C’est une histoire qui débute avant Versailles, avant que Louis XIV ne fasse bâtir son palais de tous les excès. Le jeune monarque a 30 ans, et vit encore dans ce qui est alors la résidence officielle des rois de France : le palais du Louvre. Le bâtiment, qui commence seulement à prendre la forme qu’on lui connaît actuellement, comporte une vraie prouesse d’architecture renaissance : la Grande Galerie qui relie alors le vieux château du Louvre au nouveau palais des Tuileries (depuis détruit). Cette galerie imposante de 440 mètres de long construite sous le règne d’Henri IV abrite aujourd’hui les chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne, les Raphaël, de Vinci et autre Michel-Ange, parmi tant d’autres.
Le plus grand tapis du monde
Mais bien avant de devenir la plus grande salle du plus grand musée du monde, et d’accueillir les maîtres italiens, la Grande Galerie devait servir de vitrine prestigieuse au monarque français. Des projets d’aménagement, elle a en connu de nombreux. Celui commandité par Louis XIV est probablement l’un des plus impressionnants. Le « Roi Soleil », comme il aimait se faire appeler, commande un vaste ensemble de 92 tapis pour recouvrir les 4000 m² de la pièce. C’est bien simple, l’histoire n’a jamais vu, ni avant ni après, un si vaste ensemble de tapisseries. Mis bout à bout, ils auraient formé le plus grand tapis du monde.
Chaque pièce, de 9 mètres de large, est dessinée par l’artiste favori du roi, Charles Le Brun, futur décorateur de Versailles et créateur de la fameuse galerie des glaces. Il dessine les « cartons », modèles préparatoires, qui permettent aux manufactures des Gobelins et de la Savonnerie, les plus prestigieuses de France, de réaliser le tissage titanesque. Il faudra vingt ans pour réaliser ce projet colossal, entre 1668 et 1688. « Une prouesse artistique et technique jamais vue auparavant. » précise le Grand Palais.
Des œuvres oubliées
Oui, mais voilà, en 1688, Louis XIV et sa cour ont depuis longtemps déménagé à Versailles, où le souverain meurt en 1709. Le Louvre est largement délaissé, et les tapisseries n’y seront simplement jamais installées ! Elles sont remisées jusqu’à la Révolution, puis dispersées, vendues, découpées, parfois détruites. Et leur trace se perd dans les méandres de l’histoire pendant des années. Ce n’est que sous Napoléon que certaines pièces sont retrouvées, et petit à petit rassemblées au fil du temps.
La dernière acquisition a eu lieu en 2024, lorsqu’un fragment de la 50ᵉ tapisserie est retrouvé par le Mobilier national, l’institution qui gère et préserve le mobilier historique ou officiel de l’État français. Actuellement, 41 tapis ont été retrouvés sur les 92 d’origine, et 33 sont entiers. Jusqu’à aujourd’hui, cet héritage impressionnant n’avait jamais été montré au public.
Pour ce faire, il a fallu trouver un endroit à la mesure de l’ensemble. La Grande Galerie du Louvre étant bien occupée, c’est dans la monumentale nef centrale du Grand Palais, à quelques centaines de mètres du Louvre, qu’une trentaine de tapis ont pris place il y a quelques jours. Et cet ensemble exceptionnel attire déjà les curieux, venus admirer le savoir-faire des hommes et femmes ayant tissé, patiemment, durant 20 ans, ces milliers de m².
Cependant, si vous voulez vous aussi admirer ces chefs-d’œuvre, il faudra vous hâter vers Paris, car les tapis, fragiles, ne sont exposés que pour une durée très courte. L’exposition ferme déjà ce 8 février ! En plus des tapis prévus pour la Grande Galerie, le Grand Palais expose aussi 4 des 13 tapis créés pour la Galerie d’Apollon, autre salle du Louvre qui a défrayé la chronique après son cambriolage en octobre dernier.


