“Je est un nous” : Laurent Mauvignier ouvrira Atlantide 2026, à Nantes

Fév 21, 2026 | Nantes

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Au cœur de la programmation : des littératures qui empruntent aussi bien les chemins de la fiction que ceux de l’essai, de la poésie ou du polar, tout en laissant place au roman plus traditionnel. Un fil commun se dessine : faire du festival une série d’aires de rencontre où se croisent débats littéraires et questionnements sociétaux.

Nantes comme terrain de rencontres, Le Lieu Unique comme cœur battant

Durant l’événement, les auteur·ices sillonnent la ville pour aller à la rencontre du public. Au Lieu Unique, présenté comme le « poumon du festival », les formats se multiplient : grandes rencontres, conversations, rendez-vous avec les scolaires, lectures et séances de dédicaces.

Le site accueille aussi une librairie portée par l’association Les Libraires Complices de Nantes, au rythme des dédicaces, tandis que le bar devient un lieu d’échanges pour tables rondes et conversations « au plus près » des auteur·ices et des lecteur·ices. À l’étage, le salon de musique se prête aux discussions multilingues, avec traduction simultanée annoncée pour le public. Dans la cour, un « cabinet de curiosités » expose plus de 400 objets offerts au fil des éditions par les auteur·ices invité·es : des « talismans » pour aborder autrement leurs univers.

Le festival est annoncé entièrement gratuit et ouvert à tous·tes : lecteur·ices assidu·es comme occasionnel·les, adultes et enfants. En parallèle du Lieu Unique, plus de trente rendez-vous sont annoncés dans des lieux variés (extérieur, médiathèques, librairies, maisons de quartier, maisons de retraite, prison, hôpital, partenaires culturels), pour un total de plus de 80 rencontres dans 20 lieux d’accueil, dont une soixantaine au Lieu Unique.

Du désordre social aux identités en mouvement

Parmi les « thématiques phares », plusieurs ensembles structurent les échanges et dessinent une cartographie littéraire du monde contemporain : crise des institutions, identités en recomposition, passions intimes traversées par la violence sociale.

Dans le désordre des sociétés

Ici, la fiction s’empare des rouages du pouvoir et des failles des organisations humaines. Institutions gangrenées, tentations de transgression, arrangements moraux : les récits interrogent ce qui, dans nos sociétés, vacille.

Le grand détournement réunit Cristian Fulaș, Arno Bertina et Nedjma Kacimi autour d’organisations sociales dévoyées et de personnages pris dans leurs contradictions.

Good cop, bad cop, avec Yonathan Sagiv, DOA et Ahmet Altan, traverse des territoires allant de Tel-Aviv à la Turquie pour explorer les zones troubles du pouvoir contemporain.

Refuser l’ordre du monde donne à entendre des luttes sociales racontées par la fiction : figure féministe inspirante, poésie contre une société de castes, satire des dérives du capitalisme, avec Hélène Aldeguer, Arno Bertina et Jacinta Kerketta.

Pouvoirs corrompus examine les liens entre argent et autorité, et pose une question directe au public : la fiction dépasse-t-elle la réalité ? Cristian Fulaș, DOA et Nedjma Kacimi confrontent leurs visions.

Identités en mutations

Exil, guerre, mémoire, héritages coloniaux : ces rencontres mettent en lumière des personnages façonnés par les déplacements et les fractures de l’histoire.

Identités hybrides aborde la culture d’origine transplantée sur un continent inconnu, la traversée de l’Europe pour fuir la guerre ou la construction de soi en France dans un paysage collectif morcelé. Katia Belkhodja, Abdelaziz Baraka Sakin et Rouda croisent leurs expériences narratives.

L’après-choc colonial, avec Blaise Ndala et Nedjma Kacimi, interroge les violences héritées du passé et leurs répercussions dans le présent.

Entre deux mondes questionne la reconstruction après la colonisation, l’identité des personnes exilées, la mémoire et la réparation. Katia Belkodja et Alain Mabanckou y confrontent leurs perspectives.

Passions subversives

À côté des grandes tensions politiques, Atlantide laisse aussi place aux secousses intimes : amour, amitié, désir, fuite.

Écrire l’emprise amoureuse explore l’amour comme vertige, pouvoir et tentative de contrôle, avec Ahmet Altan, Jenny Erpenbeck et Sheena Patel.

Écorché·es met en scène des relations sous tension — amitié étouffante, couple fragile, fratries déchirées — avec Victor Dekyvère, Ariana Harwicz et Rouda.

Terre brûlée entraîne le public dans des récits de cavale et de refus de se conformer, où la révolte a un prix, avec Ariana Harwicz, Gonçalo M. Tavarès et Victor Jestin.

