Arsenal art contemporain accueille Éternelle Notre-Dame. Ce divertissement offert sur le mode de la présentation en réalité virtuelle est consacré à la plus célèbre cathédrale du monde.

Casque sur la tête, écouteurs vissés aux oreilles, chacun est pris par la main par un guide virtuel afin de parcourir sommairement les huit siècles d’histoire de ce monument détruit en 2019 par un incendie. Conçue, comme plusieurs autres spectacles du genre, par le studio français Excurio, cette déambulation propose d’observer en situation des « compagnons du devoir », ces artisans anonymes voués à édifier ce chef-d’œuvre de la chrétienté.

Présentée pour la première fois à Paris en 2022, Éternelle Notre-Dame a attiré plusieurs centaines de milliers de visiteurs dans différentes villes à travers le monde. À Montréal, elle s’inscrit dans une programmation où des propositions du même type — notamment Un soir avec les impressionnistes : Paris 1874 — ont rencontré un succès public en périphérie d’expositions plus classiques. Ces événements attachés à la logique du divertissement répondent à l’évidence à une logique de fréquentation.

De l’histoire

On peut observer dans cette pérégrination virtuelle les cloches détruites à la Révolution française, des portions de la cathédrale moins connues, les immenses vitraux, les différents réaménagements de l’espace en un temps où les messes se multipliaient pour répondre à la demande. Le tout est présenté à un rythme soutenu. Attention à ceux qui éprouvent du vertige : les montées et les descentes dans la structure offrent des surprises.

Chaque journée vouée à l’édification de Notre-Dame voyait se côtoyer près de 80 corps de métier différents. Le compagnon bâtisseur qui sert de guide aux visiteurs suit un fil narratif destiné à structurer un parcours qui se veut à la fois historique, sensoriel et pédagogique. L’ouvrage monumental était planté au cœur même de la ville lorsqu’il est commencé vers 1163 sous le patronage de l’évêque Maurice de Sully. On croise l’architecte Viollet-le-Duc de même que les artisans de la renaissance de Notre-Dame.

Depuis quelques années, étant donné le développement des possibilités de la réalité virtuelle, l’approche sur laquelle s’articule Éternelle Notre-Dame s’est révélée comme un outil de médiation ludique qui suscite de l’engouement dans la mesure où il demande un investissement d’attention plutôt maigre de la part des visiteurs. Notre-Dame, partiellement fermée au public pendant le long chantier de sa reconstruction, se prête peut-être mieux à ce type d’approche que plusieurs autres projets du genre.

Quelle « expérience » ?

Toutes ces présentations virtuelles qui se disputent un même public font en commun l’usage martelé du mot « expérience ». Un terme omniprésent aussi dans le discours commercial. À force d’être appliqué indistinctement à des œuvres artistiques, des dispositifs pédagogiques et des produits de consommation, le mot « expérience » fonctionne surtout comme un outil de communication. Avec Notre-Dame de Paris, la réalité virtuelle permet une immersion intéressante, mais elle tend aussi à lisser les aspérités du récit, à condenser des siècles de transformations complexes en séquences lisibles, parfois au détriment de la nuance, en suggérant un récit linéaire relativement consensuel.

Une proposition d’immersion virtuelle, portée par une dimension spectaculaire, ne permet pas de mieux appréhender la complexité historique ni de remplacer le travail de médiation du musée classique. Ne sont pas au rendez-vous ici le silence, la lenteur et la patience qu’exige d’ordinaire la rencontre avec le patrimoine culturel.

L’illusion de proximité — marcher dans la cathédrale, toucher la pierre, survoler ses voûtes, croiser ses artisans et des personnages historiques — peut ainsi donner le sentiment d’une compréhension intime, alors qu’il s’agit avant tout d’une mise en scène narrative, soigneusement scénarisée et calibrée dans l’œil d’une technologie dont on mesure vite ici les limites.