« Y en n’a pas au frais mon loulou. » Laurent Courtin, cogérant de la Coop de la rue Urbain-Loyer, stoppe le pas décidé de cet habitué de l’épicerie du centre-ville de Saintes. Ni une, ni deux, le client fait demi-tour en direction du rayon boissons. La bière en canette se boira à température ambiante. Ce n’est pas trop grave par les 20 degrés de ce lundi 1er septembre. « J’aurais préféré qu’elle soit fraîche mais ça ne changera rien. Je vais au plus vite, au plus simple. »
Si les chaleurs reviennent, j’ai peur que les effets de l’alcool aillent encore plus vite

Séverine Joubert/SO
Depuis le 1er septembre 2025, un arrêté municipal temporaire interdit « la vente de boissons alcoolisées réfrigérées dans des contenants de type canettes d’aluminium et bouteilles en plastique inférieures à 75 cl ». La mesure s’applique dans le cœur de ville, avenue Gambetta, boulevard Guillet-Maillet, rue Urbain Loyer et quai de la République.
Vitrine réfrigérée vidée
Elle cible la nouvelle supérette Coop, proche de l’ancien cinéma Olympia ; à l’autre bout, Carrefour City ; l’enseigne Netto ; la Coop Urbain-Loyer et l’Épicerie saintaise. L’arrêté, qui court jusqu’au 31 décembre 2025, justifie les restrictions par « une recrudescence des faits concernant la consommation d’alcool sur la voie publique et l’augmentation de ramassage de déchets divers ».
Pour quelle efficacité ? C’est peu dire que la mesure, qui fait suite à toute une panoplie de dispositions liées à la sécurité, amuse les consommateurs visés. Canettes de bière à la main, un petit groupe de marginaux croisés rue Alsace-Lorraine jeudi 4 septembre après-midi se montre blasé par ce nouvel arrêté qui les vise.
Tous jugent la mesure « stupide. C’est pour qu’on boive moins vite ? Et pourquoi ils ne l’ont pas fait en été tant qu’à faire », questionne l’un d’eux. « C’est ridicule cette histoire de température. L’été, j’achète quatre canettes. Je les mets dans mon sac. La première sera fraîche et les autres, elles seront à température ! » La discussion dévie sur le parcours de chacun. « C’est pas ça qui va nous aider. »

Séverine Joubert/SO
Côté commerçants, l’interdiction laisse perplexe. « L’arrêté municipal m’a surpris », témoigne Laurent Courtin (Coop Urbain-Loyer) qui, dès lundi 1er septembre, a vidé la vitrine réfrigérée de ses boissons alcoolisées. Il a même affiché l’arrêté. « Je ne suis pas du genre à tirer à boulets rouges sur une mesure. Il faut aussi prendre le temps de la réflexion. On applique et on laisse la chance au produit mais l’impact sera minime, je pense. Ce n’est pas la période où on vend le plus de boissons fraîches. Si les chaleurs reviennent, j’ai peur que les effets de l’alcool aillent encore plus vite… »
Aux premières loges des détresses que ce soit en matière de consommation d’alcool et de stupéfiants, le commerçant aurait préféré un arrêté qui réponde à « une réflexion qui prenne le problème de A à Z. »

Séverine Joubert/SO
Le verre, ça passe
Le premier jour de septembre, l’arrêté municipal temporaire n’était pas encore arrivé jusqu’à Carrefour City, ni jusqu’à la Coop Gambetta. Dans la première supérette, devant laquelle des rassemblements se forment souvent, les deux employés s’emparent du document. David Fargues et sa collègue sont rassurés car le commerce est déjà dans les clous. « On n’a jamais vendu de bières fraîches en canette. »
À Carrefour City, quand la bière se vend fraîche, c’est en bouteille de verre, montre David Fargues. Ce dernier relit l’arrêté et jette un œil à deux bouteilles en plastique suspectes : la sangria est conditionnée en 1,5 l. L’arrêté municipal ne cible que les contenants de moins de 75 cl. Ouf, la bière fraîche en verre et le cocktail espagnol dans une bouteille plastique font la maille. La sanction de 150 euros s’éloigne. « C’est quand même bizarre cet arrêté. »
Pas de mendicité devant les DAB
La municipalité saintaise, pilotée depuis 2020 par le maire Horizons Bruno Drapron, soutient que « les premiers constats sont encourageants : une baisse notable des regroupements devant les points de vente concernés a pu être observée, témoignant de la pertinence de cette approche préventive. Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de reconquête de l’espace public. Ainsi, un arrêté complémentaire sera prochainement mis en œuvre pour interdire la mendicité devant les distributeurs automatiques de billets (DAB), contribuant à améliorer la sérénité des usagers ». Et d’annoncer que « le dispositif sera complété dès le mois d’octobre par l’intervention de médiateurs en centre-ville. Ces professionnels, formés à la gestion des situations de conflit et à l’accompagnement social, viendront renforcer l’action municipale par une approche de terrain privilégiant le dialogue et la prévention. »

