lls ont les visages prématurément vieillis par des addictions qui les rongent : cannabis, héroïne, cocaïne… Seul le plus jeune des cinq prévenus qui se présentent sous escorte au tribunal correctionnel de Saintes ce vendredi 20 juin, apparaît plus vaillant malgré les yeux mi-clos. Il a 27 ans. Les quatre autres prévenus ont 40 ans, 45 ans, 53 ans et 62 ans. Une femme et quatre hommes ont été interpellés mardi 17 juin à Saint-Jean-d’Angély pour trafic de stupéfiant dans un environnement empreint de misère sociale.
Un se fournissait en cannabis, héroïne et cocaïne à Niort et aux Boiffiers, à Saintes
L’un deux, 53 ans, se présente comme « l’ami qui rend service ». Il se débat avec le micro. Le président Olivier Lalande lui rappelle d’enlever les mains de ses poches. De juin 2024 à la date de son interpellation, il aurait acheté pour 2 000 euros de cannabis, 9 600 euros de cocaïne qu’il revendait à ceux qui le sollicitaient. Sans faire de marge. Il se sent « exploité » et se plaint « ne rien avoir en retour ».
À sa gauche, se tient le plus jeune, sept mentions au casier judiciaire. Lui se fournissait en cannabis, héroïne et cocaïne « à Niort et aux Boiffiers, à Saintes ». Un gramme d’héroïne lui rapportait 5 euros de marge ; le gramme de cocaïne, 20 euros. Il se dégageait 450 euros par mois. Parmi ses clients, il avait le prévenu de 40 ans, onze mentions au casier judiciaire et « consommateur avec un cercle de consommateurs ». Il « allait aussi chercher de la cocaïne » avec pour contrepartie la possibilité d’en avoir un peu pour sa consommation personnelle. Il n’y aurait pas eu de transaction financière.

S. J./SO
L’autre prévenu, 45 ans et huit mentions au casier judiciaire, est « consommateur de cocaïne que je transforme en crack pour la fumer ». Il « a été sollicité pour en obtenir ». Il a effectué quelques trajets et a également traficoté du Subutex, un substitut légal à la drogue. Lui était client de la femme qui patiente à l’autre bout du banc des prévenus.
Elle a 62 ans et des condamnations pour trafic de stupéfiants. Les investigations ont permis d’identifier quatorze clients. Elle tient à préciser que tous n’étaient pas réguliers. Ses tarifs, c’était 50 euros le gramme de cocaïne, 40 euros les 10 grammes de cannabis. Elle aurait réalisé 1 385 euros de bénéfices entre juin 2024 et aujourd’hui. Tous reconnaissent, certains plaident la nécessité, l’addiction, un mauvais moment dans leur vie.
Le parquet de Saintes, par la voix de Cécile Diard, ne veut pas entendre que « c’était du dépannage entre copains. C’est un trafic. » Elle demande la même peine pour tous : deux ans de prison sont six mois avec sursis probatoire ainsi que le maintien en détention. Me Julien Lainé, l’un des quatre avocats saisis, pointe qu’« il n’y a pas l’ombre d’un bénéfice pour mon client » quand Me Julien Papineau dénonce une justice qui « tape sur les plus petits », des gens qui « sont dans le creuset du désespoir ».
Le tribunal a condamné la femme à trois ans de prison, dont la moitié avec sursis probatoire et mandat de dépôt. Trois autres restent sous écrou avec une peine de deux ans dont six mois avec sursis probatoire. Grâce à son casier judiciaire vierge, « l’ami qui rend service » s’en sort avec un an d’emprisonnement délictuel.
