« Comment ne nous a-t-il pas vus ? » : huit mois avec sursis pour le chauffeur poids lourd coupable d’homicide involontaire en Charente-Maritime

Fév 6, 2026 | Royan

Pilote prudent

Cette avant-dernière journée d’août 2024, le programme est simple. Thierry Lenormand, 60 ans, et son épouse accueillent chez eux un couple d’amis. François Holderbaum et le sexagénaire sont liés d’amitié depuis leurs 19 ans. « Thierry devait aller à La Rochelle pour acheter des accessoires pour sa nouvelle moto, il m’a emmené avec lui, explique le vieux copain, ce jeudi à la barre. Pour moi, c’était mon baptême de moto. Il m’a tout de suite rassuré. Il ne roulait pas vite, on s’entendait pour parler. »

Il a juste eu le temps de répondre : « Oh merde, c’est trop tard »

Le duo roule paisiblement sur la D 117, limitée à 80 km/h, direction le nord. À 15 h 31, le 26 tonnes conduit par le Marennais arrive au stop de la route de Royan. Salarié chez Eurovia, le quadragénaire, derrière un volant depuis trois décennies, s’arrête très précisément 13 secondes. « Je voulais tourner à gauche, raconte-t-il à la barre. J’ai laissé passer deux véhicules sur ma gauche, une autre voiture à droite, et je me suis engagé. » Sauf que, sur sa gauche, Thierry Lenormand et son passager arrivent. « J’ai vu monsieur fixer la voiture arrivant de la droite, il ne l’a pas lâchée du regard, insiste François Holderbaum. J’ai dit à Thierry : « Le chauffeur ne nous a pas vus. » Il a juste eu le temps de me répondre : « Oh merde, c’est trop tard. ». »

Tests négatifs

La moto percute l’avant droit de la cabine du poids lourd, déjà bien engagé. Thierry Lenormand, éjecté, heurte le panneau de signalisation de l’autre côté de la route, avant d’atterrir dans le fossé. Son passager, sur le bas-côté. « J’entendais mon copain qui gémissait de douleur, témoigne son compère. Je lui ai dit : « T’inquiète, je suis là, je suis vivant. » Comment ne nous a-t-il pas vus dans une cabine à deux mètres de haut, alors que nous étions sur une ligne droite ? »

L’intéressé le répète : « Je n’ai aucune idée, je ne peux pas l’expliquer. » Aurait-il été frappé de cécité attentionnelle, comme le suggère le président de l’audience ? « Dans votre esprit, vous ne pensez qu’aux voitures et pas au reste. » Thierry Lenormand décède des suites de ses blessures. Son ami, lui, est polytraumatisé sur tout le flanc droit de son corps. Ce jour-là, aucun des protagonistes de ce drame de la route n’avait consommé quoi que ce soit. Tous les tests se sont révélés négatifs.