N’oubliez jamais revient sur la guerre, la vengeance et la réparation comme obsession, avec Abdelaziz Baraka Sakin, David Diop et Mirinae Lee.

Trois temps forts

Au-delà des tables rondes, trois rendez-vous structurent le festival.

Vendredi 20 mars : la leçon inaugurale « Je est un nous »
Laurent Mauvignier ouvre le festival avec une réflexion sur « la place du collectif dans la fiction ». Son intervention interroge la construction traditionnelle du roman, souvent hiérarchisée autour d’un personnage central, et imagine un « roman horizontal », où chacun·e pourrait exister pleinement sans être relégué·e au second plan.

Le natif de Tours a reçu le Prix Goncourt pour La Maison vide. Avant lui, la leçon inaugurale a été confiée à Nancy Huston, Antoine Compagnon, Emmanuelle Bayamack-Tam, Mohamed Mbougar Sarr ou Souleymane Diamanka.

Samedi 21 mars : soirée contre la censure

Conçue en partenariat avec le PEN Club français, la soirée contre la censure prend place au bar du Lieu Unique. Elle se déploie en deux temps : une rencontre avec une autrice censurée et une lecture de textes censurés en langue originale par des auteur·ices invité·es.

Cette année, Nour Elassy est à l’honneur. Écrivaine et journaliste palestinienne née à Gaza, elle publie ses premiers poèmes sur Instagram en plusieurs langues. Après un déplacement forcé en 2023, elle obtient une licence en littérature française et anglaise à l’Université Al-Azhar de Gaza, puis poursuit un master en sciences politiques à l’EHESS à Paris. Ses textes paraissent dans des médias comme Mediapart, AOC ou Le Funambuliste. En 2025, Annie Ernaux cite ses paroles dans un texte lu face caméra.

Le PEN Club français, fondé en 1921, défend la liberté d’expression et les auteur·ices, journalistes, éditeur·ices ou traducteur·ices menacé·es à travers le monde. L’organisation compte aujourd’hui près de 150 centres et est accréditée auprès de l’UNESCO.

Dimanche 22 mars : lecture de clôture

La comédienne, réalisatrice et metteuse en scène franco-suisse Laetitia Dosch propose une lecture de quatre extraits :

Le Ciel est immense de Feurat Alani
Les 8 vies d’une mangeuse de terre de Mirinae Lee
La Maison vide de Laurent Mauvignier
Mon vrai nom est Elisabeth d’Adèle Yon

Formée au théâtre, Laetitia Dosch s’est imposée au cinéma avant de passer derrière la caméra avec Le Procès du chien. Elle est annoncée à l’affiche de La Maison des femmes.

Un festival tourné vers la jeunesse et les familles

Atlantide accorde une place importante aux publics scolaires, de la maternelle au lycée. Près de 600 élèves étudient en classe un roman ou un album avant de rencontrer l’auteur·ice pendant le festival et de voter pour le Prix Bermond-Boquié.

Lectures illustrées pour les plus jeunes, rencontres avec les auteur·ices sélectionné·es, échanges autour de romans abordant l’adolescence ou les luttes féministes : la programmation jeunesse prolonge les grandes questions du festival dans les classes et les familles.

Des lectures illustrées seront notamment proposées aux écoles primaires les jeudi 19 et vendredi 20 mars autour de Navid et la grande ourse d’Anne-Sophie Dumeige (Actes Sud jeunesse, 2024), avec des dessins réalisés en direct par Marta Orzel.

Le vendredi 20 mars, les élèves participent à une rencontre avec les auteur·ices sélectionné·es pour le Prix Bermond-Boquié 2026 :

On ne dit pas sayonara d’Antonio Carmona
Un amour de tronçonneuse de Colin Thibert
Timide comme un lion de Camilla Chester
À l’écoute de Thomas Gornet

Le même jour, des échanges sont également prévus avec Insa Sané autour de Mon ex, ma mère et moi (classes de 4e et 3e) et avec Coline Pierré autour du Silence est à nous (lycéens), en partenariat avec le Prix des lycéens des Pays de la Loire.

Côté familles, une lecture illustrée de Navid et la grande ourse est programmée le jeudi 19 mars à 18h30 à La Libre Usine, à Nantes. Un atelier mêlant écriture et jeu, Le jeu du destin, est proposé le samedi 21 mars à 15h, avant la remise du Prix Bermond-Boquié, prévue le dimanche 22 mars à 15h.

Ci-dessous, le programme détaillé du festival Atlantide 2026 :

Crédits photo : Festival Atlantide

Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com