« En 2018, on a grêlé, c’était économiquement tendu. Le cannabis commençait à se légaliser, on a décidé de se lancer en 2019. J’aime bien sortir des sentiers battus », reconnaît Nicolas Gaillard, huitième génération d’une famille d’agriculteurs, producteurs de cognac. Sa sœur travaille à Pôle emploi et son frère est intermittent du spectacle, il est le seul des trois enfants à prendre le flambeau de l’exploitation de 27 hectares de vignes pour le cognac, 90 hectares de céréales et une parcelle de maraîchage. Agriculteurs passionnés, ils ont choisi avec sa femme Christelle de se diversifier et de cultiver du chanvre bien-être en biologie sur moins d’un hectare et de le commercialiser à la ferme. Le reste de l’exploitation est en agriculture conservation des sols (ACS), il n’emploie surtout pas de produits cancérigènes – « j’ai trois enfants qui viennent avec moi partout » dit-il –, ne pratique que des semis directs sans travailler la terre, favorisant un sol vivant, sème des couverts qui attirent plein d’insectes pollinisateurs et sa sœur fait du miel.
Tout de A à Z
Sur l’exploitation, ils sont deux à plein temps, Nicolas et un salarié, Christelle est à mi-temps. Ils font tout de A à Z, du plant au produit fini. Sous serre, ils sèment les graines dans de petites mottes de 4 centimètres sur 4, une graine par motte. La croissance est très rapide et la plantation de 800 plants sur paillage biodégradable se fait en juin. Nicolas Gaillard a fabriqué une planteuse et cela ne prend maintenant qu’une matinée au lieu de plusieurs jours, et épargne le dos. « Après, on ne s’en occupe pas. Comme on irrigue le maïs, on irrigue un peu et la fertilisation en bio se fait en arrosant », explique Nicolas Gaillard.
À la floraison, ils sont obligés de procéder au sexage, les plants mâles sont enlevés à la mi-août. Ils utilisent depuis deux ans de la graine féminisée et 98 % des plants sont des femelles, alors qu’au début, ils en étaient à 50/50. Puis ils attendent la récolte des fleurs, fin septembre, début octobre. La récolte est manuelle. « On embauche quatre personnes pour la récolte, on fait la totalité du champ en quinze jours » précisent-ils. Il reste le séchage en atmosphère contrôlée – température, ventilation, hygrométrie – et ils descendent progressivement l’humidité.
À la place de la morphine
Les fleurs séchées sont transformées en poudre. « Une fois en poudre, elles se gardent. À partir de là, on fait nos transformations », poursuivent les deux agriculteurs. Ils commercialisent les fleurs, font des tisanes avec elles mélangées à d’autres plantes, des huiles sublinguales contre le stress. Christelle Gaillard fait des bonbons miel et chanvre et la boulangerie de Marignac du chocolat au chanvre. Un microbrasseur à Saint-Georges-Antignac fait de la bière au chanvre. « Un client qui est atteint de fibromyalgie l’utilise au lieu de prendre de la morphine. C’est efficace et il n’y a pas de dépendance », ajoutent Christelle et Nicolas Gaillard.
L’office de tourisme de Jonzac organise des visites tous les mois chez eux.
