Loan se fera peut-être tatouer un jour un food truck sur la peau. Là où il y aura de la place. Mais l’idéal serait qu’il n’en éprouve pas le besoin. Ce qui serait le signe que ses troubles de la mémoire s’estompent. Depuis son accident de voiture, voilà deux ans, le jeune homme de 25 ans est demandeur d’emploi en situation de handicap, et c’est à ce titre, ce vendredi 16 mai, qu’il a participé aux animations organisées à Puilboreau, par France Travail et ses partenaires, dans le cadre du festival national Utiles.
Quelques minutes après une discussion, il peut ne plus en avoir de souvenirs précis. Une « peur de l’oubli de ce qui compte vraiment » l’a peu à peu envahi et poussé à faire encrer dans sa peau l’inoubliable. Comme ces yeux grands ouverts, sur son avant-bras. « J’ai failli perdre un œil dans l’accident », explique-t-il.
Plusieurs jours passés dans le coma ont laissé des séquelles dont une part n’a pas disparu. Au point de pas pouvoir reprendre son poste dans le restaurant rochelais qui l’employait. « Il faut pouvoir prendre des commandes, tenir la cadence… Et je ne peux travailler que 20 heures par semaine, alors c’est compliqué pour un employeur. Ce que je voudrais maintenant, c’est aller vers la cuisine de collectivité ou passer le Bafa (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur). Mais mon projet, c’est d’avoir mon food truck et proposer des spécialités de l’île de La Réunion. Je ne renonce pas, j’aurai mon food truck ! »

Alain Babaud
En attendant, parmi les animations proposées, il participait ce vendredi à l’atelier Du stade vers l’emploi (DSVE) handicapé organisé sur la pelouse de la Tourtillière. France Travail, Cap Emploi et leurs partenaires assurant l’encadrement administratif, le RC Puilboreau l’aspect sportif. Au programme : quelques exercices rugbystiques le matin, mêlant de manière anonymisée les chercheurs d’emploi et les recruteurs (Alstom, Mc Do Puilboreau, l’avionneur Elixir Aircraft…), pour un contact sans a priori, puis job dating l’après-midi.
« Les sondages montrent que le handicap est parmi les premières causes de discrimination à l’embauche, si ce n’est la première ! »
« C’est le premier DSVE consacré au handicap qu’on organise en Nouvelle-Aquitaine », relève Daniel Dartigolles, le directeur territorial de France Travail. 62 chômeurs ont accepté de participer, de même qu’une petite dizaine de recruteurs potentiels. Avec la volonté réciproque de lever les a priori pour aboutir à des embauches. « Les sondages montrent que le handicap est parmi les premières causes de discrimination à l’embauche, si ce n’est la première ! », pointe Brigitte Passilly, de Cap Emploi.
Une injustice à laquelle le club de rugby puilborain, qui a créé la première équipe adaptée dans le secteur, se montre sensible. « Pour être bien dans sa vie, le plus souvent, il faut un logement et un travail », relève Pierre Souchaud, le président du RC Puilboreau et vice-président de la commission citoyenneté et responsabilité sociétale des entreprises (RSE) de la Ligue. Un principe qui vaut tout autant pour les personnes handicapées que pour les autres. Loan était à Puilboreau, ce vendredi, pour en témoigner.

