Les opérations de déménagement des quelques 120 000 œuvres du Centre national d’art et de culture se sont achevées fin 2025, par le décrochage de l’emblématique portrait qui était suspendu tout en haut du Forum, le grand hall d’entrée : Hommage à Georges Pompidou composé de 38 profilés d’aluminium, ce célèbre portrait de cinq mètres réalisé en 1976 par le maître de l’Op art, Victor Vasarely.
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Il ne reste plus que du mobilier technique et de bureau et le personnel des ateliers, soit une vingtaine d’employés à « sortir » de « Beaubourg » d’ici la fin du premier trimestre 2026. Toutes les collections sont à l’abri, stockées dans des réserves en Ile-de-France ou en prêt, avant le coup d’envoi du vaste chantier de rénovation.
Les opérations commencent concrètement en ce début d’année 2026 par l’installation pour les compagnons des entreprises chargées des travaux d’une base vie sur le fameux parvis en pente douce : « la piazza » inaccessible pour le public depuis le 12 janvier et bientôt clôturée par des palissades, avant la mise en place des échafaudages sur la façade au mois d’avril, pour très longue phase de désamiantage.
Connu pour sa forte identité visuelle, pour ses escalators extérieurs et ses énormes tuyaux colorés, le bâtiment iconique créé par les architectes Renzo Piano et Richard Rogers restera complètement fermé jusqu’à sa réouverture attendue à l’automne 2030.
Sans qu’il ne soit question de dénaturer ou de toucher à la singularité de l’immense structure composée d’acier, de verre et de béton, le projet de rénovation, accompagné d’une inscription au titre des monuments historiques, prévoit aussi d’en respecter « l’ADN originel qui est la pluridisciplinarité ».
Entretien avec Laurent Le Bon, le président du Centre Pompidou.

C’est le début du chantier, un chantier extraordinaire avec tout un tas de changements, pour que le bâtiment soit moderne comme il l’a été à sa construction ?
Le chantier va commencer à la fin du déménagement, il faut le préciser. Il y avait une énorme opération de déménagement, avec une nécessité de trouver un emploi pour tout le monde. Personne n’a été licencié. Chacun des agents a trouvé un nouveau métier, parfois une nouvelle localisation.
Les travaux de 2026 vont commencer avec une modernisation, mais d’abord et avant tout par l’installation d’une bâche chantier et les opérations de désamiantage. Et c’est après, dans les années 2027, 2028 et 2029, qu’on va restructurer de l’intérieur, parce qu’il faut déjà changer la façade. Il faut un peu désosser tout ça pour pouvoir reconstruire à l’intérieur, avec une nouvelle climatisation, une nouvelle sécurité, une nouvelle agora qui permettra effectivement d’offrir un équipement culturel unique au monde.
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Quel est ce projet ? Il s’agit de tout changer ?
Je dirais même plus, il faut tout changer pour que rien ne change ou il ne faut rien changer pour que tout change, en hommage à la célèbre phrase du film Le Guépard. L’extérieur du bâtiment sera plus magique que jamais, avec une meilleure accessibilité, une meilleure sécurité, une meilleure protection climatique. Et à l’intérieur, chaque mètre carré des 120 000 m2 sera nouveau. J’espère qu’on pourra renouveler l’admiration qu’avaient nos premiers visiteurs en 1977. Ils ne s’attendront peut-être pas à voir un bâtiment complètement métamorphosé de l’intérieur.
« Le sous-sol va être transformé en une immense plateforme pluridisciplinaire »
Le sous-sol, notre ancien parking pour autocars, va être transformé en une immense plateforme pluridisciplinaire un peu unique en Europe : 10 000 m2, avec cinéma, théâtre, salle d’exposition. Et effectivement, étage après étage, toujours un renouvellement de la proposition avec comme cerise sur le gâteau, une nouvelle terrasse au septième étage ouverte sur Paris.

Cette nouvelle terrasse, c’est vraiment l’élément inédit du projet ?
Non, c’est l’élément peut être le plus surprenant parce qu’elle était là et que personne ne la connaissait. Mais je crois qu’elle reflète au contraire tout l’esprit du projet, c’est-à-dire une éthique de la sobriété, faire avec l’existant. On ne rajoute pas un étage, on ne rajoute pas une nouvelle aile, on ne rajoute pas un nouveau bâtiment. On fait avec ce qu’on a, mais on le magnifie.
La terrasse ne sera pas l’apothéose, mais la fin du parcours parce que quand on aura vu dans les étages les grands chefs d’œuvre de l’art moderne, quand on aura vu une des plus belles bibliothèques du monde, je crois qu’on aura aussi passé des bons moments.

