Quatorze points à l’ordre du jour, emballés en une heure chrono. Le conseil municipal de Fouras ce mardi 6 mai, aurait été une chambre d’enregistrement sans la dernière question. Enfin un débat autour du sensible projet d’hôtel 4 étoiles, qui remplacerait la maison des associations et le centre de vacances une fois rasés.
Il s’agissait d’ouvrir une procédure de déclaration de projet pour rendre, de façon simple et accélérée, le Plan local d’urbanisme (PLU) compatible avec le futur hôtel. Pour ce faire, il suffit de déclarer le projet d’intérêt général et s’éviter ainsi une lourde révision du PLU.
Intérêt général
Pour prouver cet intérêt général, la municipalité ne s’est pas embarrassée d’études, elle a bâti son propre argumentaire : cet hôtel viendra compenser les fermetures d’hôtels ; il soutiendra l’économie par la stimulation des commerces ; son tourisme d’affaires fera de Fouras une destination à l’année ; il préservera la biodiversité grâce à un espace vert ouvert au public ; il rapportera à la commune via les impôts fonciers et la taxe de séjour ; il permettra la création d’emplois locaux ce qui entre en cohérence avec les 150 logements sociaux en construction favorisant l’installation des salariés. « Il est établi que ce projet présente un caractère d’intérêt général. »
Il ne suffit pas de le dire pour le démontrer et l’opposition l’a bien relevé. « C’est du McKinsey (1) avec tous les éléments de langage pour dire que le projet est parfait ! », s’est exclamé Jean-François Harlet, élu d’opposition. Et de battre en brèche tous les arguments : il n’y a jamais eu autant d’hébergements saisonniers, notamment avec les Airbnb non régulés ; les emplois et les approvisionnements locaux ne sont pas garantis, les grands groupes pouvant avoir leurs équipes et leur centrale d’achat, il faudrait émettre une écoconditionnalité ; nous n’avons pas vu de plan sur la part végétale du projet ; enfin, mettre en relation l’hôtel de luxe avec les logements sociaux, c’est très fort. « Je rappelle que 70 % des Français sont éligibles à un logement social, non réservé à une classe particulière », poursuit Jean-François Harlet.
Coup de théâtre
Les deux autres élues d’opposition (2), Sonia Cailler et Caroline Larroche, tombent de leur chaise : « Dire que cet hôtel est d’intérêt général, c’est fort de café. » Les trois élus de la minorité insistent : « Ne cachez rien aux citoyens, donnez tous les éléments. » Là, coup de théâtre assuré par le maire Daniel Coirier : « Avant la signature du compromis, vous aurez toutes les informations en commission municipale. Ce soir, on vote juste sur une procédure administrative pour réaliser ce genre d’établissement ou autre. »
Ah bon « un autre » ? L’acquéreur du terrain et constructeur ne serait plus le groupe bordelais Victoria Compagnie Financière, présidé par le Fourasin Jacky Audevard ? Daniel Coirier, malgré sa transparence revendiquée, entretient le flou : « On ne signera peut-être pas le compromis avec ce promoteur, ou alors avec lui et un autre. Je les laisserai se présenter et ne donnerai l’information que lorsque j’en aurai la certitude. Je veux du positif sinon, les gens interprètent. »
Vous verrez bien, rien n’est fait, ne cherchons pas à détruire ce qui n’est pas arrêté
Sonia Cailler rétorque, « une information évite les suppositions », tandis que Caroline Larroche s’étonne : « ce ne sera plus le groupe Victoria ? » « Vous verrez bien, rien n’est fait, ne cherchons pas à détruire ce qui n’est pas arrêté », répond le maire. Daniel Coirier a réussi à semer le doute dans la tête de l’opposition, en parlant trop ou pas assez. Logiquement, la minorité, qui était déjà contre ce projet, vote contre la délibération.
(1) Cabinet américain de conseil en stratégie. (2) Empêché, Yann Berret avait donné procuration.
Pourquoi pas l’écoquartier ?
Dans la dernière lettre du maire « Presqu’île », la majorité municipale révèle qu’elle a étudié la possibilité, à la place de l’hôtel 4 étoiles, d’un écoquartier, selon la suggestion de l’opposition. Elle explique pourquoi elle a écarté cette possibilité : espace trop petit ; logements à vendre trop chers ; la vente du terrain à un promoteur rapporterait 998 293 euros à la commune, contre 2,4 millions pour le projet d’hôtel. Commentaire de l’opposition : « Il faut comparer ce qui est comparable. La mairie se contente d’une analyse comptable. Un écoquartier, qui relève de la politique de la Ville, nécessite un investissement, sans se limiter à la vente d’un terrain. Simplement, la majorité choisit le projet qui lui rapportera le plus. » Daniel Coirier a beau dire « je ne braderai pas le domaine communal », l’opposition a des doutes.


