« Mon père n’était vraiment pas une tête brûlée. Il voulait juste continuer à vivre sa vie pleinement. Il n’aurait pas dû mourir en vol. Pas maintenant… » Dominique Thiéry veut comprendre, comment, pourquoi son père, Daniel, a perdu la vie le mercredi 6 août dernier. En début d’après-midi, Daniel Thiéry venait à peine de décoller de l’aérodrome de Royan-Médis, où il était licencié à l’aéroclub depuis 2008, pour un simple « tour de piste », un vol court, par ce jour de grand beau temps. Son appareil, un ultra-léger motorisé (ULM) de type Nynja, a brusquement piqué, heurté violemment le sol d’un champ fraîchement moissonné à quelques centaines de mètres du prolongement de la piste.
Dominique Thiéry reste lucide. « On ne saura peut-être jamais ce qu’il s’est passé. L’autopsie n’a rien révélé, mais elle n’aurait pas permis de détecter le signe que mon père avait fait un malaise, si c’est le cas. » Pour la dimension technique du crash, le bureau d’enquêtes et d’analyse (BEA) et la brigade de gendarmerie des transports aériens (BGTA) de Mérignac vont décortiquer les rares éléments exploitables de l’ULM, le moteur et l’hélice, « mais les investigations seront longues, nous a-t-on prévenus, peut-être 18 mois. » Anne, l’épouse de Daniel Thiéry, Sabine, Hervé et Dominique, leurs enfants, entreprennent donc leur deuil dans un contexte marqué par la soudaineté et l’incompréhension.
Un pilote « prudent »
À 83 ans, Daniel Thiéry restait un pilote « extrêmement prudent », insiste son fils cadet Dominique. « Avant chaque décollage, il repassait sans cesse toutes les procédures. Même moi, par moments, ça m’agaçait », sourit tristement Dominique Thiéry. « Mon père pilotait depuis 1973, d’abord des avions, puis, avec les restrictions liées à l’âge, il pilotait des ULM depuis une quinzaine d’années. Piloter, c’était très important pour lui. C’était quelqu’un de dynamique, qui avait d’abord découvert les sports mécaniques, qui skiait, aussi, jusqu’à l’an dernier. Physiquement, il restait actif. Il obtenait chaque année son certificat médical obligatoire pour continuer à voler. »
« Avant chaque décollage, il repassait sans cesse toutes les procédures »
Une famille a perdu un mari, un père, un grand-père. L’aéroclub a perdu un ami, un bénévole dévoué. Aussi dévoué dans sa retraite active que Daniel Thiéry avait continué de l’être professionnellement, jusqu’en 2023. « Mon père était kinésithérapeute. Il avait exercé en libéral dans la région, lorsqu’ils sont venus s’installer ici en 2008 avec ma mère dont la famille est originaire de la région. Mon père assurait encore des remplacements de confrères jusqu’en 2023, sur l’île d’Oléron, à Marennes. »
Sang-froid
Dominique Thiéry vit avec son temps et même s’il avait voulu esquiver l’évocation du drame survenu à son père sur les réseaux sociaux, la multiplication des publications sur des pages de pseudo « informations » et le cortège de commentaires qui les ont accompagnées l’ont convaincu d’exprimer publiquement sa peine et celle de sa famille, de raconter, aussi, quel homme était son père. « Un homme prudent, très raisonnable, mais qui avait encore envie de vivre sa vie pleinement. Tout ce qu’il a adoré, il a voulu le faire jusqu’au bout. En 2023, il avait connu un problème en vol, un début d’incendie du moteur de l’ULM qu’il pilotait. Il avait réussi à se poser. Même les gendarmes, à l’époque, avaient salué son sang-froid. »


