut attendre le jugement confirmé le 1er mars 1900, puis encore trois ans que le Conseil d’État valide les décisions de justice, pour que la société rêvée par Edmond de Goncourt puisse remettre son premier prix.

L’Académie décerne son premier prix le 21 décembre 1903 à John-Antoine Nau pour son roman Force ennemie. La première remise n’a pas été une cérémonie grandiose. Elle a eu lieu discrètement chez Champeaux, une adresse qui n’existe plus aujourd’hui, mais qui était située place de la Bourse à Paris. Pour l’anecdote, un des membres du jury, Rosny Jeune, était absent. Il avait donc transmis son vote à Joris-Karl Huysmans, le président de l’Académie Goncourt à l’époque.

Mais pourquoi seulement 10 euros alors ? Au départ, ce n’était pas le cas. Edmond de Goncourt s’était assuré de vendre tous ses biens afin de donner une rente annuelle à perpétuité aux dix membres du jury mais également une récompense de 5000 Francs au gagnant de l’année. Sauf que voilà, du fait de l’inflation, le montant du chèque ne représente plus qu’un prix symbolique actualisé à 10 euros. L’anecdote amusante, c’est que le chèque est traditionnellement encadré en raison de sa valeur plus symbolique que pécuniaire, à l’exception de Jacques Chessex qui, lui, a décidé de l’encaisser. On aime ce côté pragmatique.

Le vrai jackpot, c’est la notoriété. Parce que franchement, la notoriété promise au lauréat, qui verra son œuvre accéder au palmarès des meilleures ventes, est une récompense bien plus convoitée. Pour vous donner une idée des chiffres, le lauréat 2023, Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea, s’était écoulé à près de 630 000 exemplaires. Grâce au fameux bandeau rouge Prix Goncourt apposé sur la couverture, les ventes sont démultipliées et peuvent dépasser les 500 000 exemplaires écoulés. Voilà qui vaut bien mieux que 10 euros, non ?

Petite anecdote sur le seul refus de l’histoire. Julien Gracq savait que son œuvre, Le Rivage des Syrtes, était pressentie pour rafler la mise. Anticipant sa future victoire, celui qui écrivait sous le pseudonyme de Louis Poirier annonce qu’il refusera la récompense. À l’époque, c’est une grande première. Gracq dénonce les préjugés des critiques qui selon lui s’intéressent davantage à l’auteur qu’aux livres. Malgré cette mise en garde, l’académie le proclame grand vainqueur quelques jours plus tard. Avec en prime une petite pointe d’humour de Raymond Queneau lors de l’attribution des résultats : « Le prix est décerné au Ravage de Sartre, par Julien Green ! Pardon : au Rivage des Syrtes, de Julien Gracq ! »

Comment ça se passe concrètement ? Depuis 1914, les dix membres de l’Académie Goncourt, élus par cooptation, se réunissent tous les premiers mardis du mois dans le salon Goncourt du premier étage du restaurant Drouant, proche de l’Opéra à Paris dans le 2e arrondissement, pour évoquer l’actualité littéraire. Une première sélection est effectuée en septembre, une deuxième puis une troisième sélection en octobre, le prix étant attribué début novembre. Depuis mai 2024, l’Académie est présidée par Philippe Claudel et rassemble Pascal Bruckner, Tahar Ben Jelloun, Camille Laurens, Pierre Assouline, Éric-Emmanuel Schmitt, Françoise Chandernagor et Christine Angot.

Le Goncourt a fait des petits. L’initiative d’Edmond de Goncourt a ouvert la voie à d’autres prix : Prix Femina (1904), Prix Renaudot (1926), Prix Interallié (1930), Prix Médicis (1958), tous dédiés au roman. L’académie décerne aussi les prix Goncourt de la poésie, de la nouvelle, de la biographie et du premier roman. Il existe même un Goncourt des lycéens qui permet à près de 2 000 élèves de voter pour leur livre préféré parmi la sélection.

Bref, si vous cherchez une anecdote à placer en société, vous savez maintenant pourquoi le Prix Goncourt vaut de l’or tout en ne rapportant que 10 euros. C’est tout le paradoxe de cette récompense qui fait rêver les écrivains depuis plus d’un siècle et qui continue de façonner le paysage littéraire français.