On connaissait la passion des Français pour les séries policières mais ils ne veulent plus se contenter d’être de simples spectateurs. Ils veulent peser sur l’enquête, récolter les indices et mettre la main sur le coupable. Ce mercredi 24 septembre à la Maison des associations de Royan, dix salariés d’une grande compagnie d’assurance niortaise participent à une des murder party que l’association Colonel Moutarde a concocté pour eux.
Un dossier par personne, des cartes à jouer, crayons, calepins… Les outils sont distribués aux participants qui en l’espace de quelques minutes se transforment en détectives / suspects potentiels / meurtrier. Au début du jeu, chacun découvre son rôle, y compris l’auteur du crime. Dans leur dossier, ils savent quelle est leur personnalité (« tous mêchants » selon les organisateurs), ils nouent des alliances, commettent des trahisons, le temps de la résolution de l’enquête.
Pour ces Français moyens, le but est de « sortir de sa carapace d’employé pour jouer ensemble, montrer un autre visage à ses collègues, partager une expérience ». Guillaume Bruneau-Queyreix, l’organisateur de cette journée cohésion d’équipe, cherchait une alternative aux éternels escape games. Il a donc cherché une autre activité pour les employés niortais et « franchement, ça se passe super bien. Excusez-moi mais je repars enquêter. »
Une première à Rochefort
Guillaume Bruneau-Queyreix reprend son rôle dans la murder party. Visiblement, il se félicite d’avoir fait appel à l’association royannaise née en 2019 de la volonté de deux fondus de jeux de rôle et d’enquêtes policières : Julien Lavillauroy et Paul Cuenca qui préside Colonel Moutarde aujourd’hui. « À l’origine, nous jouions entre copains, se souvient Paul Cuenca tout en lissant ses moustaches à la Hercule Poirot. Un jour, nous avons été contactés par la Corderie royale de Rochefort et ils nous ont demandé d’organiser un concept à l’occasion de la Semaine du polar. Au bluff, on a dit oui. »
« C’est un petit truc en plus chez nous : mettre en valeur le patrimoine ou une légende locale »
Cet événement inaugural est un succès. 60 personnes déguisées se donnent à fond dans l’enquête écrite spécialement autour de la personnalité rochefortaise René Primevère-Lesson. « C’est un petit truc en plus chez nous : mettre en valeur le patrimoine ou une légende locale, reprend Paul Cuenca. Cet été, nous avons organisé notre premier Cluedo géant autour du meurtre d’un meunier en 1732 à Bourcefranc-le-Chapus. La commune nous a sollicités pour l’occasion. À la différence des murder party, nous faisons intervenir cinq comédiens qui sont les suspects. Comme dans le jeu du Cluedo, il y a un dossier avec des indices, une scène de crime. C’est du sur-mesure à chaque fois. »
À Bourcefranc-le-Chapus, entre 150 et 200 personnes ont mené l’enquête à travers toute la ville. La commune a même autorisé le comédien qui jouait le rôle du curé à intervenir dans l’église !
Des projets en grand
Entre l’écriture et le développement, les membres de Colonel Moutarde sont bien occupés. Laura, professeur de piano dans le civil et Philippe, un ancien policier ont rejoint le duo d’origine. « Moi, je suis là pour le jeu, mon ancien métier n’a rien à voir, explique Philippe en souriant. Après, peut-être qu’inconsciemment, j’ai ressenti une attirance pour l’association. Je commence un peu à écrire les scénarios avec les copains mais je me censure sur le côté vraisemblable des histoires. Ce que j’ai connu en tant qu’enquêteur de police n’a rien à voir techniquement avec ce que l’on propose aux joueurs évidemment. »
Aujourd’hui, le quatuor s’autorise à rêver aux éventuels terrains de jeu que propose la Charente-Maritime et ils multiplient les appels du pied à plusieurs lieux emblématiques du département. « On s’imagine très bien intervenir dans les arènes de Saintes avec des toges, indique Philippe. Le château de la Roche-Courbon, le Palais des congrès de Royan, les tours de La Rochelle bien sûr, tous ces lieux nous font fantasmer… »
Pour joindre l’association : colonelmoutardeevent@gmail.com ou sur les réseaux sociaux facebook.com/p/Colonel-Moutarde ou instagram.com/p/DHtGUBKoIX8 /
Le modèle économique
Avec quatre personnes dans le bureau et six bénévoles, l’ambition de Colonel Moutarde est de devenir, à terme, une véritable société. « Pour l’instant, le statut associatif nous convient car nous ne générons pas encore assez de revenus, explique Paul Cuenca. Nous réinvestissons tout l’argent dans les décors et les costumes. Pour autant, nous avons un concept original auquel nous croyons et nous mettons tout en œuvre au niveau de l’écriture et de la communication pour passer au niveau supérieur. »


