Ancienne biochimiste, Marianne Dayon incarne une nouvelle génération de planteurs, experts et ardents défenseurs de l’agriculture durable. Aux confins Saint-Jean-de-Luz et de Guéthary, sa plantation compte plus de 12 000 théiers en culture biologique et permaculture issus de semis qu’elle a elle-même sélectionnés.
Attachée à parfaire inlassablement son expertise et, posture pas si courante, à partager les secrets des maîtres asiatiques avec ses confrères « théiculteurs » basques français ou espagnols, elle a accueilli sur ses terres douze producteurs coréens du Hadong qui, durant trois journées, ont enseigné leur méthode ancestrale de production de thé à la main.

Philippe Capy
C’est la première fois, ils ne l’ont jamais fait ailleurs, que de la cueillette, au flétrissement puis la torréfaction au wok à 100 degrés (importé et installé sur place pour l’occasion), ils ont dévoilé leurs techniques et leurs secrets pour produire des thés blancs, verts et noirs. Mickel Esclamadon, qui produit depuis 2020 son thé à Ustaritz sous la marque « Ilgora Herriko Tea » est enthousiaste.
« Des conditions parfaites »
« Je m’exprime au nom de l’association des producteurs de thé du Pays basque qui compte une dizaine de plantations. C’est pour nous l’opportunité de partager une culture, au double sens du terme. Nos valeurs sont celles de ces producteurs coréens et cette rencontre leur donne un socle. »

Philippe Capy
Jon Curutchet, par ailleurs spécialiste en développement durable et en économie circulaire dans l’industrie de la mode, cultive son thé à Plentzia, en Biscaye. Ce n’est qu’en 2023 qu’il a débuté et qu’il a rejoint l’association des producteurs. Il explique le choix des Coréens d’avoir choisi ce rapprochement.
« Honnêtement, ici au Pays basque, nous réunissons les conditions parfaites pour produire un thé de grande qualité. Terrain, pluviométrie, acidité des sols… Tout pour relocaliser, comme cela s’est fait pour le pin ou l’eucalyptus, une production à l’heure actuelle largement importée ». Cherchez longtemps la compétition dans ces échanges. Ils ne sont guidés que par la bienveillance, l’esprit coopératif et la volonté de grandir ensemble.
L’art de servir le thé
Quelques jours avant l’accueil de la délégation Coréenne, Marianne Dayon a convié un panel de ses clients à une pratique ancestrale. De passage en terre basque, une jeune femme originaire de la province du Sichuan en Chine leur a présenté la cérémonie du « thé aux huit trésors » qui s’apparente à un ballet, entre mouvements inspirés des arts martiaux et sérénité. Une façon « de nous rapprocher, en ces temps où le monde se déchire, une célébration de traditions ancestrales, de respect entre les hommes et la nature ». C’est en ces termes que Marianne Dayon a évoqué cette présentation durant laquelle la jeune femme originaire du Sichuan, vivant à Prague et se rendant à Paris pour le festival mondial des thés, a fait escale ici pour servir son thé par des mouvements très fluides et maîtrisés avec une drôle de théière dotée d’un bec de plus d’un mètre de long.

