La prothèse en polypropylène lui a été posée le 28 février 2022 en prévention « d’une hernie étranglée », comme lui avait exposé son chirurgien viscéral. « Ça m’a été très bien vendu », s’agace la mère de famille de 47 ans, qui habite aux Essards, au milieu de la Charente-Maritime. Après des mois de souffrance, de…
La prothèse en polypropylène lui a été posée le 28 février 2022 en prévention « d’une hernie étranglée », comme lui avait exposé son chirurgien viscéral. « Ça m’a été très bien vendu », s’agace la mère de famille de 47 ans, qui habite aux Essards, au milieu de la Charente-Maritime. Après des mois de souffrance, de rendez-vous médicaux entre La Rochelle et Bordeaux, elle a pu se faire retirer la prothèse en décembre 2025 mais en se déplaçant à Paris. Ce retrait est loin de signifier délivrance. Un nerf avait été cousu dans la cicatrice. Les dommages sont irréversibles.

Séverine Joubert / SO
Les deux femmes se soutiennent et invitent à « ne surtout pas rester seul »
Sophie Duquesne, 47 ans, de Bourcefranc-le-Chapus, n’a pas la possibilité d’une opération. « Je suis inopérable car trop à risques. » Hors de question pour autant de se résigner. Elle continue à chercher une porte de sortie à ses douleurs qui la tenaillent du bas-ventre aux jambes.
Les deux femmes ont fait connaissance en 2025, via les récits rapportés sur le groupe Facebook, « Victimes françaises de prothèses de hernie », créé en 2023 par Arnaud Denis. Voici quelques jours, le comédien et dramaturge parisien de 42 ans a rendu publiques ses démarches pour se faire euthanasier en Belgique. Les deux Charentaises-Maritimes ont décidé de s’appuyer sur l’avocat toulousain Me Debuisson pour mener une action collective.
Convaincue par le discours
Sophie Duquesne a été opérée le 23 mai 2024, « à gauche et à droite » après un parcours médical déjà difficile, dû à la présence de lésions cancéreuses sur le col de l’utérus. Elles ont abouti à une hystérectomie totale, en novembre 2023, et à des complications avec un œdème. C’est dans ce contexte qu’elle passe le 23 février 2024 une première échographie qui révèle une hernie inguinale à droite. D’autres examens en montreront une seconde à gauche.

Séverine Joubert / SO
Comme Sabrina Masson, elle a été convaincue par le discours du corps médical. « On m’a dit qu’un étranglement de la hernie m’attendait si je ne faisais rien. J’avais signalé que j’avais une maladie auto-immune et un terrain inflammatoire. » Toutes deux certifient n’avoir jamais été informées des risques éventuels. « Au contraire, on nous disait que c’était pour éviter une hernie étranglée, ça faisait peur », relate Sabrina Masson, qui avait planifié une embolisation de fibromes présents dans l’utérus, avant la pose du filet. « En six semaines, ça devrait être réglé et je pouvais reprendre le travail. »
Une semaine et demie après l’opération, Sabrina Masson peine « à marcher. Je ne pouvais pas étendre ma jambe. Dans les escaliers, chaque marche était un enfer. » Le contact sur la peau de la zone opérée est impossible. Lorsqu’elle retourne voir son chirurgien, six semaines plus tard, le professionnel de santé lui assure que « c’est normal ». Sabrina Masson accepte bon gré mal gré cet avis parce que « je sais que je suis longue à cicatriser ».
« J’ai tout perdu »
Les antidouleurs n’y font rien. Son état de santé empire. « Je souffrais jour et nuit. Quand je me couchais, c’était comme si j’avais un bout d’élastique qui me manquait dans la jambe droite. » Elle retourne voir son chirurgien. « Jamais, la pose de la plaque n’a été remise en cause. Le chirurgien m’a dit d’être patiente et a osé dire que parfois, la cicatrisation peut prendre dix-huit mois ! » Entre errance médicale et solitude, Sabrina Masson passe d’avis en avis. Les douleurs seraient d’ordre gynécologiques, neurologiques. Elle consulte un algologue qui l’oriente vers un chirurgien à Paris. Lequel évoquera la piste d’un « nerf génito-fémoral sectionné, irrité ou cousu dans la cicatrice ».
« Ma vie a été volée, personnelle, intime, professionnelle », est en colère Sabrina Masson, mère de quatre enfants et jeune grand-mère. À ses côtés, Sophie Duquesne peine à retenir ses larmes. « Après l’opération, j’ai eu une douleur vive insupportable sur le côté droit. J’avais un œdème sur le pubis. On m’a aussi dit que c’était ma spondylarthrite. Mais je sais que ce n’est pas maladie. Je suis restée quatre semaines assises sur mon canapé ; je me douche assise sur une chaise. »


