De la rue aux galeries : l’Urban Art Fair fête ses 10 ans à Paris

Mar 19, 2026 | Paris

Dès jeudi et jusqu’à dimanche, pas moins de 15.000 personnes sont attendues pour admirer les œuvres de créateurs stars comme Shepard Fairey, dont l’affiche Hope (2008) représentant Barack Obama a fait le tour du monde, ou encore Logan Hicks, dont la photo du métro new-yorkais (berceau de l’art urbain) constitue l’affiche de l’événement… Ces visiteurs découvriront aussi le travail de plasticiens moins connus comme les Français Popay ou Nassyo (voir ci-dessous), « immenses artistes qui n’ont pas encore la reconnaissance qu’ils pourraient avoir sur le marché de l’art », souligne Yannick Boesso, fondateur et directeur artistique de l’Urban Art Fair.

Né dans les années 1960 aux États-Unis (« graffiti writing »), l’art urbain dialogue nécessairement avec l’architecture et le design. « Comme la peinture, l’architecture est une façon de concevoir l’interaction entre l’art et la ville, explique le directeur artistique. C’est pourquoi nous présentons cinq œuvres en volume dans les espaces communs, à commencer par l’Escalier du ciel de Popay qui sera visible comme un phare sur le parvis du Carreau du Temple. »

Naguère considéré comme du vandalisme, le street art est passé en trente ans des façades aveugles de Ménilmontant aux salons hype des bobos, en perpétuelle évolution. Désormais, les artistes s’expriment autant sur les murs que sur les réseaux sociaux, qui donnent une visibilité accrue à leur travail.

Le street art n’est pas un mouvement pictural comme l’impressionnisme.

Yannick Boesso, fondateur et directeur artistique de l’Urban Art Fair

« Ces créateurs deviennent des influenceurs à part entière », remarque Yannick Boesso. Classicisme inspiré de l’Antiquité, abstraction, cubisme, pop art, hip-hop : les influences de l’art urbain sont multiples. « Le street art n’est pas un mouvement pictural comme l’impressionnisme, par exemple, mais il y a des marqueurs visuels forts comme la typographie, la lacération d’affiches », rappelle Yannick Boesso. Depuis une vingtaine d’années, galeristes et maisons de ventes aux enchères manifestent un tel intérêt pour l’art de la rue que « les cotes ont explosé, notamment après la première vente de street art chez Artcurial à Paris en 2006 ; mais depuis le Covid, elles se stabilisent », observe Yannick Boesso.

Si les œuvres originales, les fresques murales de stars comme l’Américain Shepard Fairey, le Britannique Banksy ou le Français Blek le rat, pionnier de l’art urbain dans l’Hexagone, peuvent dépasser les 100.000 euros, la cote des sérigraphies, éditées en plusieurs dizaines d’exemplaires, oscille entre 200 euros pour un talent émergent et 2.000 euros pour un artiste connu. Une œuvre tirée en série limitée à 50 exemplaires aura évidemment plus de valeur qu’une édition « open », dont le nombre de tirages n’est pas limité. « Chacun doit se faire son propre regard », conclut Yannick Boesso, qui conseille d’« acheter au coup de cœur ». 

La star : « Incarnation » de Shepard Fairey

« Incarnation » de Shepard Fairey.
« Incarnation » de Shepard Fairey. (Crédits : Shepard Fairey)

Depuis son fameux portrait de Marianne, hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015, Shepard Fairey, alias Obey, est l’un des street artistes les plus connus au monde ! « Incarnation » (2023), sérigraphie sur panneau de bois qui mêle les techniques du collage, de la peinture appliquée en spray et de la peinture tamponnée avec des pochoirs à motifs, sera présentée au Carreau du Temple. Ce portrait de femme qui serre contre sa poitrine un énorme œillet rouge tout en fixant le spectateur dans les yeux n’est pas une déclaration d’amour mais… « symbolise, selon Shepard Fairey, une posture protectrice envers la santé environnementale ».

Le très haut : L’« Escalier du ciel » de Popay

Installé l’été dernier à la Banne d’Ordanche (Puy-de-Dôme), « L’Escalier du ciel » (2025) sera monté dès jeudi sur le parvis du Carreau du Temple. Lorsqu’ils auront gravi les marches de ce drôle d’escalier en acier corten très coloré, les visiteurs, juchés à 3 mètres de hauteur, auront une vue imprenable sur le square du Carreau du Temple. Conçue comme un pont imaginaire entre la nature et la ville, cette installation invite à « prendre de la hauteur, changer de perspective et prendre le temps de la contemplation », selon Popay, créateur de l’ouvrage avec Willy Vermote et Frédéric Flerit. Âgé de 54 ans, Popay vit et travaille à Felletin (Creuse).

Le toit du monde : « Hôtel Vertigo » de Nassyo

« Hôtel Vertigo » de Nassyo.
« Hôtel Vertigo » de Nassyo. (Crédits : Très Estelles)

Clin d’œil à Alfred Hitchcock, « Hôtel Vertigo » (2025) est une sérigraphie très colorée représentant un grand immeuble haussmannien d’angle avec ses cheminées. « C’est un bâtiment labyrinthique, en transe et festif », décrit son auteur, Nassyo, 51 ans, dont les murs de l’atelier à Belleville (Paris 20e) sont couverts de photos d’immeubles. Dans son œuvre, qui joue sur le surréalisme, l’artiste s’est dessiné en chat, « souvenir de [s]a période monte-en-l’air où [il] montai[t] sur les toits la nuit façon Belmondo pour faire des graffs », confie l’intéressé, tout en précisant n’avoir pas le vertige.

Un prophète : « Milton II – Diogenes » de Swoon

« Milton II – Diogenes » de Swoon.
« Milton II – Diogenes » de Swoon. (Crédits : Swoon)

Swoon, de son vrai nom Caledonia Curry, vit à Brooklyn, où cette artiste figurative de 49 ans, rarement exposée en France, est connue pour ses portraits de sans-abri, comme cette œuvre de 2017 très dessinée : « Milton II – Diogenes » (sérigraphie et gouache acrylique sur papier fait main). Avec sa longue barbe et ses rides très marquées, son bâton et son sac sur le dos, le sans-logis de Swoon a des airs de prophète ! « De par les couleurs et les silhouettes, le style de cette artiste emblématique de Brooklyn est reconnaissable entre tous », souligne Yannick Boesso, directeur artistique de l’Urban Art Fair.

Un clic qui claque : « Les autres c’est nous » d’Oli

« Les autres, c'est nous » d'Oli.
« Les autres, c’est nous » d’Oli. (Crédits : Oli)

Drôle de Photomaton que cet appareil baptisé « Les autres c’est nous » et imaginé par le rappeur Oli : après la prise de vues (gratuite), la machine recrache non pas vos portraits d’identité, mais ceux d’inconnus passés avant vous dans la cabine ! « Dès lors, pour peu que vous recherchiez son propriétaire, la photo devient une sorte de témoin permettant de créer du lien entre des inconnus », explique Oli (du groupe Bigflo et Oli), qui présente pour la première fois à Paris cette installation créée en 2024 pour le Musée imaginaire d’Oli aux Abattoirs à Toulouse. Libre à vous de repartir avec la photo ou… de l’afficher sur le mur des inconnus !