Depuis l’avenue Louise-Pinchon, la maigre rubalise installée par les forces de l’ordre laisse que peu imaginer la macabre découverte faite ce samedi 17 mai, dans la soirée. Appelés pour un incendie près du canal de Rompsay dans une maison laissée à l’abandon ainsi que dans son jardin aux alentours de 22 heures, les pompiers ont finalement découvert un corps calciné sous le brasier à l’extérieur, recouvert par des palettes de bois consumées.
Une enquête pour meurtre a été ouverte, l’hypothèse criminelle est privilégiée selon le parquet. « Il faut rester prudent car le corps était très endommagé, assure Arnaud Laraize, le procureur. Mais les constatations sur place et notamment le fait que le corps se trouvait sous les palettes nous font pencher pour la piste criminelle. » Le corps n’a pu être identifié pour le moment. « On attend l’autopsie qui devrait être réalisée ce lundi ou ce mardi à Poitiers, notamment pour les analyses de la dentition et de l’ADN qui pourrait nous aider pour l’identification », précise le procureur.
Deux départs de feu
Samedi 17 mai à 22 h 15, Guillaume, le gérant de la pizzeria située à côté, ferme son établissement et regagne sa voiture garée devant la maison de l’avenue Louise-Pinchon. Il connaît bien le couple de marginaux qui squatte la bâtisse. Il aperçoit alors des flammes dans le jardin. « Le portail semblait déjà enfoncé et me laissait voir les palettes enflammées. J’ai essayé de les appeler, mais aucune réponse. J’ai eu peur que le feu se propage aux arbres, alors j’ai essayé de pousser un peu les palettes, mais ça flambait à toute allure, comme s’il y avait de l’essence », raconte-t-il.
Il ne voit pas le corps dessous, mais a l’impression d’entendre quelqu’un toquer dans la maison et demander de l’aide : « C’est en ouvrant la porte de la maison que je m’aperçois qu’elle est également en feu, j’essaye d’appeler le couple mais il n’y a personne qui me répond. À un moment, il y a eu une sorte d’explosion. » L’hypothèse de deux départs de feu différents est privilégiée par le parquet, confortant la piste criminelle.
Prévenus par Guillaume, les pompiers arrivent et maîtrisent l’incendie : « Je demande alors aux pompiers s’il y avait quelqu’un à l’intérieur de la maison, c’était ma plus grande crainte. Mais non, personne à l’intérieur me disent-ils ». Le pizzaïolo ne s’imagine pas alors qu’un corps a bien été trouvé, mais à l’extérieur de la bâtisse. Il sera finalement convoqué le dimanche au commissariat pour être entendu.
Le couple n’a pas été retrouvé
La maison ravagée par les flammes était laissée à l’abandon depuis plusieurs dizaines d’années. « De mémoire, elle avait été rénovée et habitée il y a environ une quarantaine d’années, mais plus depuis », raconte un voisin. Ainsi elle était régulièrement squattée, notamment par un couple apprécié du voisinage qui semblait y avoir pris ses quartiers depuis environ cinq ans.
Le matin de l’incendie, l’homme du couple a été vu dans le quartier, ce qui pousse à croire qu’ils occupaient encore la maison ce jour-là. Dans le jardin, les vestiges de leur passage sont encore bien présents comme l’atteste un monticule d’objets délabrés en tous genres stockés : table, fenêtre, escabeau, chariots de supermarché, canettes de bière mais également palettes de bois.
Un témoin passant rue Louise-Pinchon quelques minutes avant Guillaume, raconte, lui, avoir croisé l’homme du couple sortir du jardin et regagner son véhicule à la hâte entre 22 heures et 22 h 15. Il l’aurait salué, mais ce dernier n’aurait pas répondu. Depuis samedi soir, ni le couple, ni leur véhicule n’ont été retrouvés. Dans le voisinage, certains en viennent à se demander si une dispute n’aurait pas mal tourné ? « Ils s’engueulaient quand même pas mal, et buvaient beaucoup… », confie l’un d’eux. Une piste parmi d’autres étudiées par le parquet.
Ces derniers temps, un troisième squatteur avait rejoint le couple mais semblait avoir repris ses distances depuis quelques jours, voire semaines. Il a pu être entendu par les enquêteurs. « C’est une piste qui a été refermée pour l’instant », précise Arnaud Laraize.


