« Il me faudrait un gyrophare ». Comme tous les jours c’est une course contre la montre qui s’enclenche pour Catherine Pasco, transporteuse animalière pour le Marais aux Oiseaux. À partir de 9 heures, les appels s’enchaînent depuis les huit points relais dispersés dans le département. « Quand les gens trouvent un animal blessé, soit ils l’emmènent directement au centre de sauvegarde situé sur l’île d’Oléron, soit on les redirige vers un des huit points relais, souvent plus proches de chez eux. Et du lundi au vendredi, c’est moi qui suis chargée de faire la navette », résume Catherine Pasco.
Lundi 28 avril, trois points relais ont réceptionné des animaux, alors l’ambulancière prend la route depuis l’île d’Oléron. Le premier arrêt se fait à l’Espace nature, situé place Colbert à Rochefort. Une petite chouette effraie chétive a été déposée en début de matinée, elle aurait été attaquée par un autre oiseau. Pas le temps de s’attarder, dans un petit carton, la chouette amorphe est calée à l’arrière du Kangoo aménagé et ventilé, et Catherine reprend la route, direction le parc animalier de La Rochelle.
Une multitude d’espèces
Sur place, c’est une petite ménagerie qui attend l’ambulance : une pie, deux goélands, un hérisson, un pigeon et même une chauve-souris, déposée in extremis par une dame : « On l’a trouvée par terre dans notre buanderie, je crois qu’elle est rentrée par la chatière et qu’elle s’est épuisée en essayant de ressortir. » Catherine attrape le ruban adhésif et entoure le carton du hérisson blessé à la patte, mais très curieux : « Une fois, nous avons dû démonter l’arrière du véhicule pour récupérer un hérisson qui s’était caché », plaisante-t-elle. L’hiver, elle enfile à certaines espèces des petites polaires : « Quand ils sont blessés, les animaux ont très froid généralement ».

Jean-Christophe Sounalet/SO
En cette fin avril, ce n’est pas étonnant de voir autant d’animaux : « C’est la période où la nature se réveille, mais comme ils trouvent de moins en moins à manger, nous récupérons chaque année des animaux de plus en plus amaigris. » Auparavant, la transporteuse de 56 ans travaillait en restauration dans les établissements scolaires de Charente-Maritime. Après un burn-out, elle cherche à se reconvertir et le Département lui propose ce poste au Marais aux Oiseaux. « J’aime beaucoup conduire, quand j’étais petite je voulais être chauffeuse de poids lourds, et j’aime beaucoup les animaux, alors j’ai accepté, raconte-t-elle sur la route. Et puis, c’est assez rare en France qu’un Département investisse dans un centre de sauvegarde. »
« Je me souviens d’un hérisson qui avait été scalpé par un rotofil, c’était horrible, mais je crois que nous avions réussi à le sauver »
À peine le temps de manger un bout que Catherine file à Royan, où un bébé moineau l’attend. À l’arrière du véhicule, on entend les goélands faire du grabuge dans les cartons. « Nous récupérons les espèces sauvages protégées : hérissons, écureuils, échassiers, hérons, cigognes, aigrettes, passereaux, mouettes, goélands, tortues terrestres, rapaces, énumère-t-elle. En cas de doute, les gens peuvent appeler le Marais aux Oiseaux. »
Des blessures parfois fatales
Catherine fait trois à cinq tournées par semaine, selon les besoins. Quand la saison bat son plein, il n’est pas rare qu’elle parcourt 400 ou 500 kilomètres par jour. « Il ne faut pas s’attendre à avoir des horaires fixes. S’il y a un animal à aller chercher en urgence, je le fais. C’est très valorisant de participer à la sauvegarde des espèces. Parfois, les blessures sont très impressionnantes. Je me souviens d’un hérisson qui avait été scalpé par un rotofil, c’était horrible, mais je crois que nous avions réussi à le sauver », raconte celle qui a désormais une chouette effraie tatouée sur le bras gauche.

M. A.
Mais tous les animaux ne peuvent pas être sauvés. Sur les 2 000 spécimens que le Marais aux Oiseaux a recueillis l’année dernière, près de la moitié n’a pas survécu. « Au centre, la soigneuse Catherine Lemarchand travaille avec un vétérinaire, et parfois, ils décident d’euthanasier les animaux. C’est toujours un échec, mais je me dis que c’est mieux que les animaux ne souffrent pas trop, et que mon métier leur permet aussi d’agoniser moins longtemps », confie-t-elle.
Aux alentours de 16 heures, la tournée semble toucher à sa fin, le bébé moineau n’arrête pas de piailler, signe qu’il a faim. « Le plus difficile, c’est la circulation l’été, sur le littoral, pour rentrer sur l’île d’Oléron », observe-t-elle, tout en vociférant contre les conducteurs qui ne respectent pas le code de la route. Catherine dépose les huit « colis » à la soigneuse qui constate les blessures. Une fois soignés, les survivants seront relâchés dans des espaces naturels de l’île d’Oléron.


