La Saint-Valentin, date rêvée ce samedi pour rouvrir un tranquille petit musée encore méconnu, même s’il fait le bonheur d’Instagram depuis quelques années, grâce aussi à son jardin et à son salon de thé. Après un chantier de 3,8 millions d’euros, financé par la Ville de Paris (qui en a la gestion depuis 1981), des entreprises et des particuliers, cette maison-atelier bourgeoise du XIXe siècle revit 16 rue Chaptal, au coeur du quartier de la Nouvelle Athènes (9e), près de Pigalle.
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Une pépite préservée et revalorisée qui permet, comme le musée Antoine Bourdelle à Montparnasse, de voyager gratuitement dans le temps et de se replonger dans le bouillonnement artistique du Paris romantique. Là où sont notamment passés Géricault, Ingres, Delacroix, Chopin, Liszt ou Lamartine…
Entretien avec Gaëlle Rio, conservatrice générale du patrimoine et directrice du musée de la Vie romantique.
Quelle était l’idée de cette rénovation ? Complexe car il n’existe aucune archive sur l’intérieur du lieu à l’époque.
L’idée majeure était la restauration de la maison – charpente, toiture, façades – avec certaines techniques traditionnelles de l’époque. Nous avons ainsi retrouvé la couleur originelle des enduits des façades de tous les bâtiments du site, et celle des menuiseries. C’est la couleur brun-beige que nous pouvions voir sur un tableau représentant la maison du temps d’Ary Scheffer, et cette couleur était celle qu’il voyait avec les Romantiques quand ils venaient dans cette maison-atelier d’artistes.
Les volets n’étaient par exemple pas verts mais brun-beige (transformés au fil du temps) et on se replonge aussi dans le caractère des villas italiennes de style néo-Renaissance du XIXe siècle.
C’est vraiment un retour aux origines dans un souci de préservation du lieu et de cet esprit patrimonial.

On entre dans la maison d’un artiste avec un environnement préservé mais enrichi. Avec notamment, à l’étage, quatre grands thèmes romantiques déclinés dans autant de salles : la nature et le paysage, la force des sentiments, l’inspiration littéraire et l’imaginaire fantastique.
C’est une maison musée puisque nous n’avons pas de strass, du décor tel qu’il était à l’époque d’Ary Scheffer Nous avons voulu évoquer un décor romantique et donc la muséographie est au service d’un propos scientifique, d’un nouveau parcours des collections permanentes. Et nous avons voulu ce décor riche, confortable, accessible pour tous les publics.
Des moyens de médiation sensibles permettent désormais d’appréhender le mouvement culturel et artistique du romantisme et d’incarner aussi cette idée de la fraternité des arts, ces relations entre la peinture, la musique, la littérature. Ary Scheffer aimait peindre en écoutant du piano. Donc la personne qui visite le musée de la Vie romantique peut admirer des tableaux, mais aussi des objets d’art posés sur du mobilier patrimonial, tout en écoutant des compositeurs, compositrices romantiques comme Liszt, Pauline Viardot, ou écouter aussi des extraits de textes littéraires dont sont inspirés les tableaux.

Vous souhaitez également faire redécouvrir le propriétaire des lieux, car auparavant George Sand prenait le pas dans le musée. Même si elle reste présente.
Bien sûr, George Sand est toujours là. Elle fait partie intégrante de nos collections. Mais la première personnalité qui accueille le visiteur est Ary Scheffer, puisque c’est le premier habitant des lieux. Et il est aussi un témoin incroyable de ce Paris romantique, incroyable par son œuvre picturale bien sûr, par sa création, mais aussi incroyable par sa capacité à attirer, à accueillir des artistes autour de lui. Et donc, c’est un lieu à la fois de vie, de création, mais aussi de sociabilité. Cette maison est le témoin de cela.
Avec des nouveautés exposées.
Oui, nous exposons 300 œuvres dans ce nouveau parcours, contre 285 précédemment. Nous exposons une quinzaine de nouveautés, comme Un concert à l’atelier (1847), une huile sur toile de Charles Valfort, parce que ce sont des acquisitions récentes, parce que nous avons aussi sorti des œuvres des réserves. Nous avons restauré plus de 70 œuvres et je pense qu’on voit mieux les collections. Il n’y a plus de mise à distance, et on a un accès direct, immédiat aux œuvres.



