Les dix spectacles à ne pas rater à Paris en ce moment

Mar 14, 2026 | Paris

Comme chaque mois, « Le Point » vous aide à faire votre choix dans la multitude de pièces à l’affiche.

L’actualité est morose ? C’est le moment d’aller au théâtre. De Dostoïevski à Schopenhauer en passant par Lagarce, Victor Hugo et Juliette Drouet, les pièces que nous vous avons sélectionnées en ce mois de mars vous proposent des textes solides qui ne sont pas exempts d’humour.

Pour ceux qui souhaiteraient davantage se divertir, nous y avons mêlé des spectacles chantés et dansés qui n’excluent pas de réfléchir… Suivez le guide.

« Les Nuits blanches » ★★★★

C’est l’histoire d’un fonctionnaire, un peu rêveur, qui tombe éperdument amoureux d’une jeune femme rencontrée par hasard à l’abribus. Seul problème : la belle Nastenka attend un autre homme… Notre héros parviendra-t-il à lui faire oublier ce mystérieux rival ? Existe-t-il vraiment d’ailleurs, cet homme dont elle dit s’être éprise lorsqu’il a emménagé chez sa grand-mère ?

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Ronan Rivière adapte pour la scène le texte de Dostoïevski, traduit par Ely Halpérine-Kaminsky. Une réussite ! © (DR)

Quatre nuits durant, à la lumière d’un sinistre lampadaire, ces deux êtres solitaires vont partager leurs rêves mais aussi leurs craintes. Ces échanges vont conduire à un inévitable rapprochement. Mais sera-ce suffisamment pour faire oublier l’autre ?

La réussite de ce spectacle tient à l’extrême simplicité du dispositif. Dans un décor tout droit sorti d’un film soviétique (signé Antoine Milian), les deux personnages voient leurs dialogues ponctués par des airs de Rachmaninov, joués au piano par Olivier Mazal. Laura Chetrit campe une Nastenka vibrante et involontairement cruelle face à un Ronan Rivière, interdit et confus. C’est gracieux, c’est slave à souhait. On applaudit.

Au Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, Paris VIe, jusqu’au 5 avril.

« Les règles du savoir vivre dans la société moderne » ★★★★

« Si l’enfant naît mort, est né mort, il faut quand même, tout de même, déclarer sa naissance… » Voilà pour la première règle, a priori peu réjouissante. Mais Catherine Hiegel l’a édictée d’un ton si détaché, telle une baronne vous expliquant de quelle manière utiliser vos couverts à poisson, que le public éclate de rire. Et le rire ira grandissant, une règle après l’autre, chaque étape de notre existence, de la naissance à la mort en passant par l’apothéose du mariage, étant normé par ce protocole énoncé comme un mode d’emploi ménager.

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Catherine Hiegel sur la scène des Bouffes parisiens

En 1992, le dramaturge Jean-Luc Lagarce transformait un véritable manuel de savoir-vivre, signé d’une certaine baronne Staffe, en un texte théâtral jubilatoire. Catherine Hiegel, magistrale dans cette mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo, en communique comme jamais la drôlerie et l’obscénité, obnubilée jusqu’à la folie par les déclarations à l’état civil, le placement de table, la taille du bouquet de fiançailles et la couleur des habits de deuil. En une 1 h 15, une vie passe, ordonnée, bienséante, conforme. Vide à vous flanquer le vertige. Ou un fou rire libérateur…

Au théâtre des Bouffes parisiens, 4 rue Monsigny, Paris IIe, jusqu’au 26 juin 2026.

« Barber Shop » ★★★

Connaissez-vous le « Barbershop » ? Ce style de chant a cappella est né dans les échoppes de barbiers américains dans les années 40. Un drôle de quatuor vous propose de découvrir ce genre musical méconnu à travers un show irrésistible.

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Marie-Cécile Robin-Heraud, Xavier Vilsek, Clémence Paquier, Guillaume Nocture (en alternance avec Damien Dufour) proposent un irrésistible tour de chants comiques. © (Paul Robin)

Sur scène, Marie-Cécile Robin-Heraud, Xavier Vilsek, Clémence Paquier et Guillaume Nocture (en alternance avec Damien Dufour) entonnent avec virtuosité des mélodies entrées dans le répertoire, via les génériques d’émissions aussi populaires que Sesame Street.

