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Il y a chez Mathilde Albouy quelque chose qui ressemble au délice d’une conversation silencieuse avec le danger. À 28 ans, cette sculptrice parisienne transforme les objets du quotidien en créatures ambivalentes, à mi-chemin entre la caresse et la morsure. Ses œuvres semblent murmurer « fais-moi confiance », mais peut-on vraiment ? De son univers nourri notamment par la science-fiction féministe, elle tire une poésie capable de défaire les archétypes. En témoignent ses premiers travaux, avec ses peignes et épingles : en les surdimensionnant, elle fait surgir une violence contenue, une ambiguïté entre contrôle et tendresse, totems hiératiques et tension érotique tant les matériaux ont été polis, veloutés, au point qu’on ne peut s’empêcher de vouloir les toucher.
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Mathilde Albouy est diplômée de l’École nationale des arts décoratifs
À la Galerie Derouillon, l’artiste présente « Lucky you », qui explore de nouvelles métamorphoses. Sculptures murales en bois laqué noir, remplies de cire, courbes Art nouveau… Elles pourraient être des fenêtres endeuillées, mais on ne sait plus très bien si nous les observons depuis l’extérieur ou si nous en sommes prisonniers. À côté se trouve un carrousel sans chevaux, à moins qu’il ne s’agisse d’une piste de pole dance pour strip-teaseuse. Plus loin, l’excellence de son savoir-faire – Mathilde est diplômée de l’École nationale des arts décoratifs – se déploie sur un délicat paravent… percé de judas, comme si nous étions sous surveillance constante. Après tout, qui peut encore être certain de son intimité ? Dans chaque matière, la mémoire de ce que l’objet fut et le pressentiment de ce qu’il pourrait devenir. En nous offrant sa fiction, Mathilde Albouy propose un autre chemin où la beauté n’est jamais innocente. Derrière ces surfaces laquées se cache peut-être un marécage où l’on pourrait se noyer…
« Lucky you », Galerie Derouillon (Paris IIe), jusqu’au 14 février. L’artiste est également présente dans l’exposition collective « Beyond our Horizons : de Tokyo à Paris », jusqu’au 26 avril, à la Galerie du 19M (Paris XIXe).
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