Par
Fabien Hisbacq
Publié le
On ne connaît pas la date précise de la création de la ville d’Albi. Même si la première mention de « Civitas albigensium » date de 406, ce qui pourrait signifier que la préfecture du Tarn fête cette année 2026 ses 1620 ans… Ce qui est sûr c’est qu’un autre Albi fête seulement ses 50 ans. Et il se trouve sur la planète Mars.
C’est en effet en 1976 qu’un petit bout du Tarn a fait son apparition sur la planète rouge… Comment est-ce possible ? On vous explique…
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Un cratère d’un peu plus de 9 km de diamètre
Tout d’abord, quel est ce lieu ? C’est un cratère de 9,07 km de diamètre, dont on peut trouver la localisation précise ici. Il se situe dans le quadrangle d’Argyre, une région définie par des latitudes comprises entre 30º et 65º S et des longitudes comprises entre 300º et 360º E. Et s’il s’appelle Albi, c’est bien en référence à la ville du Tarn.
Il faut d’abord savoir que pendant longtemps, sur Mars comme ailleurs dans le système solaire, les noms des lieux n’obéissaient à aucune logique particulière. Les découvreurs les baptisaient d’un nom, tandis que d’autres continuaient de les appeler autrement, selon les pays. Seulement voilà, avec la multiplication des explorations spatiales et les progrès technologiques en matière de cartographie, il devenait urgent de définir des règles communes dans le monde entier.
C’est la mission qui a été attribuée au Working Group for Planetary System Nomenclature (WGPSN) au début des années 1970. C’est un groupe chargé d’ériger une nomenclature fiable de tous les éléments extraterrestres connus sous l’égide de l’Union internationale astronomique (UAI).
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Des règles complexes
Et comme il y avait un très grand nombre de lieux à nommer (ou renommer), des règles précises ont été fixées. Qui doivent convenir à tout le monde. Du coup, la sélection des noms par le WGPSN doit être la plus équitable possible. Aucun pays ou groupe ethnique ne doit se sentir lésé… De même, aucun nom ayant une signification politique, militaire ou religieuse ne peut être utilisé, à l’exception des noms de personnalités politiques antérieures au XIXe siècle. Enfin, quand il s’agit de noms de personnalités, il faut qu’elles aient une « réputation internationale élevée et durable ». Et qu’elles soient mortes depuis au moins trois ans…
Bref, c’est un casse-tête. Mais un casse-tête organisé. Car on nomme les lieux selon leurs catégories. Par exemple, pour les cratères de Mercure, on utilise des noms d’artistes, de musiciens, de peintres et d’auteurs.
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Des petites villes pour les petits cratères
Quant aux cratères de Mars… C’est là qu’on comprend d’où vient l’appellation « Albi ». Le thème des petits cratères martiens (moins de 60 km de diamètre) est « Petites villes et villages du monde avec une population d’environ 100 000 habitants ou moins », précisait ainsi en 2023 à Actu Occitanie, Tenielle Gaither, géologue et gestionnaire de base de données adjointe pour le Gazetteer of Planetary Nomenclature.
« Le but de ce thème est d’avoir une représentation internationale des noms ; les membres du groupe de travail sur Mars ont travaillé collectivement pour compiler une liste représentative de noms du monde entier, et ces noms ont été sélectionnés au hasard dans l’Atlas géographique national du monde », ajoutait Tenielle Gaither.
Le cratère martien « Albi » a donc bien été nommé ainsi en référence à la ville tarnaise. Mais il garde sa part de mystère. Si l’on sait que la validation de son nom date d’une réunion de 1976 au cours de laquelle une grande quantité d’autres dénominations ont été validées, ce choix n’a aucune autre explication. Un savant originaire de la ville ? Un amoureux du Tarn ? « Nous n’avons aucun document indiquant qu’une personne spécifique a proposé le nom d’Albi pour Mars », assurait Tenielle Gaither à Actu Occitanie.
Mais cet hommage au Tarn reste une rareté, les références à la France n’étant pas si fréquentes parmi les milliers de noms utilisés dans l’espace.
Pierre de Fermat a aussi son cratère
Par ailleurs, notons que si le peintre albigeois Toulouse-Lautrec n’a pas encore trouvé sa place auprès de Cézanne, Monet et Renoir, qui ont droit à leur cratère sur Mercure, on trouve tout de même d’autres petits bouts de Tarn au-dessus de nos têtes. Grâce à Pierre de Fermat. Le mathématicien né dans le Tarn-et-Garonne et mort dans le Tarn, qui a enseigné à Toulouse, est honoré par un cratère de 37,7 km de diamètre sur la Lune depuis 1939.
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La Pérouse sur la Lune
Et surtout, un autre homme illustre du Tarn se retrouve dans l’espace : La Pérouse. L’explorateur Jean-François de Galoup, comte de La Pérouse, a son cratère sur la Lune depuis 1935, et il mesure plus de 80 km de diamètre !
Pour les curieux, le Gazetteer of Planetary Nomenclature contient la base de données de tous les noms des caractéristiques topographiques sur les planètes et les satellites (et certains systèmes d’anneaux et d’anneaux planétaires) que l’Union astronomique internationale a nommés et approuvé depuis sa fondation en 1919.
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