Ces airs entraînants, dotés de paroles (en français) souvent désopilantes, sont interprétés avec grand talent par cette bande de joyeux drilles. Lesquels glissent avec malice des sketchs entre chaque numéro chanté et dansé. Un spectacle burlesque de grande qualité, mis en scène par Sophie Forte.

À l’Essaïon, 6, rue Pierre-au-Lard Paris IVe, jusqu’au 22 avril.

« Je(s) » ★★★★

Traduire la musique en mouvements chorégraphiques et vibrations visuelles… telle est l’ambition du chansigne, une fascinante discipline artistique que nous proposent de découvrir la metteuse en scène Jennifer Lesage-David et la comédienne Emmanuelle Laborit à travers un spectacle inclassable.

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Emmanuelle Laborit interprète en langue des signes des tubes très rock sur une musique interprétée par Patrice Rabillé : un concert chansigné mêlant clips vidéo et performances « live ». © (Mathilde Monier)

Les deux femmes ont adapté en langue des signes une douzaine de tubes de Mickey 3D, Eddy de Pretto et Trust mais aussi des chansons écrites par Emmanuelle Laborit, elle-même. Sur scène, le musicien Patrice Rabillé les interprète en live tandis qu’Emmanuelle, en livre la version « signée ».

L’interprète a un gilet connecté aux enceintes pour lui permettre de rester synchronisée à la mélodie. Ses gestes disent les paroles que les spectateurs peuvent suivre sur un écran derrière. Très vite, cependant, on lâche ce support pour s’attacher uniquement aux mouvements du corps et du visage d’Emmanuelle Laborit qui, sans un mot, par la seule grâce de ses mouvements chorégraphiés révèle le sens profond de ces chansons. Une manière d’entendre différemment la musique.

* À l’International Visual Theatre (IVIT): 7 cité Chaptal, Paris IXe, du 19 mars au 4 avril.

« Juliette » ★★★★

Elle aurait pu être l’une des plus grandes comédiennes de son temps. Juliette Drouet sacrifia sa carrière au théâtre au nom de son amour pour Victor Hugo. Repérée par l’écrivain lors d’une lecture du rôle de la princesse Négroni dans Lucrèce Borgia, l’actrice devint sa maîtresse en 1833. Elle le suivit en exil, d’abord à Jersey puis à Guernesey avant d’être, à son tour, trompée. C’est l’histoire de cette femme que raconte ce seul en scène séduisant.

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La pièce, tirée du roman consacré par Patrick Tudoret à Juliette Drouet, est joliment portée par Marie Lussignol (photo) qui en assure la mise en scène. Et Marguerite Kloeckner, en alternance. © (Mathieu Delacourt)

Incarnée par Marie Lussignol (et Marguerite Kloeckner en alternance), Juliette Drouet se raconte au public comme si elle écrivait ses mémoires. Cette manière habile d’adapter le roman Juliette de Patrick Tudoret (paru aux éditions Tallandier, en 2020) fait l’originalité de ce spectacle qui restitue la passion dévorante de cette femme pour le poète. Bien plus qu’une simple passade, cette relation devait durer un demi-siècle et donner lieu à une correspondance tumultueuse de plus de 20 000 lettres.

Au théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins, Paris VIIIe, jusqu’au 25 mai.

« Kabarett » ★★★

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Les élèves du studio ESCA (École Supérieure des comédiens et coméciennes par l’Alternance) revisitent la comédie musicale « Cabaret » ! © (Laurent Schneegans)

Paris, 2032. La France sombre lentement dans la dictature. À Pigalle, le sulfureux « Kabarett Klub » peine à survivre dans un climat de violence généralisée. Les artistes de cette revue anticonformiste se heurtent de plus en plus à la censure.

