PARIS : Culture – Un roman audacieux imagine la partition politique de la France

Jan 20, 2026 | Paris

À trois mois des élections municipales, Marie-Catherine Bernard publie une satire politique explorant une scission géographique radicale du pays entre droite et gauche.

Alors que la France entame son marathon électoral en ce début d’année 2026, les clivages idéologiques n’ont jamais semblé aussi prononcés. C’est dans ce contexte de tension latente que paraît aux éditions Spinelle un ouvrage singulier, mêlant humour et prospective sociétale. Intitulé « Et si on coupait la France en deux ? », ce roman d’anticipation signé Marie-Catherine Bernard pousse la logique de la polarisation à son paroxysme : et si, pour avoir la paix, on séparait physiquement les électeurs ?

Une farce démocratique née d’une boutade

L’intrigue nous projette au printemps 2034. Lors d’une « cousinade » à Bourges, les débats s’enflamment entre convives venus des quatre coins de l’Hexagone. Excédée par les disputes, la doyenne de la famille, Mamy Jeanne, 100 ans, lance une provocation : « Et si on coupait la France en deux ? À l’Ouest les gauchistes, à l’Est les réacs ».

Ce qui ne devait être qu’une plaisanterie de fin de repas devient, par la force d’un emballement médiatique et politique incontrôlable, un projet de société concret. L’autrice dépeint avec une ironie mordante la mécanique qui conduit à cette partition : des « idiots utiles » aux sondeurs dépassés, en passant par la « vengeance du dernier gaulliste », c’est toute la chaîne de décision démocratique qui est passée au crible.

L’intime au cœur du politique

Experte en concertation citoyenne et en débats publics depuis plus de vingt ans, Marie-Catherine Bernard ne sort pas ce scénario du néant. Elle s’appuie sur une observation fine des dynamiques sociales. « J’ai voulu capturer ces moments où la politique n’est plus une affaire d’experts, mais de discussions animées entre cousins, voisins, amis ou collègues », explique-t-elle.

Une enquête menée par l’autrice auprès de 130 proches confirme d’ailleurs la centralité de ces échanges : 80 % des sondés affirment parler politique en famille, souvent de manière passionnée. Le roman agit ainsi comme un miroir grossissant de nos propres repas dominicaux, où l’affection familiale se heurte parfois violemment aux convictions partisanes.

Un laboratoire sociologique à ciel ouvert

Au-delà de la farce, l’ouvrage interroge les conséquences concrètes d’une telle sécession. L’autrice imagine l’exode des travailleurs pauvres vers l’Ouest, la conquête de l’Est par les entrepreneurs, ou encore le dilemme des couples divorcés vivant de part et d’autre de la frontière idéologique.

Le roman se distingue enfin par sa structure interactive. Face à cette France scindée, le lecteur est invité à arbitrer l’avenir de la nation en choisissant parmi six fins possibles. Une manière ludique de rappeler que, fiction ou réalité, le dernier mot revient toujours au citoyen.