C’est tout changer à l’intérieur pour une réouverture en 2030 avec un extérieur à peu près identique, mais plus transparent ?
Quasiment identique et respectueux des valeurs de Renzo Piano et de Richard Rogers. C’est une métamorphose totale de l’intérieur pour une enveloppe extérieure qui reste ce qu’elle est, mais plus transparente, avec plus de clarté, plus de lumière. Richard Rodgers nous a quittés, mais Renzo est en pleine forme. Il vit à quelques mètres d’ici.
« Une enveloppe extérieure plus transparente, avec plus de clarté, plus de lumière »
Le Centre, c’est son enfant. Il vient nous voir tous les jours ou presque quand il est à Paris. Il est très vigilant et effectivement, il essaye d’améliorer ce qu’il n’avait pas pu réaliser en 1977, comme la transparence, la clarté. Et Renzo est très soucieux de son dessin originel. Et c’est ça qu’on a voulu protéger aux monuments historiques, la première fois pour un bâtiment de moins de cinquante ans avec un architecte vivant.
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Et pour rendre l’extérieur du bâtiment plus transparent, il faut une nouvelle qualité de verre, il faut une nouvelle climatisation, il faut changer la piazza. Ce sont de petits détails, mais qui feront que le “Grand tout” sera absolument innovant.
C’est un projet de rénovation technique et en même temps un projet culturel ?
Le projet culturel associé à cette rénovation technique, ce sont les deux matrices du Centre Pompidou 2030. C’est tout d’abord une équipe d’architectes au pluriel, avec le couple franco-japonais Moreau Kusunoki et l’architecte mexicaine Frida Escobedo qui dialoguent avec l’ensemble des équipes du Centre et d’un établissement du ministère de la Culture, l’Oppic. C’est un énorme collectif qui est à la base, et après ce sont évidemment des interactions du quotidien pour créer un projet : deux ans de travail pour rédiger le programme et ensuite un concours. Et aujourd’hui, on peut se lancer dans le chantier.
« Utiliser ces grands plateaux comme des plateformes de tous les possibles »
Le Centre Pompidou a été pensé par Piano et Rogers comme une machine à rêves. Chaque plateau ne porte aucun élément structurel et dans leur esprit, tous les dix ans, il fallait le changer. Et donc là, on y est. Il aura fallu attendre cinquante ans. On peut utiliser ces grands plateaux comme des plateformes de tous les possibles. C’est un des enjeux majeurs, c’est-à-dire que le bâtiment a toujours été marqué par des circulations tout à fait exceptionnelles, mais il y aura encore plus de fluidité, avec un meilleur accès au niveau -1 et un meilleur accès aux étages.

Avec la même ambition pluridisciplinaire ?
Là, vous touchez au cœur du projet. On respecte notre ADN originel qui est la pluridisciplinarité. Aujourd’hui, beaucoup nous ont copiés. Mais ce modèle d’une machine où il y a à la fois une bibliothèque, un théâtre, un cinéma, un restaurant, un musée, tous ensemble pour nous faire voir le monde différemment était vraiment très, très inédit en 1977.
On aurait pu tout mettre à la poubelle et partir sur un tout autre projet, mais on s’est dit non, c’est vraiment ça qui fait que nous sommes différents, que nous sommes uniques dans notre pays. Et c’est là-dessus que nous avons voulu capitaliser.

Comment ce projet pharaonique est-il financé ?
C’est un projet qui est effectivement coûteux, mais quand on le rapporte au nombre de mètres carrés, il devient beaucoup plus juste. Le bâtiment fait 120 000 m2 et le budget est d’environ 460 millions d’euros. Je remercie la puissance publique parce que sans elle, nous n’aurions pas pu lancer ce projet.
« L’État finance 280 millions d’euros et nous a demandé de trouver 180 millions d’euros' »
L’État, avec le ministère de la Culture en fer de lance, finance 280 millions d’euros. Et pour faire tout le projet, L’État nous a demandé de trouver le reste, 180 millions d’euros. Nous avons la chance d’avoir déjà réuni 100 millions d’euros, grâce à la la contribution pour moitié de l’Arabie Saoudite. Il nous restera donc à trouver environ 15 % du budget, soit 80 millions d’euros dans les cinq prochaines années. Beaucoup d’argent effectivement, mais accessible.
Ces partenariats à l’étranger et les mécénats jouent un rôle important ?
Oui, bien sûr. Aujourd’hui, nous sommes dans un financement mixte public-privé. Et c’est évident que les partenariats avec nos Centres Pompidou à l’étranger sont un point fondateur de nos ressources propres.
2026 est une année phare pour le Centre Pompidou, puisque nous avons trois inaugurations : en mai à Séoul, en novembre à Bruxelles et avant la fin de l’année à Massy. C’est, je crois, la première fois dans l’histoire de notre pays qu’une même institution culturelle ouvre trois nouveaux lieux.
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Et vous comptez donc protéger Beaubourg en l’inscrivant au titre des monuments historiques ?
Le souhait d’inscrire le Centre Pompidou au titre des monuments historiques, effectivement, va dans le sens de ce respect de l’enveloppe, de ce respect du dessin de Renzo Piano et de Richard Rogers. C’est tout simplement une protection, c’est-à-dire qu’on ne pourra pas modifier le bâtiment sans avoir l’autorisation du ministère de la Culture.
A la demande de Renzo, nous avons pu aller au bout de cette aventure qui, je crois, sera très intéressante parce que cela va nous permettre aussi de réfléchir à ce qu’est la conservation d’un monument du XXe siècle. Et lorsqu’on a une inscription au titre des monuments historiques, la loi en France permet d’avoir aussi des ressources avec notamment, par exemple, des bâches publicitaires qui financeront la rénovation.
Pourquoi cette fermeture globale ? Elle était nécessaire ?
La fermeture globale était indispensable. Le bâtiment devenait dangereux avec des chutes de divers éléments. Vous savez qu’on a la présence de l’amiante. Et puis tout simplement, le bâtiment avait vieilli, victime de son succès. On attendait 5 000 visiteurs par jour et certains jours, on en a accueilli jusqu’à 30 000.
« L’idée fondamentale d’une fermeture totale, c’est de respecter les délais et les budgets »
Toute personne qui a travaillé dans un milieu de coactivité sait que c’est un enfer. On peut à la rigueur s’en accommoder. En revanche, il y a quelque chose avec lequel on ne négocie pas, c’est la sécurité et la santé des personnes, tant nos agents que les visiteurs. Or, dès que vous êtes dans une opération de désamiantage, évidemment, il nous faut la plus grande sécurité.
Par ailleurs, tous les exemples en France ces dernières années, je n’en cite que deux, parisiens, qui me viennent à l’esprit, comme le campus de Jussieu ou la Maison de la Radio ont montré que quand on fait des campagnes partielles, évidemment, cela peut avoir quelques intérêts. Mais cela a aussi pour principale conséquence d’augmenter le budget et d’augmenter les délais. L’idée fondamentale d’une fermeture totale, c’est de respecter les délais et les budgets.