Leur cabaret va-t-il disparaître sous la tyrannie des extrêmes ou devenir un lieu de résistance ? Paul Desveaux qui codirige avec Tatiana Breidi l’École supérieure des comédiens et comédiennes d’Asnières (Studio ESCA) a demandé à Joris Mugica de revisiter la mythique comédie musicale de Bob Fosse…

Servi par d’excellents musiciens (Emiliano Begni et Marc Chalosse), ce spectacle révèle une distribution de jeunes et prometteurs comédiens (Charlotte Bombana, Ambre Brisset, Suzanne Dauthieux, Nicolas Dépée-Martin, Jade Désirée, Titouan Garbay, Abigaëlle Janssens-Rivallain, Blaise Jouhannaud, Ayşe Kargili, Victor Letzkus-Corneille et Néhémie Kokodé).

Au studio-théâtre ESCA, 3, rue Edmond Fantin, Asnières, jusqu’au 29 mars.

« L’Art d’avoir toujours raison » ★★★

Deux universitaires issus du Groupe Interdisciplinaire de Recherche pour l’Accession aux Fonctions Électorales (la GIRAFE) prétendent avoir trouvé un moyen infaillible pour permettre aux politiques de gagner les suffrages de leurs concitoyens. Ils exposent cette recette dans le cadre d’une fausse conférence, en forme de clin d’œil au livre de Schopenhauer, paru en 1864, qui offre son titre à cette pièce.

Le texte de Sébastien Valignat et Logan de Carvalho décortique de manière maligne les concepts sociologiques auxquels recourent les communicants pour imposer le discours de leurs poulains (fenêtre d’Overton, biais du faux consensus, technique de la triangulation). Les comédiens Maïa Le Fourn et David Guez le disent avec ce qu’il faut d’ironie cinglante pour que les stratégies marketing de nos gouvernants nous fassent rire (là où elles pourraient nous faire pleurer).

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Les comédiens Maïa Le Fourn et David Guez incarnent sur scène deux débatteurs qui testent l’efficacité pratique des 38 préceptes philosophiques de Schopenhauer contenus dans son livre « l’Art d’avoir toujours raison ». © (DR)

Une expérience théâtrale aussi intelligente que divertissante. À voir avant ou après avoir voté aux élections municipales de dimanche pour comprendre comment on élabore un programme convaincant, comment on peut circonvenir ses opposants et par quels biais séduire les hésitants.

Au théâtre Tristan Bernard, 64 rue du Rocher, Paris VIIIe, jusqu’au 30 mai.

Mais aussi (toujours à l’affiche)

« La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob »

Auréolé par le succès de sa précédente pièce, Du Charbon dans les veines, Jean-Philippe Daguerre se risque à raconter sur scène un fait divers oublié. L’histoire de Danielle Cravenne qui prit en otage les 110 passagers d’un avion qui assurait la liaison Paris-Nice, le 18 octobre 1973. Un geste fou pour un mobile tout aussi délirant : elle demandait l’annulation de la sortie des Aventures de Rabbi Jacob !

Au théâtre Montparnasse, Paris XIVe.

« Notre histoire (se répète) »

Jana et Stéphane décident de rejouer le spectacle qu’ils avaient créé en 2020. Une pièce qui décrivait leur rencontre amoureuse et les difficultés qu’ils avaient dû surmonter pour fonder un foyer. Elle, d’origine germano-tchèque, petite fille d’un nazi. Lui, juif séfarade, hanté par la Shoah. Seul problème : depuis les massacres commis par le Hamas le 7 octobre 2023, tout a changé ! Cette pièce traite avec acuité et tact les déchirements intimes d’un couple mixte face à la tragédie en cours au Moyen Orient.

Au Musée national de l’immigration (dans le cadre du Grand Festival), Paris XIIe, du 17 au 22 mars.

« Amadeus »

Vienne, le 2 novembre 1823. Le compositeur Antonio Salieri, ancien protégé de l’empereur Léopold II, est au soir de sa vie. Ami de Gluck et de Haydn, le musicien sombre dans la folie. Il s’accuse d’avoir assassiné Mozart… La rumeur se met aussitôt à courir dans la ville. La pièce de théâtre de Peter-Shaffer est efficacement mise en scène par Olivier Solivérès. Elle est, surtout, servie par une étincelante distribution : Jérôme Kircher (impérial Salieri), Thomas Solivérès (extravagant à souhait en Mozart), Éric Berger (Léopold II).

Au Théâtre Marigny, Paris VIIIe.