« Ce n’est pas qu’une question esthétique » : pourquoi ces deux statues emblématiques du centre-ville d’Aix-les-

Mar 11, 2026 | Aix-les-Bains, Chambéry

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« Mais où sont passées nos statues ? » Depuis le 20 janvier, plus d’un passant du centre-ville d’Aix-les-Bains s’est posé la question. Après la disparition, il y a des mois, de celle d’un joueur de flûte qui enchantait la place Carnot depuis plus de 30 ans du haut de sa fontaine, voici que le buste de la reine Victoria, érigé en 1924 sur la place voisine du Revard, s’est lui aussi comme envolé, vers une destination inconnue.

« Cela faisait déjà un moment que les Aixois ne pouvaient plus voir leur joueur de flûte sur sa fontaine, car il était littéralement tombé dedans », explique Delphine Miège, responsable du service « Ville d’art et d’histoire » de la cité thermale. « Sa structure métallique interne a lâché à cause de l’érosion du temps. Quant à celle du buste de la reine Victoria, elle était déjà tellement abîmée qu’elle serait tombée, elle aussi, à plus ou moins brève échéance ».

Deux situations d’urgence absolue qui avaient contraint les services du patrimoine à évacuer l’instrumentiste au musée archéologique de la ville, et sa Majesté « Queen Victoria » à être enlevée de son socle fin janvier. Avant d’être tous les deux envoyés début février se refaire une beauté dans le laboratoire de restaurateurs d’œuvres d’art.

C’est à Lyon, dans le laboratoire de Gaëlle Giralt, conservatrice restauratrice en œuvres d’art et d’archéologie en métal, qu’ont atterri les deux « grands malades » aixois. De grands… et vieux malades. Au moins en ce qui concerne le buste de la reine Victoria, dont on connaît parfaitement l’histoire. Érigé en 1924, le monument célèbre les séjours de la souveraine britannique à Aix-les-Bains entre 1885 et 1890. Exécuté par le sculpteur chambérien Mars Vallet et fondu par la maison Leblanc et Barbedienne, à Paris, il trônait depuis, presque sans discontinuer (excepté pour une brève restauration en 1985), sur la place qui jouxte la mairie.

Jusqu'au 20 janvier dernier, date de son enlèvement par les services de la ville, le buste de la souveraine britannique trônait depuis 1924 du haut de son socle à près de deux mètres de hauteur sur la place du Revard.
Jusqu’au 20 janvier dernier, date de son enlèvement par les services de la ville, le buste de la souveraine britannique trônait depuis 1924 du haut de son socle à près de deux mètres de hauteur sur la place du Revard.

© Ville d’Aix-les-Bains

On a moins de certitude en revanche, en ce qui concerne l’histoire du « joueur de flûte » de la cité thermale. « Le vrai nom de cette œuvre, d’auteur inconnu, est en fait : ‘Le joueur de pipeau' », confie la responsable aixoise, après consultation de son fichier. « On est sur une fonte en bronze et laiton, c’est du moins ce que la restauratrice a déterminé. La statue orne la vasque métallique de la fontaine depuis 1994 seulement. Mais comme c’est un achat de la Ville à un antiquaire, il date forcément de bien avant. Vu le style, je dirais que sa création remonte au XIXe siècle ».

Fragilisé dans sa structure interne, ses joints d’assemblage avec son support métallique complètement érodés, le musicien, dont l’apparence juvénile a longtemps pu faire illusion, a finalement été trahi par son grand âge. « Sa position au-dessus d’une fontaine lui a valu énormément de dépôts de calcaire qu’il va falloir nettoyer », explique Edith Szafran, responsable des collections artistiques de la ville. « Et puis, sur sa surface, il y a énormément de coulures qui donnent de grandes différences de couleurs d’oxydation. Il va donc falloir homogénéiser son aspect, et bien sûr consolider sa base et remplacer ses attaches à la fontaine par des matériaux inoxydables ».

Environ deux mois de soins seront nécessaires au restaurateur du musicien pour lui redonner une nouvelle vie et préserver sa nouvelle patine grâce à une cire protectrice. Soins presque à l’identique, mais un peu moins étalés dans le temps, pour sa majesté la « Queen Victoria ». Moins de soucis sur la structure du buste. Mais un grand nettoyage est, là aussi, prévu.

« Son aspect de surface, très encrassé, finissait par ne pas être très esthétique », poursuit Edith Szafran. « Des traces noirâtres, des zones d’oxydation vert de gris vont être traitées. Mais ce n’est pas qu’une question esthétique : les altérations de surface empêchent aussi de lire les volumes de la sculpture. Une restauration, c’est aussi une opportunité pour mieux apprécier l’œuvre dans son ensemble ».

Un nouveau visage du buste aixois de leur reine, que les sujets actuels de sa majesté ne pourront qu’apprécier. Eux qui, dans les traces de leurs ancêtres de la « Belle Epoque », sont encore nombreux et ô combien actifs dans la cité thermale des bords du lac savoyard.

« C’est une statue qui a encore un rôle important dans la ville« , explique encore Delphine Miège. « Tous les ans, à la date anniversaire de la reine Victoria [le 24 mai, NDLR], les membres d’une association du patrimoine britannique se rassemblent sur la place du Revard, autour du monument qui lui est dédié. Avec l’Église anglicane Saint-Swithun, l’hippodrome, le golf, les premiers courts de tennis, le club nautique, le tir aux pigeons : ce sont autant de témoignages de l’histoire de la ville ».

Seule entorse à la mémoire, non pas de la reine, mais de son buste en bronze : sa couleur d’origine. Le bronze, patiné à l’origine comme il est de coutume pour ce matériau en « vert florentin », avait été doré plusieurs décennies après son installation.

« Cela aurait pu être de la dorure à la feuille d’or, mais on a fait une étude préalable et on s’est aperçu que ça n’était pas le cas », explique encore la responsable des collections de la ville. « C’était en fait un décapage qui a été pratiqué, à la suite duquel on a appliqué un vernis. Un traitement de surface dont la nature n’a pas été identifiée. »

Une fois enlevé le vieux verni, un produit de protection, en conformité avec les protocoles et la déontologie des restaurateurs d’œuvres d’art, sera appliqué sur le royal buste. Mais sans pour autant qu’il retrouve sa couleur verte initiale.

« C’était un choix qui s’offrait à nous de soit, la laisser en doré, telle que le public actuel l’a toujours connue, ou revenir à sa couleur verte d’origine », expose Edith Szafran. « On aurait pu opter pour ce deuxième choix, puisque l’on est certain que cette statue a eu cette patine verte à un moment donné ».

Un second choix qui aurait nécessité davantage de recherches encore. Notamment, pour définir quel type exact de vert arborait à l’origine le buste de sa majesté la reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, du Canada, d’Australie, mais aussi Impératrice des Indes.

« On compare souvent le travail de restaurateur d’art à celui de chirurgien ou médecin. Comme en médical, on observe, on diagnostique, on pronostique et enfin, on définit un traitement adapté à chaque cas de figure : il n’y a jamais un remède miracle ! »

Pas de miracle donc, attendu d’ici sept à neuf semaines, sur les deux places où les deux statues doivent reprendre place. Mais un retour en fanfare dès la fin avril pour le buste de la reine Victoria : célébration de son anniversaire en mai oblige ! Et plus discrètement, courant mai, pour la statue d’un « joueur de pipeau », au mieux de sa forme et de son art.