« Absalon, Absalon ! » à Montpellier : un spectacle total de cinq heures complètement dingue, et génial !

Fév 13, 2026 | Montpellier

Invitée conjointement par le Domaine d’O et le théâtre des 13 Vents, Séverine Chavrier redonne « Absalon, Absalon ! », son prodigieux spectacle total d’après Faulkner.

Naissance, descendance, décadence, sénescence d’une nation… Présenté en ouverture du Festival d’Avignon 2024, où il avait fait sensation, Absalon, Absalon ! crée l’événement depuis mardi, et encore jusqu’à ce vendredi à Montpellier, au Domaine d’O, qui le co-accueille avec le Théâtre des 13 Vents.

Adaptation du roman de William Faulkner que l’on disait inadaptable, ce spectacle total, virtuose, dingue, étourdissant d’invention(s) et d’ambition(s), est une plongée sans oxygène dans la psyché tourbée, tourmentée, d’une Amérique patriarcale et capitaliste, obsédée par le mythe de sa propre pureté.

À l’épicentre de ce tremblement de chairs et d’os, chahutant l’histoire et la narration depuis l’avant-guerre de Sécession jusqu’à la Grande dépression : Thomas Sutpen, petit blanc du Sud ségrégationniste, inculte et revanchard, qui en quelques années (et tout seul, il va sans dire : on est en Amérique), devient le plus gros planteur de coton du coin. Craint comme un ogre, mais pas respecté comme un puissant, par la bonne société, il doit se débrouiller de l’injonction sudiste à la pureté de la lignée quand bien même ce métissage interdit s’avère inévitable. Rise and fall, rage et folie, le rêve américain n’a-t-il jamais été autre chose qu’un cauchemar autophage, incestueux et fratricide ?

Il faut un sacré talent, pour ne pas dire du foutu génie, pour rendre compte au plateau de la complexité du monde, fût-il le Nouveau, dans toutes ses dimensions. Aidée par une troupe d’artistes comédiens à l’engagement total, Séverine Chavrier pousse cinq heures durant (avec deux pauses de vingt minutes, ça passe facile) tous les potards à fond de son art de la scène proprement holistique.

Les corps, les musiques, les danses, les décors, les lumières, les images, les textes, les sons, mais aussi les styles, les registres, les tonalités, les humeurs… tous chez elle participent au tout, et contribuent dans leur métissage tout à la fois halluciné et raisonné, à une réflexion vertigineuse qui ne dépasse pas l’entendement mais au contraire l’incite à se dépasser. On finit cramé et ébloui.