Les grands défis s’enchaînent sans faiblir, toujours avec l’idée d’aller un peu plus loin, et cette fois, toujours plus haut. L’an dernier, Vincent Kerserho rendait hommage au centenaire des Jeux olympiques de 1924 en reliant à vélo le cap Finisterre, en Galice, au cap Nord, en Norvège. Un périple de distance avalé sans encombre et « sans trop de fatigue », assure-t-il. Mais sur les routes de l’Himalaya, il n’était plus question de kilomètres, ni même de vitesse : le véritable adversaire s’appelait altitude.
Une inconnue pour le retraité, un mystère même pour son corps, tant il ignorait comment celui-ci réagirait. « Je n’étais pas certain d’être capable de le faire dans de bonnes conditions, confie-t-il, car mon seul point de repère restait l’ascension du col de la Bonnette, dans les Alpes-Maritimes, le plus haut col routier d’Europe, à 2 802 mètres. » Dans le Ladakh, cette fois, l’attendaient des sommets flirtant avec les 6 000 mètres.

Vincent Kerserho
5 798 mètres
Rejoindre le Tibet indien fut déjà un périple à part entière : le train jusqu’à Paris, un vol pour Delhi, puis un second, domestique, vers le nord du pays. À Leh, perchée à 3 500 mètres d’altitude, Vincent Kerserho installe son camp de base dans un guest house. C’est de là qu’il partira, chaque jour, à la découverte des routes du Ladakh.
Très vite, les premières sensations apparaissent : la tête qui tourne, un léger étourdissement. « C’est ce qu’on appelle le MAM, le mal aigu des montagnes », explique-t-il. Rien, toutefois, pour effrayer l’aventurier senpertar, déjà tourné vers son prochain objectif : l’ascension de cols redoutables, comme l’Umling La (5 798 mètres) ou le Chang La (5 360 mètres).

Vincent Kerserho
Prudent, il part à la conquête de l’Himalaya par étapes. « En plongée, on descend par paliers de dix mètres. J’ai fait pareil à vélo, mais par centaines de mètres. » Jour après jour, Vincent Kerserho grimpe ainsi jusqu’à atteindre 5 800 mètres d’altitude. Pas de fatigue excessive, mais quelques signes de réaction du corps : « Le matin, je me mouchais des matières assez épaisses », raconte-t-il, symptôme d’une adaptation à l’air raréfié.
« Le corps a suivi »
Un épisode, pourtant, a bien failli tourner à la frayeur. « Un jour, je suis arrivé à 5 000 mètres vers 18 heures et je voulais absolument aller au bout, 400 mètres plus haut. Le soleil venait de passer sous les crêtes. La bonne réaction aurait été de faire demi-tour, mais je me suis entêté. » Il affronte alors un phénomène climatique extrême propre aux très hautes montagnes, avec des températures négatives et un vent glacial. « Je me suis retrouvé en hypothermie en quelques secondes, avec toute la chaleur de mon poitrail qui quittait mon corps à une vitesse folle. »

Vincent Kerserho
Par chance, il tombe sur un camp militaire. Dix à quinze minutes à se réchauffer dans un baraquement suffisent avant qu’un 4×4 ne le redescende jusqu’à la ville de Leh. Mis à part cette mésaventure, la performance sportive s’est parfaitement déroulée et la machine n’a pas déraillé. « Le corps a suivi, c’était toute l’interrogation avec l’altitude. Mais l’ascension de ces cols n’est pas forcément difficile quand on est bien entraîné. Les pourcentages, en termes cyclistes, ne sont pas très élevés. Certaines montagnes basques sont d’ailleurs bien plus rudes ! »
Sur les routes du Tibet indien, Vincent Kerserho a surtout roulé en solitaire. Il n’a croisé qu’un autre cycliste, un jeune Indien qui faisait le tour du Ladakh, deux marathoniens venus prendre sa roue, et une multitude de motos. Il garde pourtant un souvenir émerveillé de ces paysages grandioses, du ciel d’un bleu azur éclatant et d’une population d’une rare bienveillance.
Tour de France… et du monde
De retour au Pays basque, Vincent Kerserho ne range pas pour autant son vélo. L’aventure himalayenne à peine achevée, il pense déjà au prochain défi. « Chaque année, je me fixe un grand objectif. L’an dernier, c’était la distance. Cette fois, l’altitude. L’an prochain, j’aimerais combiner les deux. » Dans ses carnets, un projet ambitieux : réécrire à sa manière le Tour de France de 1926, le plus long de l’histoire, 5 745 kilomètres. Lui vise les 10 000.

Vincent Kerserho