Comment accompagner culturellement cette fermeture ?
Nous sommes dans une fermeture progressive depuis un an et comme vous l’avez constaté, il n’y a pas eu des manifestations tous les jours. Nous sommes est en permanence en dialogue avec les voisins, pour convaincre de notre projet, pour leur dire que nous allons essayer d’être le plus rapide possible. Et surtout, nous leur expliquons que cela ne va pas être un chantier mort, que cela ne va pas être une « bunkérisation », que cela ne va pas être un champ de ruines.
Cela va être ce qu’on appelle désormais le Plateau Pompidou. Un petit clin d’œil à notre « plateau Beaubourg », qui était le nom du terrain où s’est construit le Centre Pompidou en 1977. Et le Plateau Pompidou, cela va être un lieu tout simplement, avec un chantier culturel dynamique, avec une « base vie » pour les ouvriers qui sera ouvert sur la ville avec un atelier Brancusi qui restera ouvert, avec l’Ircam, notre institut de musique dont la salle de spectacle sera là aussi ouverte. Je crois qu’on aura beaucoup de surprises pendant ces quatre années à venir.
À écouter
Le Centre Pompidou sera ailleurs pendant le chantier ?
Le Centre Pompidou sera au centre, sur le plateau Pompidou et partout dans le monde. Le Centre Pompidou francilien ouvrira à la fin de l’année à Massy. Ce sera un immense lieu de réserve de 30 000 m2, mais ouvert au public, avec un lieu d’exposition, un lieu de restauration, un équipement unique en France.
« Un immense lieu de réserve de 30 000 m2, mais ouvert au public »
Il n’y pas beaucoup d’institutions qui ferment et peuvent se permettre d’avoir un tel instrument, dont on vient d’ailleurs de célébrer la nomination d’une nouvelle directrice : Alexia Fabre qui va incarner ce projet.
Ce sera un atout majeur, comme un Centre Pompidou délocalisé ?
Non, parce que je crois que chaque lieu qui porte son nom a sa propre identité. Si le Centre Pompidou à Massy doit être un succès, c’est parce qu’il trouvera sa force de son ancrage local. Ce n’est pas forcément une antenne, une annexe, un satellite.
Nous l’avons bien vécu avec l’aventure du Centre Pompidou-Metz. Si le Centre Pompidou-Metz est encore aujourd’hui un succès après quinze ans d’ouverture, c’est parce que justement, il n’a pas cherché à copier le Centre Pompidou de Paris, mais à créer sa propre histoire.
Comment fêter le cinquantenaire du Centre Pompidou en 2027 ?
On souhaite fêter le 50e anniversaire du Centre Pompidou avec les personnes qui nous aiment, avec notre public. Et nous allons donc essayer de retrouver l’esprit du Centre Pompidou incarné dans divers lieux. Cela va se passer notamment dans beaucoup de lieux d’institutions nationales qui ont souhaité pour la plupart être avec nous pendant cette période.
Un anniversaire qu’on va d’ailleurs fêter, je crois, toute l’année, avec des moments de réflexion, des moments de colloque et évidemment des moments plus festifs. Je vous donne rendez-vous bientôt pour plus de précisions sur le programme.
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